CHAPITRE V
Comment les embassadeurs françois ne purent venir à fin de paix et comment le duc mist sus son armée.
Il fait à entendre comment le roy Charles, en ceste année mesmes et n'avoit pas guaires, encore avoit envoyé devers ce duc en sa ville d'Arras ses notables embassadeurs pour avoir paix et amitié avecques luy, soy veullant parer aucunement et justifier envers luy du crime passé qui estoit l'occasion de la guerre ; et par ce tendoit à luy faire offrir amendes et réparations bonnorables, si à paix vouloit condescendre ' . Et furent commis l'archeves-
» Alain Chartier adressa un lai au duc de Bourgogne pour le presser de se séparer des Anglais :
Pensez de qui vous venistes
Et tenistes Honneur, terre, nom et gloire...
Se aultrement faites ou dites,
Vos conduites Seront en honneur petites
Et mauldites En cronique et en histoire...
Dieux, quelx maulx et quieulx dommages ' Quantes dames en vefvages, Orphenins sans héritages,
que de Reims, cliancelier de France, Christoffle de Harcourt, les seigneurs de Dompierre et de Gaucourt, et plusieurs autres, lesquels toutesvoyes, pour ce que l'heure de si grant désir et salut n'estoit pas encore venue, ou que le misérable peuple françoys n'estoit pas encore battu assez de ses vieux péchés, ne se purent oncques entreaccorder pour venir jusques à fin de paix, combien que les approches y estoient grandes, mais tant en vint de fruit que trêves estoient accordées, scellées et promises à deux lez jusques au terme de Pasques prochaines , pendant lequel nul ne feroit guerre, ne ne souffreroit faire à son compagnon, mais se tiendroit-on paisible en attente de plus grant bien après.
Or advint ainsi que, après le partement de ces seigneurs d'Arras, par la malignité des hommes et du diable qui tousjours quiert voyes pour empescher paix, cestes trêves furent mal gardées , et du costé des Françoys , comme je trouve , premier enfraintes , car ceux qui tenoient la frontière sur la rivière d'Oyse et en Beauvoisin emprirent à faire oppressions et molestes au peuple de la frontière de deçà et à faire leurs courses et leurs rudesses accoustumées. Par quoy Bourgongnons grevés aujourd'huy, nonobstant trêves quelconques, là où n'y avoit nulle teneur, se revengèrent le lendemain. Et ainsi d'un mal deux et d'un inconvénient dix autres advinrent tous les jours,
Et mesnages,
Labourages
Et villages, Bourgs, villes, chasteaux, passages, Ars, destruis et mis au bas !...
Sy pensez en vos courages Que trop durent tels débas.
(Ms. du Vatican.)
tellement que par oppression trop engagée sur le party de çà, il estoit force et nécessité de y pourvoir par une puissance plus dure que celle des Françoys, et de les rebouter arrière le plus que l'on pourroit', car le pays entre les deux frontières estoit si fort despeuplé que riens ne s'y trouvoit de labeur et que les bonnes villes failloient de vivres et de pain. Sy mist sus le duc son armée, et ayant mis ensemble grant multitude de gens de guerre, les mena à Péronne et là leur fist faire leurs monstres qui belles estoient et bien furnies de bonnes gens beaucoup, et luy avecques la ducbesse tint là la solempnité de Pasques; laquelle passée, passa outre et mena son ost jusques à Mondidier, là où par aucuns jours tint son séjour aussi jusques à tirer plus avant.