‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 5)Chapitre 23 sur 86 · CHAPITRE XXIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXIII

Comment ceux de Gournay rendirent la place au duc de Bourgongne.

Or approchoit fort le jour que ceux de Gournay dévoient rendre leur place ou la deifendre par battaille, ainsy que promis l'avoit le capitaine Tristan de Mallesers. Sy n'y eust pas voulu faillir ce noble duc qui mesmes avoit promis de s'y trouver. Par quoy, au jour qui fut estably, luy accompagnié du duc de Norfolc, avecques mille Angles et ceux que avoit eslu en son logis, le conte de Ligny, le conte de Hontiton et grant nombre de chevaliers et vaillans gens de ses pays de Flandres, Picardie et d'ailleurs, partist de devant Compiègne , et laissant son ost

bien garny suffisamment de grans seigneurs et nobles bacheliers largement assez, s'en alla à son jour devant Gournay, là où soy monstrant comme un prince plein de courage et de hardement, après y avoir arresté assez, ne trouva ame qui se présentast à riens contre luy. Par quoy, Tristan voyant clèrement que de son attente ne tireroit nul fruit, rendist la place, comme promis l'avoit, en la main du duc de Bourgongne, et luy s'en alla en sa sauveté atout ses biens, là où bon luy sembloit. Et le duc soy retournant vers Compiègne avecques le conte de Hontiton, mist la place de Gournay en la main du seigneur de Crèvecuer, capitaine pour lors et garde de Clermont en Beauvoisis, avecques Robert de Saveuse, qui grant secours et reconfort donnoient à ceux qui se logoient devant Compiègne en conduyte et distribution de tous vivres que ceux de Creil et de Beauvais, qui là tenoient la frontière, pouvoient empescher tous les jours ; mais lesdits de Crèvecuer et de Saveuse les tenoient si de près par jour et par nuyt que assez avoient à entendre à leur propre deffense sans donner empeschement ailleurs.

CHAPITEE XXIV.

Comment, le duc sôtant rcmifi arrière au siège de Compiègne, le seigneur de Charny luy amena grand nombre de gens d'armes du pays de Bourgongne ; et comment les François assiégèrent Champigneux.

En cest estât, le duc se remist arrière en son siège, et le duc de Norfolc s'en retourna vers Paris dont il estoit party. Sy est vray et faut-il bien entendre que le seigneur de Charny, qui moult gentil chevalier estoit et l'homme de

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plus Lel parement de France emprès un prince, après que il avoit fait ses armes à Arras, s'en estoit allé en Bourgongne, et luy avoit donné charge son maistre de luy amener gens d'armes du pays de Bourgongne pour aider à furnir son armée qu'avoit intention de mettre sus. Or estoit venue l'heure si avant que ce chevalier avoit levé grans nombre de belle noble gens Bourgongnons et de grans seigneurs du pays, car mesmes estoit homme de haute part et de grant avancement. Et estoient venus jà si avant que jusques au logis que tenoitleur duc. Sy en fut moult joyeux, et monstra un grant bienviengnant à son chevalier que bien chèrement aymoit, et le valoit bien, car en luy avoit honneur et vaillance beaucoup et la plus pompeuse et belle monstre de personne qui fût en un royaume. Sy ne fay nul singulier conte de luy, ne des siens en présent, excepté que tantost après estre arrivé devers son maistre, il devint durement malade, dont par force de langueur trop périlleuse il le convenoit transporter en une litière à Cambray, là où il parfit le terme de sa languison jusques à estre revenu à l'amendement par grant diligence des phisiciens du duc mesmes, qui l'en fit soingner.

Mais ne faut taire maintenant l'emprise d'un routier que le roy avoit constitué prévost de La on et estoit moult felle et dur ennemy au party de Bourgongne, nommé Thommelaine. Cestui, par longue envie qu'avoit portée à rencontre d'aucuns Bourgongnons et Angles d'une place nommée Champigneux, qui moult traveilloient le pays de Champagne et tenoient en moult dur estroit leurs ennemis voisins, avoit mis sus une emprise, avecques aucune quantité de communes de la cité de Rains et de là entour, pour venir mettre le siège devant ceste place, et de fait

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eux mis ensemble, un jour atout ce que pou voient porter d'engins avec eux, partirent de Rains et se vinrent ruer devant ceste place par volenté d'y mettre le siég-e ; et en faisant à toutes heures leurs approches diligemment pour venir plus et plus près, livrèrent pluiseurs assaulx à ceux de dedens , cuydans les pouvoir esbahir et emporter par force ; dont autrement en advint, car Guillaume de Corrame, un gentil escuier angles, ensemble George de Croix qui teuoit Montagu en leur main, advertis de cecy, tantost firent un assamblement de bonnes gens de guerre, et avecques ceux qui estoient de leur garnison tantost montèrent à cheval, et sans guaires longuement songer sur l'entreprendre, vinrent férir sur le logis de ces communes qui tantost, sans peu de deffense, se misrent à fuytes et à desconfisement. Et en y eut de morts grant nombre, et tout le remanant pris, exceptés aucuns qui se sauvèrent par fuyte, mesmement le capitaine qui là les avoit menés. Cestuy-là se sauva de son bon eur, ne sçay où, mais en j avoit aucuns qui s'estoient retraits en une maison là où le feu fut bouté dedens, qui tous y furent ars et bruys ; dont, tout mis ensemble le nombre de ceux qui y receurent mort, y avoit environ sept-vingt mors, sans les prisonniers. Par quoy, quant les deux escuiers, Guillaume et George, se virent au-dessus de ceste gens, se retrairent dedens la place un petit, et là un peu ayans pris de collation et de repos et pourvu à la soustenance du lieu, retournèrent joyeux et enrichis de pluiseurs choses , espécialement d'engins et de canons et de si faites besongnes, en leur chasteau de Montagu, là où on leur faisoit maintes dures menaces aussi et maint subtil pourget contre eux.

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