‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 5)Chapitre 55 sur 86 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Comment le siège d'Audenarde fut levé par le comte d'Estampes, et des belles apertises d'armes que y fit messire Jacques de Lalaing'.

Or, nous convient parler de ce vaillant chevalier messire Simon de Lalaing qui estoit assiégé en la ville d'Audenarde par les Gantois, lequel toute la nuit, comme vous avez ouï, avoit fait démurer la porte de la ville, pour saillir sur les Gantois, lui et tous ses gens, ensemble ceux de la ville, qui tous estoient armés, en grand désir d'avoir secours, ainsi comme toutes gens assiégés ont et doivent avoir. Et promptement qu'ils virent les gens du comte approcher, ils ouvrirent leurs portes et commencèrent à saillir dehors, et Gantois de crier alarme. Les gens du comte d'Estampes estoient jà fort approchés du siège ; mais le seigneur de Saveuses et messire Jacques de Lalaing, comme celui qui de tout son cœur désiroit à voir son bon oncle messire Simon de Lalaing, estoient tout devant, et avec eux environ cent combattans, qui moult vivement se férirent sur les Gantois, en les occiant et abattant devant eux ; et d'autre part de ceux de la ville, se encommença le cri moult grant et l'occision merveilleuse et horrible sur Gantois. On n'y veoit que gens occire et détrancher; mais les Gantois se mirent tantost en fuite et à déconfiture, et abandonnèrent leurs logis, toute leur artillerie grosse et menue, vivres et bagages ; sy ne contendirent à rien sauver que leurs corps, et tous fuyoient à un pont qu'ils avoient fait sur la rivière de l'Escaut ; et les aucuns sailloient en bateaux en si grand nombre que tout ail oit au fond de l'eau. Iceux Gantois

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estoient logés dedans et au près d'une église où il y en mourut grand nombre; car, en vérité, avant que la puissance du comte d'Estampes abordast jusques à eux, moins de cent hommes les mirent à déconfiture, par la vaillance, prouesse et conduite de messire Jacques de Lalaing et de ceux qui avec lui estoient, et qui tant firent par force d'armes qu'ils mirent les Gantois à déconfiture ; et fut le siège d'iceux Gantois de ce costé tout déconfit et mis en fuite, les uns morts, les autres noyés, et ceux qui purent échapper allèrent à l'autre costé de la ville où ils tenoient un siège, et là où ils estoient le plus grand nombre. Là se montrèrent vaillans et hardis messire Simon de Lalaing et ceux de la ville d'Audenarde ; car ils gagnèrent la plus part de l'artillerie d'iceux Gantois.

Le comte d'Estampes, qui toujours se tenoit en bonne et grande ordonnance, approcha l'ost des Gantois; mais, comme dessus est dit, ils ne l'attendirent pas, ains s'enfuirent. Quand le comte d'Estampes vit la déconfiture et que tous les Gantois du siège de deçà estoient morts, ou noyés, ou passé la rivière de l'Escaut en fuite, il entra dedans la ville d'Audenarde, où par les habitants fut reçu à très-grant joie, car bien y estoient tenus. Sy lui fut conseillé qu'il se logeast dedans la ville, en lui disant que les Gantois qui estoient à l'autre costé, estoient merveilleusement grand nombre, et en fort logis et bien garnis d'artillerie, et qu'en celui logis estoit tout l'orgueil des Gantois, et que là estoient les hoefmans et ceux de la loi de Gand; et que bon seroit de faire savoir au duc de Bourgongne les nouvelles et en quel état les choses estoient, afin que sur ce il en ordonnast à son bon plaisir; et ainsi le conclut de faire le comte d'Estampes, comme il lui fut conseillé. Mais, comme j'ai ouï dire depuis, si le comte

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d'Estampes et sa compagnie, après que le premier siège fut déconfît et qu'il eut passé la rivière, fust allé combattre le siège qui estoit de l'autre costé, la guerre d'iceux Gantois eust pris fin, car jamais ne l'eussent osé attendre; mais la cliose ne fut pas ainsi conduite. Lors le comte d'Estampes fit loger toutes ses gens dedans la ville d'Audenarde.

Or advint, ainsi comme ils se vouloient repaistre, [que] lui vinrent nouvelles que les Gantois avoient levé leur autre siège, jà grand temps avoit, et s'en alloient en belle ordonnance atout leur artillerie, canons et autres bagues. Pour quoi le comte d'Estampes, par son poursuivant d'armes nommé Dourdan, le fit savoir au duc de Bourgongne, qui pour lors estoit en la ville de Grantmont. Ces nouvelles ouïes par le duc de Bourgongne, il fit sonner ses trompettes, en commandant que cliacun montast à cheval, en intention de poursuivre les Gantois. Or advint que les nouvelles vinrent au comte d'Estampes que les Gantois s'en alloient. Plusieurs vaillans nobles hommes montèrent à cheval , et issirent hors de la ville d'Audenarde pour poursuivre et aller après iceux Gantois, et furent les premiers montans à cheval messire Jacques de Lalaing et ses gens; en après, le seigneur de Moreuil, le seigneur de Rochefort, le seigneur de Lannoy, Robert de Miraumont et grand nombre de gentils et nobles hommes, lesquels suivirent iceux Gantois, et par la vaillance de messire Jacques de Lalaing et de ceux qui avec lui estoient, leur firent perdre tout leur charroy ; et à chacun destroit passage frappoient dedans; et là firent perdre à maints Gantois la vie. Cette chasse durant, Allard de Rabodenghes et Guyot de Bettun, accompagnés de vingt combattans, s'estoient partis du logis du duc

de Bourgongne, et chevauclioient en pays, quérans leur aventure ; ils ouïrent le bruit et virent l'allée des dits Gantois ; sy chevauchèrent après. Sy trouvèrent messire Jacques de Lalaing, ce vaillant chevalier, qui estoit au jdIus près des Gantois; sy se mirent avec lui, et à une reposée que firent lesdits Gantois, où ils tinrent ordonnance à bannière déployée, celui Allart de Rabodenghes et ledit de Bettun requirent à messire Jacques de Lalaing qu'il leur donnast l'ordre de chevalerie, laquelle chose il fist, et depuis se gouvernèrent moult vaillamment et chassèrent lesdits Gantois jusques à environ lieue et demie de la ville de Gand, et tant que leurs chevaux furent recréans, et plusieurs fois se mirent en grande aventure, vu le petit nombre qu'ils estoient; car en tout ils n'estoient pas cent combattans.

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