CHAPITRE III
Comment nouvelles vinrent au duc de Bourgongne que les Gantois h grande puissance avoient mis le siég"e devant Audenarde.
Les nouvelles vinrent au duc de Bourgongne, qui pour lors estoit en sa ville de Bruxelles, là où les ambassadeurs des Gantois estoient et besognoient pour le bien de la paix, lesquels moult saintement se gouvernoient et conduisoient, et ne savoient point la mauvaise et déloyale malice de leurs gens qui là les avoient envoyés et mis en tel danger que s'ils eussent eu affaire à prince furieux , il les eust fait occire et mettre à mort; mais tantost le fit savoir à iceux ambassadeurs, lesquels furent moult esmerveillés, et non sans cause; sy ne surent que dire, fors tant seulement, qu'ils se mettoient du tout en la bonne grâce du duc de Bourgongne, en disant que c'estoit le plus grand déplaisir qui jamais leur pust avenir, et que mauvaisement ils estoient trahis. Et lors fut le propos bien chaudement et soudainement changé. Mais le duc de Bourgongne savoit que les dits ambassadeurs n'estoient en rien consentans, ni sachans la grant déloyauté d'iceux Gantois ; car , comme dessus est touché, il y avoit en la dite ambassade de notables gens de la ville d' Audenarde, lesquels ne purent rentrer dedans pour le siège desdits Gantois, qui, ainsi comme dessus est dit, les avoient assiégés, les cuidans prendre durant le temps qu'ils demandoient la paix. Et pour la vérité dire, il y eut plusieurs des dits ambassadeurs qui point ne retournèrent en la dite ville de Gand , pour la grant fausseté et déloyauté qu'ils veoient estre es dits
Gantois. Alors le duc de Bourgongne, moult fort animé et courroucé sur les dits Gantois, fit son mandement exprès pour secourir sa ville d'Audenarde, et lui-même se partit de la ville de Brouxelles le quinzième jour du mois d'avril après Pasques, l'an 1451 ' ; et vint au giste à Notre-Dame de Haulx, et le lendemain à Atli en Hainaut, et là fut jusques au vingt et unième jour du dit mois, en attendant ses gens de guerre ; et d'icelle ville s'en alla à Grantmont, laquelle a voit été prise et mise à sacquemant", pour ce qu'ils avoient fait le serment aux Gantois, et avec ce avoient pris et eslu estre leur capitaine l'un de ceux de Gand, et avoient esté pris par messire Jehan de Croy, grand bailly de Hainaut et par messire Jacques de Lalaing. En cette ville de Grantmont estoient avec le duc de Bourgongne et en sa compagnie, le comte de Charolois son seul fils, Adolphe fils et frère des ducs de Clèves , monseigneur Jehan duc de Coïmbre , cousin germain du roi de Portugal , Cornille bastard de Bourgongne, le seigneur de Croy, le seigneur de Bouquem, le seigneur de Créquy, le seigneur de Montagu, le seigneur d'Auxy, le seigneur d'Aumont, le seigneur deHumières, et plusieurs autres chevaliers et écuy ers ordinairement de la court du duc de Bourgongne. Et avec eux y estoient le comte de Saint-Pol et deux de ses frères, c'est-à-savoir le seigneur de Fiennes, et Jacques monsieur' de Saint-Pol, et messire Jehan de Croy, lesquels avoient charge de gens d'armes. Sy avoient en leur compagnie bien deux mille combattans, sans les gens de la court du duc de Bourgongne.
' Lisez: 1452.
- A sacquemanf, au pillage.
' Jacques monsieur de Saint-Pol. On donnait ce titre aux puînés des grandes maisons. Ainsi Adolphe de Clèves était connu sous le nom d'Adolphe Monsieur.