T)E CIL\STELLA1N
de ses fautes et vanités, languist martir doloreux tout impotent de goûtes, es quelles, après les avoir portées bien long terme, mourut Lien renommé chevalier, le plus facondeux' de son temps. Moult laissa belle génération bien adressée ; entre lesquels succéda héritier principal son aisné fils Jehan % auquel, pour ce que, à l'heure de ce chapitre escrit, il estoit encore nouvel duc et non examiné encore en longues et expérimentées vertus et fortunes, mais bien en voye de hautes futures attaintes, pour tant n'ay voulu, ne su former la qualité de son titre, quant ses vertus et propres fortunes en temps à venir, le formeront par eux-mesmes, et luy donront telle splendeur que ses désertes, jà-soit-ce que jà estoit entré bien avant au palais d'honneur , par soy estre grandement et noblement conduit en Bourdelois, en pluseurs durs affaires, par charge du roy, et par avant tout premier en la bataille de Guermigny' dont il estoit chef, [estant] conte de Clermont encore, là où en son bonheur et en la vaillance de ses conduyseurs, cheurent cinq mille Angles mors , sans les prisonniers fuyans soubs l'infélicité de messire Thomas Kiriel leur ducteur. Et afin que n'oublye celuy que l'on appelloit duc de Calabre*, fils seul au roy Eenier, qui bel chevalier estoit et non desnobly d'obscure famé aucune, toutesvoyes, parce que sa fortune ne l'avoit encore tiré à nulle haute singulière décoration, fors que^ en attente du plaisir de Dieu , de pouvoir parvenir une fois paisiblement à la couronne de Cécille dont son père avoit été expuls, il tem-
' Facondeux, éloquent.
•^ Jean de Bourbon succéda à son pôi*o au mois do décembre 1456. ' Lisez : Formigny.
* Jean, duc de Calabre et de Lorraine, (ils aîné du roi René et d'Isabelle de Lorraine. Il mourut en 1471.
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porisoit avecques les puissances et communes d'Ytalie, Florentins et Genevois, et à leurs frès, comme contraires à son contraire le royd'Arragon,vi voit etrepairoit' avecques eux, par longs ans délaissant propre terre et pays, la duché de Lorraine, son héritage maternel.
Eégnoient aussi tout de celuy temps Charles, conte de Nevers^ et Jehan, son frère, conte d'Estampes % lesquels nourris de leur oncle le duc de Bourgongne, celuy de Nevers se dessevra de son nourisseur et s'en alla vers le roy, là où povrement entretenu se diminua beaucoup en ses biens et substances par courage d'y maintenir estât. [Parmy ceux] qui le bien publique aydoient à essourdre et à réparer par force et par armes, tousjours a esté trouvé un des plus avant et des mieux associés. Sy en a tiré telle gloire et mérite comme les autres. Celuy d'Estampes persévéra tousjours estable à son pris pilier et ne se desmeut onques de sa nourrichon, là où il fut constitué prince de la chevalerie de son oncle, meneur de ses osts, chef et dispositeur de sa guerre partout ; qui non obscurément s'y est porté et conduit, mais en maintes hautes, dures et difficiles besongnes, en divers temps et lieux, si glorieusement que de la splendeur que y acquist le trosne mesme de son oncle, s'en multiplioit et augmentoit en clarté, car ne fut onques de riens entrepreneur dont il ne vint à chief maistre et victeur. Cestuy en sa vocation aux armes estoit comme une perle, excellent entre les autres de son temps; mais, en autres conditions et dons de nature, un homme commun,
' Repairoit, habitait.
- Charles de Bourgogne, comte de Nevers, petit-fils de Philippe le Hardi, duc de Bourgogne. Il mourut en 1464.
' Jean, comte d'Étampes, mort en 1491. Il éleva en 1481 des prétentions au duché de Brabant.
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plus vertueux toutesvoyes que autrement. Sy ne luy donne g'ioire autre que telle que traire peut de ma lettre qui est entendible assez aux lisans. Avoient ces deux frères aussi un autre oncle de par mère, le conte d'Eu ', lequel pris en la bataille de VerneuiP et non grant terrien, continua longuement en prison en Angleterre ; dont après vuydé par finance, se trouve bien bas, et ce mesme qu'avoit de possession et pays, tout gasté et déserté par guerre, dont longuement povre de biens, fut povre aussy de clère fortune et de prééminence, sinon en dangier et en l'empreinte du roy qui l'entretint, et depuis, en la commune félicité des Françoys, il participoit en la commune clarté de famé de ses semblables, dont il est couvert aujourd'huy comme sont les autres.
En l'anglet aussi de ma mémoire, gisent deux contes d'Armignac, père et fils', desquels, pour faire apparoir ce qui est de cler en leur titre, desmoveray premier ce qui est de bruyne en leur fortune. N'estoit pas cestuy père par longs ans régnant en son quartier de pays, prince puissant et douté, fort et roy de encontre tous ses cousins et non accoutant à nuluy, non subgect, ne obéissant au roy, que à volonté possédoit villes et cliasteaux imprenables et avoit dessoubs luy meubles infinis , Rains en
• Charles d'Artois, comte d"Eu , mort en 1472. Il épousa successivement Jeanne de Savcuse et Hélène de Melun, fille de Jean de Melun, châtelain de Gand. Il avait été fait prisonnier par les Anglais à la bataille d'Azincourt, et sa captivité se prolongea pendant vingttrois ans.
2 Lisez : d'Azincourt.
^ Jean IV et Jean V, comtes d'Armagnac. Jean IV était fils de Bernard d'Armagnac, connétable de Franco, massacré à Paris en 1418. Il fut longtemps retenu prisonnier à Carcassonne, par l'ordre de Charles VII, et mourut vers 1450. Quant à Jean V, on sait qu'il épousa sa propre sœur, en invoquant une fausse dispense du pape Calixte III. Il périt a.ssassiné en 1473.
France, jadis disoit-l'on, par son père tué à Paris. Et cuydant fortune demeurer tousjours astable, avecques son org-ueil, de propre autorité, sans conseil, ne adveu du roy, traita de sa fille avecques le roy angles, en grant préjudice des Françoys. Dont d'une ordonnance, pouvoit estre, [le roy] le souffry prendre subtilement en son plus fort cliasteau par le seul héritier de France, Loys, Dauphin de Viennois, et dissiper tout ce qu'avoit de substances et de biens mal acquis; devant ses yeux, ses enfans' prendre et emmener en chétivoison'; son corps mettre en prison et détention estroite, et ce qu'avoit accumulé de gloire et de bruit en vaine et impertinente élation de cœur tenu, à coup obfusquier par serve et doloreuse humiliation de sa fortune en ses vieux jours, qui mérancolieux le menèrent à fin de son mortel voyage et transportèrent la succession à son fils; lequel, le plus addonné aux armes du royaume françoys et de plus haute conduite, pour adjouster à l'infortune de son père nouvelle dénigration et malédiction, cognut charnellement sa germaine sœur; dont, procurant dispense du souverain pasteur de l'église pour l'avoir en mariage, fut dispensé, povrement toutesvoyes à son honneur, mais sagement à son salut; c'estoit que jamais ne la cognoistroit charnellement sinon à la requeste d'elle et non à son appétit. Sj se portèrent ses autres faits et besongnes povrement aussi en autres qualités ; par quoy, regardé du roy en son criminel mèsus, fut pris et corrigé , et longuement tenu en prison, à grant dur parvint à la franchise de son premier estât. Sy n'en sçay des deux rien réciter de haut, ne de cler, sinon qu'en large et plentive possession de terre que Dieu leur avoit prestée pour en
' Chétivoison, captivité, misère.
traire gloire et mérite, ils ont abusé de seigneurie. Le semblable ne faisoit pas le conte de Partriac et de La Marche', que j'ay vu aussy es royales conventions; car avecques la vaine renommée que pouvoit avoir mérie es faits du monde par chevalerie et prouesse de corps, sy n'avoitil son pareil en la terre en vraye gloire de dévotion envers Dieu; qui, plus modeste que une espousée, alloit h l'église, en laquelle venu jusques au milieu, sur la nue terre se mist à genoux devant le crucifix, les yeux en terre, les mains au ciel ; et là aourant, comme si ce fust un commun homme, donnoit exemple d'un excellent singulier miroir de toute bonne vie. De sa famille n'avoit homme dissolu, nul jureur, nul vivant de rapine, nul flatteur, ne jangleur, nul de vicieuse, ne deshonneste conversation; et tels comme il désiroit estre ses serviteurs, luy-mesmes se présentoit, et monstroit exemple de leur chemin, dont, en salle, à l'heure du repas où cotidiennement séoit entremy eux, faisoit lire la Bible, exposition des saintes Escritures, livres de doctrines et de moralités, livres de fruit et de perfection, livres de mœurs et de bons enseigmemens, et toutes telles choses ; et y faisoit plus quoy en sa maison qu'en un réfectoir de chartreux. N'estoit trouvé en luy injustice, ne iniquité, nulle œuvre vilaine, ne tyrannique, nulle défaillance de justice, nulle crudélité, mais toute contendance h vertu, h la grâce et à l'amour de Dieu, par despection, cemesembloit, de la gloire et vanité du monde. Dont Dieu, pour plus le bieneurer et parfaire peut-estre, et embellir ce que commencé avoit, de la plus belle fille de France qu'avoit engendrée et tenue au monde longuement pour
' Bernard d'Armagnac, comte de Pardiac, avait épousû Éléonore de Bourbon, comtesse de la Marche et duchesse de Nemours, qui revendiqua en 14G0 le royaume de Naples.
estre future royne, fit sa servante après et la révoqua à luy, et, délaissant gloires du siècle et humains bonbans, se rendy en religion de sainte Clare, là où elle, avecques son géniteiir, a acquis, j'esjîère, gloire perpétuelle ' .
Et ne doit estre d'oubly après, le conte de Foix% lequel, estant un très-bel chevalier adroit , estoit puissant aussi de terres et de seigneuries, et au premier voj^age que le roy fist en Guyenne, à cause de Tartas% servy grandement le roy et s'y monstra valereux seigneur ; dont après, au retour du roy, vint en France avecques luy et se tint tout quoy en sa court, là où tousjours l'un jour après l'autre, parce que belle et aggréable personne estoit, et accompagné grandement , son fait , sa renommée et son autorité alloient montant et multipliant de plus en mieux tous les jours. Et en toutes choses servantes à guerre ou à paix fut trouvé un des plus loés. Avoit pluiseurs affaires et. estrifs à l'encontre de ses voisins, espécialement contre le prince de Navarre, dont il avoit espousé la sœur. Estoit seigneur de Byerne*, une forte et dure nation de gens et moult populeuse, et par laquelle estoit redouté assez, car est une belliqueuse nation. Mais pour ce que n'a esté resplendissant qu'en communes félicités avecques les autres de son temps, avecques les communément heureux aussi il a emporté de gloire sa portion , telle que à luy appartenoit.
» Cette fille du comte de Pardiac paraît être restée inconnue des généalogistes. Son aïeul Jacques de Bourbon avait pris l'habit de religieux franciscain au couvent de Sainte-Claire de Besançon.
* Gaston IV, comte de Foix, mort en 1470 dans un tournoi, avait épousé Éléonore, fille de Jean, roi d'Aragon et de Navarre.
' L'expédition de Charles VII au secours des assiégés de Tartas eut lieu en 1442. Voy. Vallet de Viriville, Histoire de Charles VII, tome II, page 439.
^ Byerne, Béarn.
Moult doit estre recommandable aussi le conte d' Aiebref, lequel, valereux chevalier, jeusne et de grant bruit là où trouvé s'est, s'est reposé sur la gloire de ses enfans tout viellart, lesquels es labeurs et dangers de la guerre encontre les Angles, en Bordelois, par longs ans se sont vigoreusement exercités, et depuis longuement en service du roy , là où le seigneur d'Orval ", et celuy qu'on appelloit le Capdet% ont esté chevaliers de haute conduite de gens es marches de France, et tellement y appliqués et donnés que nuls en ce mestier plus propres, ne plus à recommander de leur temps.
Sy peut bien emprès eux, me semble, Loys de Lucembourg, conte de Saint-Pol\ qui, en grande possession de terres et de places esparses en divers lieux, se montroit assez en haute élation de courage par diverses manières de faire, quant soy eslongeant de la maison de son prince le duc, où luy et les siens avoient esté faits, prit son affuy vers le roy et s'allia à messire Charles d'Anjou et au conestable Artur de Bretagne, par deux sœurs qu'avoit, qui furent leurs espouses,' par vertu de laquelle alliance moult entendoit à estre grandy et fortiffié, comme il estoit du fait, mais non pas pour rien pouvoir contre celuy là où aucunes apparences causoient aucune fois suspicion de folie et d'orgueil. Moult estoit bel chevalier cestuy comte, radde de corps et fort à douter, souverainement en
' Charles II, sire d'Albret, mort en 1471.
^ Arnaud d'Albret, seigneur d'Orval, lieutenant général en Roussillon, mort en 1463.
^ De là est venu le mot cadet.
* Louis de Luxembourg, fils aîné de Pierre, comte de Conversan et de Brienne. Louis XI le créa en 1465 connétable de France ; il est inutile de rappeler que dix ans plus tard il lui fit trancher la tôte en place de Grève.
bataille particulière, comme seroient armes en cliamp clos , lesquelles il quist longuement , et porta emprise par un an entier, à intention d'avoir à besongnier à tel que ne pouvoit fîner. Sy en fit le voyage à Saint-Jacques en pompeux estât, mais non venant à ses intentions, retourna non délivré de nulluy. Vaillant chevalier estoit en guerre et assez beureux et merveilleux solliciteur de madame Vénus. Prist aucuns argus et pointe contre son prince, dont, blasmé de raison et d'iiumaine équité, fut grandement noircy en son honneur; car s'en trouva déçu et grevé et reculé de tous biens, et mis si avant en indignation provoquée sur luy que trop luy estoit dur ; et encores eust esté plus si le duc eust voulu donner voye à couroux jusques à l'extrême; mais nenny. Mist toutesvoyes à sa table' aucunes de ses terres, et luy fit bien sentir, sans donner coup, quel il estoit, et à qui il se prenoit, et de quelle puissance et effet pouvoit estre son orgueil. Sy fut grant dommage certes, si l'amendement n'est venu après, que un tel chevalier, si bel et si puissant seigneur et si mettable entre tous ces bons et hauts hommes de son temps, s'est noircy ainsy par outrecuidance, par confiance en sa nouvelle fresche fortune, plus amye beaucoup que à ses pères. Certes moult luy répugnoient les faits du bon chevalier son oncle, messire Jehan de Lucembourg", lequel, posé que haut homme fust, de royale et impériale maison, cognoissant toutesvoyes la hautesse et précellence de son prince le duc sur la sienne, la multitude de ses hautes dominations et pays emprès sa nudité et sobresse de biens, se
' Mist à sa (aile, réunit à son domaine, confisqua.
' Jean de Luxembourg, seigneur de Beaurevoir, et puis comte de Ligny, mort en 1440. La fortune de la guerre mit successivement entre ses mains Saintraille et Jeanne d'Arc.
maintint humble et ploj^ant, et de ce que par valeur et diligence en armes conquist et submist à sa domination soubs le bras et querelle d'iceluy duc, de ce ne se monstra onques descognoissant, ains honoré et amé de son chef. En ce faisant, fut redouté et cremu en toute la croisure de France de l'un bout à l'autre, non pas que fortune luy avoit appointé son lit tel à son naistre, mais ses hautes valeurs et vertus l'avoient basty de leurs propres mains tel quel'avoit; qui tel estoit aussi que, jusques en la termination du monde, son honneur y repose dessus, précieusement paré comme il a méry. Et si tous ceux de génération impériale ou royale se doivent réciter droit-cy, ne demourra puis darrière donques le conte de Vaudemont et ses deux fils. Ferry et Jehan ', lequel, les deux parts de ses jours a exposé en toutes dures labeurs de guerre à rencontre du roy Renier, pour cause de son héritage, sans autres partiales querelles ailleurs que meslées avecques celle du duc bourgongnon, pour laquelle maintenir roidement, moult souiïri en son temps froit et chaut, moult se trouva en hauts et périlleux affaires; en batailles, en rencontres, en sièges, et en autres diverses labeurs, selon la qualité de son pouvoir. Vaillant chevalier estoit cestuy et avecques les autres honoré bien digne d'estre mis avant. Et parvint à la fin de sa querelle à l'encontre dudit roy Renier et obtint sa fille aisnée pour son fils Ferry, qui bel chevalier estoit aussi et se monstroit en France en commune vertu digne de commune exaltation, là où Jehan son
' Antoine de Lorraine, comte de Vaudemont, eut de ^farie, comtesse d'Harcourt et d'Aumale, Ferri II, qui épousa Yolande d'Anjou , et Jean, comte d'Harcourt, qui, comme Cliastellain le dira quelques lignes plus loin, se signala dans les guerres contre les Anglais en Normandie.
frère, ayant longuement gouverné Grantville et tenu frontière encontre les Angles, se plongea en plus grande entremise de guerre que nefaisoit sonaisné, car estoit chevalier moult esveillié et actif, belle personne et adroit de corps, en toute chose vaillant, et louable en conduite, plus riche de bon los que de biens mondains, auxquels toutesvoyes en raisonnable portion ne pouvoit faillir une fois. Mais pour ce que j'ay l'ordre des royaux, là où je dusse avoir assis le conte de Montpensier, ensamble celuy de Vendomme, père et fils, je me retourne arrière à la déclaration de leurs titres, èsquels, si je ne veux user de faveur, je ne sçay riens mettre de celuy de Montpensier', sinon que en povreté de gros sens , sagement toutesvoyes conduysi ce qu'avoit de possession. Sy advint une fois un conte de luy, du temps des guerres, bien estrange; car avoit un routier qui avoit enfraint son sauf-conduit. par aucune manière de dérision de sa personne, pensant qu'en luy n' avoit que mesprendre, pour ce que réputé estoit à fol et à lourdau. Sy advint que pris fut, car le fit quérir partout, et tantost, comme courcié de telle injure, luy vouloit donner punition condigne au cas. Or estoit ce routier homme moult amé et renommé entre les princes ; par quoy le duc de Bourbon son frère prya très- instamment. Sy fit le duc d'Alenchon aussi ; lesquels tous n'y porent riens acquester; mais pensoient que à monseigneur le Daulphin ne l'oseroit refuser, prémis qu'il voulsist prier pour luy. Sy en fit ledit monseigneur le Daulphin son pouvoir; mais pareillement comme ils avoient esté refusés, sy fut-il. Sy
' Louis de Bourbon, comte de Montpensiei", surnommé le Bon, était !e troisième fils de Jean I"", duc de Bourbon. Il mourut en 1486. Uno de ses filles épousa Wolfart de Borssele, seigneur de Ter Vère et comte de Buchan en Ecosse.
vint le roy au derreuier, et eu fit sa requeste aussi ; mais à conclure brief , ne pour roy, ne pour roc il ne se voult onques souffrir remonstrer, ne vaincre, que finablement il ne convenist que celuy qui luy avoit fait celle enfrainte, ne portast la punition, telle comme il la voudroit ordonner. Par quoy, comme un folastre obstiné en sa folie, fut laissé (et [on fut] despité d'en avoir tant prié), lequel à coup fit flestrir ledit routier en son front d'un séel ardant, et ce fait le laissa aller. Parquoy le roy dist alors que par saint Jehaa il faisoit mauvais cheoir en main de fols. Est icy la seule singularité que je luy attribue, laquelle je laisse en l'interprétation des lisans. Celuy de Vendomme aussi, le viel', avoit esté de long eage , et de telle régnation que sa puissance portoit ; fut avecquesles autres malheureux Françoy s en la bataille d'Azincourt pris , et emmené en Angleterre; dont, party depuis, fut fait grant maistre d'iiostel du roy, et soy exposant pluseurs fois es faits de la guerre, y acquist la renommée de ses semblables. Souvent se trouvoit en ambassades çà et là pour cause de ses vieux jours et que beaucoup avoit vu. Aucun rain " toutesvoyestenoit de folie, mais en aucuns endroits de grant et meur sens qui vainquoit l'imparfait. Lequel venu à sa fin à Tours, le roy mesme l'alla visiter au lit de sa mort, là où il demoura grant espace, soy informant de moult de choses passées. Et à tant le laissa et le jugea moult recommendable en mémoire de son fils successeur'. Après luy ne m'appert riens présentement fors que bel et amyable de faicture se
' Louis de Bourbon, comte de Vendôme. Il mourut le 21 décembre 1446, àf?é d'environ soixante-dix ans.
- Aucun rain de folie, un brin de folie.
•' Jean de Bourbon, comte de Vendôme, avait fait ses premières armes sous les yeux de Danois. II prit part à un grand nombre d'exr<'ditions militaires.
i76 CHRONIQUE
pouvoit attendre encore en mainte avance de belle fortune, sur le fondement qu'avoit de bon vouloir, par lequel je clos la circumscription de tous les princes françoys d'un temps et de la cïirestienneté aussi, excepté des deux prin-. cipaux, là où il y aura grant mistère à les bien descrire tous deux, et plus grant encore ày asseoir jugement, pour cause des partialités et envies régnantes de longtemps jusques aujourd'huy en ce royaume et dont la fin ne m'est encore espérée si tost, pour cause qu'amour naturelle y est refroidie, enracinée et enviellie division , lumière de vraye raison offusquée et les entendemens poilus ou d'affections injustes ou de liaynes et despections volontaires, dont causes sont gloire et roide régnation en deux hommes incompatibles ensamble. Lesquels, sans fleschir vers nul en faveur, sinon en ce que vérité me pourra avérer, j'ay entrepris à descrire droit-cy leurs gloires, leurs vertus, leurs hautes prééminences et fortunes, en déi^loration aucune toutesvoyes de leurs vices , es quels originellement se congréoient les mesmes ; pestilencieuses rumeurs que j'ay plorées longuement en cestuy très-saint préau des fleurs de lis, clarifié nouvellement et purgié de toutes bruynes, excepté d'envie dont le feu que le dyable y nourrist, est matière assez de faire deux très-hauts glorieux hommes redevenir misérables , ignominieuses, maleurées personnes, et de faire enverser au plus bas de la roue ce que grâce de Dieu, avecques adjunction de naturelles vertus aucunes, ont mis au plus haut siège de fortune, que bien à maie et à doloreuse heure se feroit après tant d'amères et pestilencieuses playes guéries freschement, pour lesquelles, comme qui sentu en ay ma part, je invoque la miséricorde de Dieu là haut , que pourvoir y veuUe et remédier et que la rosée de sa sainte clémence puisse
esteiudre le feu de nos vicieuses passions, là où elles messiéent.