‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 5)Chapitre 25 sur 86 · CHAPITRE XXVT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVT

Comment ou imputait h aucuusdes privés du duc de Brubaut la char'ïc d'avoir avancé sa mort.

De ceste mort du duc de Brabant furent soupçonnés aucuns de ses privés serviteurs par charge que on leur imputoit de luy avoir avancié la mort par poyson , comme diverses gens prennent diverses ymagiuations et adevinent des choses à leur appétit, maintes fois sans raison nulle et sans fondement, disans les aucuns pour ce que le mariage qu'il entendoit à faire, n'estoit pas agréable à

' Le vendredi 4 août 1430.

^ Yolande d'Anjou mourut le 17 a^ ril 1410, avant l'avéncment de François au duché de Bretagne.

son cousin le duc de Bourgongne , que pour ceste cause la mort luy devoit avoir esté avancée, les autres pour ce que messire Pierre de Luxembourg, conte de Brieune et seigneur d'Enghien, devoit estre prochain héritier de ce duc de Brabant et [avoir] la conté de Saint-Pol avecques les appertenances , parce que la conté de Saint-Pol venoit du beau conte Walerant leur oncle, que pour ce, ce messire Pierre de Luxembourg, en un sien chasteau par où ils passoient, le devoit avoir fait empoisonner. Sy furent pris cestes gens sur qui on murmuroit ainsi , et furent mis de par les estats et nobles du pays en très-agûe question et mis en gehine bien dure : entre les autres un nommé Callevande , né de la chastellenie de Lille , son jdIus privé valet de chambre. Lesquels, après longue exaudition faite très-aigre, furent tous trouvés innocens et preudhommes, et eux remis en leur bonne famé descoulpèrent tout le monde , comme bien dévoient faire ; car n'y avoit au monde homme qui y eust coulpe de leur sceu, au moins comme j'entendy lors, qui mesmes demouray en celuy temps escolier à Louvain. Et ce que plus les justifioit, c'estoit que après deux jours passés qu'on l'avoit monstre mort à tout le monde , comme de coustume est à tous les princes , il fut ouvert et visité en dedens ses entrailles par les phisiciens de l'université de Louvain', là où tous d'un commun accord et par certain jugement prononcèrent qu'en luy n'avoit poyson nulle, fors seulement vraye mort naturelle procédée d'excès vieux et de forfacture, et par lesquels il ne pouvoit nullement venir à longs jours. Sy en furent joyeux nobles et toutes gens autres de tous estats ses subgects, et aymoient mieux le

' Cf. Dinter, édit. de M. de Ram, III, p. 498.

DE CHASÏELLAIN. 77

cas estre advenu ainsy, puisqu'il falloit, que par autre manière reprocliable à qui que ce fust.

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