‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 5)Chapitre 54 sur 86 · PHILIPPE · texte numérisé non relu

PHILIPPE

« Dite de Bourgoingne et de BrabanL »

last combattre iceax Gantois à si petit nombre de gens qu'il avoit : car il u'avoit que deux à trois mille combattans, qui estoit un bien petit nombre pour combattre une si grant puissance qu'on disoit qu'ils estoient. Lors le comte d'Estampes, qui avoit assemblé tous ses capitaines, mit la chose en conseil, et là j eut de grands débats, avant ce que la chose fust conclue du tout de ce qu'on devoit faire : car les aucuns estoient d'opinion et disoient que le comte d'Estampes devoit faire ce que le duc de Bourgongne lui commandoit ; les autres disoient que ce seroit grant honte d'estre si près des Gantois sans les aller voir, en disant : « Nous sommes de cheval, et lesdits Gantois sont de pied ; « ils ne nous peuvent grever, et nous leur pouvons bien « porter dommage Et que diront ou pourront dire ceux « d'Audenarde, quand ils orront dire que nous aurons été « si près d'eux sans autrement nous montrer? Et d'autre « part nous leur pourrions livrer escarmouches par si « bonne manière, quemessire Jacques deLalaing, qui ci « est, entrera dedans la dite ville pour réconforter et res- « jouir son bon oncle messire Simon de Lalaing et tous « ceux de la ville. Et si ainsi le faisons, au plaisir de Dieu, « messire Jacques de Lalaing entrera dedans, ou il y « mourra en la peine : car pour cette cause est-il ici venu. » Après toutes ces choses bien débattues , fut conclu par le comte d'Estampes que le lendemain il iroit voir le siège d'iceux Gantois, et qu'il verroit leur manière de faire de plus près ; et quand il ne pourroit autre chose faire sur les Gantois que de bouter messire Jacques de Lalaing dedans la ville, ce seroit une moult bonne œuvre. Cette conclusion prist le comte d'Estampes par l'avis et conseil des grands seigneurs et capitaines estans lors avec lui et en sa compagnie ; et en cette nuit le comte d'Estampes fist ses ordon-

nances d'a\^aiit-coiireurs, d'avant-garde, de bataille, d'avrière-garde et de toutes autres choses à ce appartenans. Et sy fut ordonné que deux hommes qui bien savoient lo pays et le langage, et qui Lien savoient noer ', iroient la nuit essayer pour entrer dedans la ville d'Audenarde pour dire et annoncer à messire Simon de Lalaing la venue du comte d'Estampes. Et ainsi en fut fait comme il estoit conclu; et en fut l'un, un nommé Jonesse, serviteur à monseigneur de Haubourdin et auparavant serviteur de monseigneur de Roubais. Et entrèrent les deux hommes, ainsi comme il estoit conclu, dedans la ville d'Audenarde tout par eau et à nos, et dirent à messire Simon la venue du comte d'Estampes, dont il fut moult resj oui, et toute la nuit fist démurer les portes de la dite ville pour saillir sur les Gantois à la venue du comte d'Estampes. Le lendemain matin, qui fut le vingt-quatrième jour du mois d'avril, le bon comte d'Estampes se délogea de son logis; sy chevaucha en belle ordonnance droit au siège des Gantois, et estoit chef de l'avant-garde messire Antoine, bastard de Bourgongne, et estoient avec lui le seigneur de Saveuses, Philippe de Hornes , messire Jacques de Lalaing et autres grands seigneurs.

Les Gantois, estant avertis de la venue du comte d'Estampes, se mirent en armes, et firent garder les entrées et passages de leur siège. Ils ordonnèrent six cents combattans pour garder un pont séant à un quart de lieue près de leur logis, sur une petite rivière, le droit chemin que devoit venir le comte d'Estampes; et toutes autres choses préparèrent pour la défense de leurs corps et logis. Tant chevauchèrent Picards, qu'ils se trouvèrent près du pas-

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sage que les six cents Gantois gardoient, lesquels (est-àsavoir une partie d'eux) s'estoient mis outre le passage, et tenoient ordonnance, et sembloit qu'ils fussent à pleins champs. Lors fut advisé que le seigneur de Saveuses iroit voir leur ordonnance, lequel ainsi le fit, et les approcha d'assez près, et vit qu'une partie d'eux a voient passé icelle rivière du côté des Picards, et lui sembla qu'ils estoient aux pleins champs. Alors le seigneur de Saveuses dit à messire Jacques de Lalainget à ceux qui avec lui estoient, lesquels s'estoient tirés hors de l'avant-garde , ainsi qu'il leur estoit ordonné, atout vingt-cinq lances de nobles et vaillans hommes : « Veez là les Gantois deçà la rivière aux « pleins champs. »

Quand messire Jacques de Lalaing et ceux qui avec lui estoient ordonnés, ouïrent dire le mot au seigneur de Saveuses, sans plus délayer férirent chevaux des espérons, et de grand courage et vaillance allèrent tout droit aux Gantois, cuidans férir dedans iceux ; mais ils trouvèrent un grand et merveilleux ravin entre eux et les Gantois, par quoi ils ne purent passer. Et messire Jacques de Lalaing, fort désirant à aborder sur eux, lui huitième de lances, alla tout au long du ravin, et au bout d'icelui trouva un petit passage par lequel il passa lui huitième tant seulement, comme dit est, et sy frappa dedans les Gantois ; desquels huit estoient Philippe de Hornes , le seigneur de Crèvecœur, le seigneur du Bois, Ernoult de Hérines , Jean d'Athies , et les deux autres estoient deux gentilshommes de l'hostel d'icelui messire Jacques. Quand iceux huit vaillans hommes se trouvèrent dedans, ils firent tant de vaillances et d'aussi belles apertises d'armes que corps d'hommes pou voient faire.

Qui eust vu messire Jacques de Lalaing se férir dedans

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et les éparpiller, il sembloit à le voir que ce fust un foudre. Il les abattoit et détranchoit, qu'il n'y avoit celui qui ne lui fist voie; et à dire la vérité, iceux huit vaillans hommes j firent tant d'armes , qu'à le dire tout au long seroit chose non croyable. Et aussi pareillement Gantois les recevoient et frappoient sur eux moult fièrement ; et là en y eut un des huit qui fut tué par la selle de son cheval qui se tourna, et se nommoit Jean d'Athies ; dont ce fut grand dommage, car il estoit vaillant homme. Et le seigneur deCrèvecœur, qui ce jour fut moult vaillant homme, y fut navré et en danger de mort, si ce n'eust été le hardement et grant vaillance de messire Jacques de Lalaing et la conduite de ceux qui avec lui estoient, et aussi par le secours que leur fit le seigneur de Saveuses, qui de près les suivoit ; lequel secours fit mettre à déconfiture les six cents Gantois qui de par leurs gens estoient commis à garder le passage, et peu en échappa qu'ils ne fussent tous morts.

Le comte d'Estampes, désirant aborder à ses ennemis, le suivoit et venoit après chevauchant en moult belle ordonnance ; et quand il vit iceux Gantois ses ennemis , il fit venir devers lui messire Jehan bastard de Saint-Pol, et lui requit l'ordre de chevalerie, et là fut fait chevalier par la main du bastard de Saint-Pol. Et ce fait, plusieurs nobles hommes vinrent devers le comte d'Estampes, et lui requirent l'ordre de chevalerie, et ce jour en y eut plusieurs faits par la main d'icelui comte, et aussi en y eut d'autres faits par les mains d'autres grands seigneurs qui là estoient, dont en brief me passe de les nommer, désirant de poursuivre cette matière, laquelle à mon pouvoir je désire achever.

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