‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 5)Chapitre 56 sur 86 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Comment le duc de Bourgougne se partit de Grantmont en très-grant haste, pour aller après les Gantois, lesquels s'estoient levés de leur siège pour retourner à Gand à seureté.

Or, pour retourner à parler du duc de Bourgongne, quand il fut averti du partement des Gantois, comme dit est ci-dessus, lui et ses gens montèrent à cheval, et se hastèrent fort à chevaucher, mais impossible luy fut de les pouvoir ratteindre, mais toutesfois en très-grant haste autant que chevaux pouvoient courre, sieuvirent les Gantois, lesquels ils ne purent ratteindre que premièrement ne fussent auprès de la ville de Gand. Messire Jehan de Croy qui très-désirant estoit de les ratteindre, chevaucha tant, lui et sa compagnie, qu'il en trouva un très-grant nombre, lesquels se reposoient cuidaus estre hors de tous dangers,

et estoitjà la grosse puissance rentrée dedans ladite ville de Gand. Et quand iceux Gantois qui se reposoient, virent venir messire Jehan de Croy, ils se mirent en bataille en une belle place assez près d'un moulin à vent, et avoient une bannière et deux pennons ; et quand messire Jean de Croy vit leur ordonnance, il envoya devers le duc de Bourgongne lui dire les nouvelles de ses ennemis , afin qu'il se hastast.

Alors le duc de Bourgoiigne, moult joyeux de ces nouvelles, férit le cheval des espérons, et tant comme chevaux purent aller, se tira devers ses ennemis ; mais quand ils virent la grand'puissance qui s'approchoit d'eux, ils se mirent en fuite et en déconfiture, et s'enfuirent en bois et marais et à la rivière. Leur bannière et pennons furent pris, et y furent morts et noyés bien de cent à six-vingts de ceux qui s'estoient mis en bataille, dont le duc. fut moult courroucé de ce qu'ils s'estoient si tost mis en fuite, pour ce qu'en sa compagnie y avoit plusieurs jeunes écuyers qui fort désiroient avoir l'ordre de chevalerie, ayans doute d'y faillir ; mais depuis ils trouvèrent bien lieu et place de l'estre. Après cette déconfiture et chasse, le duc de Bourgongne se vint celle nuit retraire et loger dedans la ville de Gavres, où ceux du chastel lui firent bonne guerre', et le lendemain au matin se délogea et vint loger dedans la ville de Grantmont ; et pour parler et savoir vérité des morts et noyés qui furent au lever du siège d'Audenarde, la vérité n'en fut point sue, fors ce qu'on disoit, que des villages, que de la ville de Gand, ils perdirent bien deux mille hommes ; et qui bien s'y fust conduit, tout y fust demeuré, et la guerre faillie, qui de-

• On lit dans le ms. 1G881 : Bonne chière. C'est une faute de copiste.

puis cousta la vie de maints vaillans hommes. Depuis ces choses advenues, furent faites maintes courses devant Gand et autre part, dont je me passe en bref; mais je veux procéder et parler des lieux et courses où se trouva ce vaillant chevalier messire Jacques de Lalaing, duquel je veux parler jusques à sa fin, laquelle fort commençoit à approcher, qui fut pitié et dommage, comme ci-après pourrez assez ouïr.

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