CHAPITRE XXI
Comment le conte de Hontiton vint devant Compiègne pour renforcer le duc.
Or est vray que durant cestes felles et dures escarmuces f[ui se faisoient tous les jours entre ceux de la bastille et ceux du bollewert du jDont, le duc, pour j^lus monstrer liardement et mieux encourager ses gens par estre près de eux, se deslogea de Venette l'abbaye et mesmes se vint loger en personne en la bastille qui estoit entre Margnj^ et le bollewert, et ses gens logèrent à Margny là où avoit esté logé le conte de Ligny qui party en estoit et s'en estoit allé par commandement du duc devers Vitry en Pertois, comme se dira cy-après pourquoy et comment. Or y avoit deux contes d'Engleterre, le conte de Hontiton et le conte d'Arondel qui, pour renforcer le duc en son logis que tenoit, vinrent devers luy et luy amenèrent deux mille combattans, lesquels, très-lionnorablement receus et bienviengnés, furent logés à Venette, là où avoit esté logé le duc tout freschement encore, qui estoit beau logis et bon, et près assez de la ville de ce costé-là. Par quoy tantost après que ces deux contes furent arrivés, le seigneur de Montgommery et messire Jehan Stuart, atout ce que a voient de gens, prenans lionnorablement congé au duc, partirent de l'ost et en traveil de pluseurs journées retournèrent en Normandie là où leur frontière et leur ordonnance avoit esté accoustumée de longtemps, et laissèrent les deux contes pour accompagner le duc, desquels il estoit très-bien assisté et refait, car vaillans chevaliers
estoient et de grant conduite et non moins ceux que amenés avoient avecques eux, beaucoup chevaliers et escuiers et de vaillans archers aussi g-rant nombre. Or n'estoit diligence que ce duc ne fîst faire pour abattre ce bollewert qui tant luy contrarioit en cœur que nulle riens tant. Sy le fit battre d'engins par haut et par bas, jour et nuit, et ne donnoit ces, ne repos à ceux de dedens de nulle heure qui fust. Par quoy, si les gardans n'eussent esté outre mesure vaillans et de grant vertu, ne l'eussent pu tenir le quart de temps que le tenoient, pour les grans mortels périls qui y gisoient et peines importables. L'avoient tenu jà toutesvoyes deux mois quant finablement par trop estre affoibly et démoly et par trop mortellement estre assailly tous les jours , vint par une nuyt, que le jour avoient esté durement traveilliés ceux de dedens, que arrière on leur livra un nouvel assaut, là où, foibles en la résistence et prenables en leur fort, furent pris d'assaut, dont les aucuns , eux cuydans sauver par retraire hastivement en la ville, de haste et de peur que avoient, cheurent en la rivière d'Oyse de haut en bas et se noyèrent. Les autres furent tués une partie et aucuns emmenés prisonniers. Sy furent tantost les fossés remplis, et [fut] fortifié de nouvel contre la ville, tant bien et tant fort que tous les meschiefs du monde faisoit aux Françoys ; lesquels, pour peine, ne labeur que mettre y sceussent depuis, ne le pouvoient reconquerre, tant estoit fort gardé et deffendu de leurs ennemis. Or à primes les commençoit peur à estraindre et soucy à pincher, quant se virent si approchés et que ce que fait avoient pour leur deffense leur estoit maintenant un lien et un baston de menace. Sy ne se savoient à quel saint vouer qui reconforter les pust, quant ils virent leurs ennemis si aigres et si felles et
la puissance qui estoit devant eux si fière et si redoubtable, sinon qu'en vertu de leur courrage pensoient à endurer le plus longuement que pourroient en attendre que quelque secours leur pourroit venir de la partie du roy qui ce siège portoit moult à dur et estudioit jour et nuyt pour y mettre remède le plus tost que pourroit, combien que moult le resongnast encore pour celle heure d'alors, et ne luy sembloit pas sitost possible, ne faisable aussy.
Et encore que plus tenoit subjet ceux de dedens, c'estoit un pont que le duc avoit fait faire à l'encontre de Venette, par lequel on passoit à pied et à cheval devers eux au lez devers Pierrefons. Et là vinrent Bourgongnons et Angles escarmuchier à eux jusques aux pieds de leurs murs, gaster et courre tout le pays à leur environ et deiïendre que nulles mannièresde vivres ne leur pouvoient venir de où que ce fust. Sy en furent moult à grant destroit et à malaise durement sans remède. Or passa un jour le conte de Hontiton la rivière par cestui pont, et menant ses Englès avecques luy, prist le chemin vers Crespy en Valoys, et passant par devant une place non fort tenable nommée Saintines , demanda l'obéissance d'icelle ; laquelle, après un peu de parlement fait, luy fut rendue. Or de là s'en alla loger à Verberie, là où il y avoit une église moult forte que les paysans gardoient, et en fàisoient très-bonne et très-dure guerre à ceux de leur party contraire. Laquelle église, après en avoir demandé l'obéissance à celuy qui conduysoit les paysans, nommé Jehan de Dours, le conte de Hontiton fist très-aigrement assaillir, et tellement qu'en peu d'heures elle fut prise sur les deffendans, et les deffendans tous emmenés prisonniers, excepté le capitaine que le conte angles fit pendre pour ce que n'avoit à sa première requeste voulu obéir et
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rendre la forte église en sa main. Laquelle chose ains}'' faite , s'en retourna [ledit conte] , atout ce que avoit levé de proie sur le pays, en son logis devant Compiègne.