CHAPITRE XXII
Comment les François mirent le siège devant Vitry en Pertois, et comment les villes de Crespy et de Soissons furent ouvertes au comte de Ligny.
Jà avoit esté par l'espace de deux mois, comme j'ay dit, que le duc de Bourgongne s'estoit tenu devant ceste ville à intention de y persévérer tousjours tant qu'il en seroit au-dessus. Or avoient ses ennemis les Françoys mis un siège à l'autre lez devant Vitry en Pertoys, qui se tenoit de son party. Par quoy ceux qui dedens estoient, compressés durement de traveil et de dangers beaucoup par ceux de dehors, mandèrent maintenant au duc en son siège que hastivement on leur envoyast secours ou que leur pouvoir n'estoit pas de résister à l'encontredes assiégeans. Laquelle chose oje, luy qui vouloit pourvoir volentiers à tout, ordonna au conte de Ligny qu'à un nombre de gens il allast secourir ses amis ceux de Vitry, et que à toute diligence il assaiast ou de bouter gens dedens ou de lever le siège. Sy y alla le dit conte, et, comme un chevalier plein de grant vertu et courrage, tira celle part le plus erramment que pouvoit, qui oncques toutesvoyes n'y pot arriver si tost que jà la ville ne s'estoit rendue aux Françoys. Par quoy, luy non quérant à perdre temps en vain, s'en retourna à coup, et prenant son chemin par le pays de Laonnois, mist siège devant Crespy en Laonnois, en revenge de Vitry perdue, ayant pensé en luy-
mesmes que jamais ne retourneroit dont estoit party, sans avoir fait quelque chose de fruit. Sj vous pourroye faire un long compte de la manière de ce siég-e, mais pour ce que ma matière est plus disetteuse ailleurs de prolixité que droit-cy, pour tant je m'en passe plus légèrement, entendu aussi que la ville n'estoit pas de grant fait et qu'assez tost elle se rendy en l'obéissance du duc, pour ce que ledit conte la demanda , lequel tout en un tenant passa outre et se vint présenter à main armée puissamment devant la ville de Soisson, là où tant parlementa aussy avecques celuy qui en estoit capitaine, nommé Guichart de Tymbronne, que amiablement se rendirent en l'obéissance du duc et en sa querelle soustenir loyaulment et de tout leur pouvoir. Et ce fait, joyeux s'en retourna devers son maistre devant Compiègne, là où il fut bienviengné et conjoy de cbascun et moult reçu à bonne chière.