CHAPITRE XL
Comment le comte d'Estampes reconquit la ville de Nivelle suf les Gantois.
Quant le comte d'Estampes, qui estoit au dehors de la ville de Nivelle entretenant sa bataille en attendant ses coureurs, sut que Gantois avoient reconquis sur ses gens la ville de Nivelle et qu'ils estoient tous entrés dedans et mis à mort ceux qui au devant d'eux estoient saillis, il fut moult troublé, et non sans cause. Sy appela messire Simon de Lalaing, ce gentil chevalier , qui lors avoit la charge et gouvernement de l'estendard du comte, et lui demanda conseil de ce qu'il estoit de faire. Lors respondit messire Simon et dit : « Monseigneur, il convient, sans plus arres- « ter, que tantost et incontinent cette ville soit reconquise « sur ces vilains ; car si guère on attend à les assaillir, je « fais doute que tantost qu'il sera su par le pays, les pay- « sans s'élèveront de tous costés et viendront secourir
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« leurs gens. D'autre part, vous savez assez que vos couce reurs, qui de ce ne savent rien, ne pourront repasser « vers vous que ce ne soit en grant danger ; c'est la fleur « et le bruit de votre compagnie. » Alors le comte d'Estampes commanda que chacun se mist à pied, et ordonna que son estendard fust baillé à porter à un gentilhomme de Nivernois, qu'on nommoit Philibert Bourgoing, lequel pour lors on tenoit pour un vaillant homme, preux et hardi aux armes, et qui bien se montra ce jour. Le comte d'Estampes fit sonner ses trompettes pour aller assaillir. Alors messire Simon de Lalaing et tous ses gens d'armes et archers encommencèrent moult vivement à assaillir, et Gantois à eux défendre.
Or advint, ainsi comme à cette heure que l'assaut estoit encommencé, que les coureurs s'en retournoient, c'est-àsavoir messire Antoine, bastard de Bourgongne, et son estendard, le seigneur de Wavrin, le seigneur de Rubempré et messire Gauvain Quiéret, lesquels arrivèrent auprès de la ville pour y cuider entrer; mais ainsi qu'ils approchèrent, ils ouïrent le bruit et la noise de l'assaut , par quoi ils connurent que la ville avoit esté reprise par les Gantois. Sy s'approchèrent à tous costés , et commencèrent à tous lez d'assaillir la ville; et pareillement faisoit le comte d'Estampes et ses gens, et tant que finablement la ville fut reprise et reconquise sur les Gantois. Le bastard de Bourgongne et les autres seigneurs par deux costés rentrèrent en la ville, et aussi firent les gens du comte d'Estampes; et là furent mis à mort la plupart des Gantois; et les autres qui se cuidoient sauver, se mirent en fuite et se boutèrent en une motte environnée d'eau, et là furent assaillis et tous mis à mort, que oncques un seul n'en échappa.
Après cette besogne achevée, le comte d'Estampes et sa compagnie s'en partirent pour s'en retourner au village de Harlebecque , où il avoit geu la nuit devant'. Sy advint qu'en soi retournant, en certains détroits, trouva arbres nouveaux abattus, et depuis qu'il estoit là passé au matin. Et es détroits s'estoient mis en embuscbe plusieurs paysans, et Guidèrent bien grever le comte d'Estampes à son retour, lui et ses gens, et de fait les assaillirent; et issoient lesdits paysans ou Gantois hors des bois, des aulnaies et des blés, oiiils s'estoient embuschiés, et là moururent trois des hommes du comte d'Estampes, dont les deux estoient nobles hommes, l'un nommé Jean d'Inde et l'autre Charles de Héronval. Et quant est desdits Gantois ou paysans, ils furent rués jus et morts de deus à trois cents \ Ledit jour perdirent Gantois, tant dedans Nivelle , à la chasse et sur la motte, comme à la dernière besogne, bien mille hommes et plus, ainsi comme ceux qui y furent, acertifièrent. Les choses faites et achevées, le comte d'Estampes s'en retourna à Harlebecque, et le lendemain en la ville d'Audenarde, là où il se tenoit en garnison.