‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 5)Chapitre 67 sur 86 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Comment le duc se party de Rupplemonde et ala logier à Wasmunstre, où les ambassadeurs du roy luy requirent d'aler à Gand pour trouver manière de faire la paix.

Or advint que cedit jour de samedi et le dimanche, le duc de Bourgongne fut en la ville de Rupplemonde, et le lundi ensuivant s'en partit, et alla au giste en un gros village audit pays de Was, nommé Wasmunstre \ Et passa le duc par un fort village nommé Chemesick% là où il y avoit forteresse appartenant à un gentilhomme nommé

On lit : mille ho7nmes dans le MS. 16881,

Waesmunster.

Kemseke.

Martiu Villain, lequel villag-e et forteresse furent ars; et la cause fut, quant à la forteresse, pour ce que icelui Martin Villain laissa perdre sa forteresse, que les Gantois avoient assiégée : car le duc lui avoit offert gens de sa nation de Flandre pour la garder, mais ledit Martin le refusa, la cuidant bien garder.

Or, abandonnèrent Gantois ville et forteresse quand ils surent la venue de monseigneur le duc et de sa puissance ; sy furent tous ars comme dessus est dit. Et quand le duc fut arrivé audit lieu de Wasmunstre, il y séjourna bien par l'espace de huit jours. Et la cause fut pour les ambassadeurs du roi, qui là arrivèrent, estans chargés de par le roi de requérir au duc qu'il lui plust faire et prendre paix aux Gantois, et à rapaiser son ire et les remettre en sa bonne grâce ' ; et quant à ce faire se vouloient employer,

' Les envoyés de Charles VII étaient chargés de remontrer au duc de Bourgogne « que le roy, qui est souverain seigneur et qui est tenu « de mouvoir paix et amour envers ses sujets, considérant que par » telles invasions et guerres particulières qui ont esté es temps passés « audit pays de Flandres, plusieurs inconvénients sont advenus en ce « royaume, et doubtant ces dangiers et inconvénients et désirant y « obvier et pourvoir , mesmement pour la conservation des droits , <. prééminences et prérogatives de sa souveraineté, a chargé ses am- « bassadeurs de remonstrer ces choses à mondit sieur de Bourgongne, « affin que son plaisir soit d'advertir lesdits ambassadeurs de la ma- <■ tière et de la cause du débat de luy et des Flamands, et diront que « le roi a baillé et donné charge et puissance auxdits ambassadeurs « de besoigner en l'apaisement desdites questions. »

Pour atteindre ce but, les ambassadeurs français tenaient au duc et aux Gantois un langage tout différent. Ils disaient au duc « que les- « dits débats et questions et la conséquence qui s'en peut ensuir, » touchent fort l'autorité et souveraineté du roy et de tout le n royaulme, et comment es temps passés, quand telles différences " sont advenues audit pays et mesmement entre les contes et les " communautés, les roys en ont tousjours entreprins la congnoissance <. et mis les débats et questions entre leurs mains, et aucunes fois les « ont apaisées amiablement, aucunes fois décidées par jugement, et « autres fois par voyes de fait et par desconfitures et contraintes, et

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et à riioimeur du duc, comme ils voudroient faire pour le. roi, et de ce avoient exprès commandement et charge de par le roi. Et quand les ambassadeurs eurent exposé leur charge au duc en la présence de plusieurs de son conseil, le duc respondit aux ambassadeurs, qu'il mercioit le roi de ce qu'il lui avoit plu envoyer devers lui pour ledit apaisement : mais il prioit au roi que de sa grâce il ne s'en voulust point mesler, et que au plaisir de Dieu il feroit tant qu'il viendroit bien à chef desdits Gantois ; et que si le roi estoit bien informé à la vérité desdits Gantois et de leur mauvaise rébellion et désobéissance, qu'il ne s'en voudroit point mesler, en priant de rechef aux ambassadeurs qu'ils voulussent estre contents et eux déporter de tous points d'en plus parler, en leur disant que s'ils savoient la grant, offense que lesdits Gantois lui avoient faite, qu'ils ne lui en requerroient point, ni le roi ne le voudroit point faire.

« à ce propos allégueront et déclareront particulièrement aucunes « histoires du temps passé qui mieulx serviront. »

Ils exposaient au contraire aux Gantois : « Que le roy, qui est « prince et seigneur souverain dudit pays de Flandre, tenu en fief '< de la couronne de France, et auquel appartient l'auctorité de la •< paix ou de la guerre par tout son royaulme, et qui par le deu de sa " dignité royale est tenu d'apaiser telles questions , et toutefois « vouldroit faire et administrer à tous ses subjects toute raison en «' justice et les préserver et garder des oppressions nouvelles et incon- « vénients, ainsi que ses prédécesseurs ont tousjours fait es temps .< passés aux communautés dudit pays de Gand et autres dudit pays u de Flandre, a envoyé ses dits ambassadeurs par devers mondit sieur << de Bourgogne et eulx, pour eulx emploier à la pacification d'iceulx, <( en leur remonstrant que le roy qui congnoist le bon et le grand vou- « loir qu'ils ont à lui et au bien de la couronne de France, les voul- ■< droit traicter comme ses bons, vrais et loyaux sujets. »

J'ai reproduit, dans le t. IV do mon Histoire de Flandre, de nombreux documents sur l'intervention do Charles VII dans les troubles do Flandre.

Les ambassadeurs répliquèrent de rechief en disant au duc, que une fois en falloit voir la fin et qu'il ne faisoit mal que à luy-mesmes en destansant ses propres subjets, lesquels estoient simples peuples et mal conseilliés, en priant au duc que pour la révérence de Dieu il voulsist ainsy faire et que de par le roy ils se pussent mesler d'iceluy apaisement, et que le duc fust content qu'ils pussent aller en la ville de Gand et qu'ils avoient lettres de créance du roy adréchant à ceux de Gand, et qu'ils se vouloient employer à iceluy apaisement à l'honneur et au prouffit du duc, comme ils voudroient faire pour le roy. Pour quoy le duc, après plusieurs paroles et remonstrances faites par iceux ambassadeurs envoyés de par le roy, fut content pour l'honneur du roy et de sa révérence, que iceux ambassadeurs alassent en la ville de Gand et se meslassent d'iceluy apaisement dont iceux ambassadeurs remercièrent le duc, mais pour tout dire, iceux ambassadeurs ne obtinrent pas du premier jour le consentement du duc, ains s'en retournèrent le premier jour à Tenremonde, et le lendemain revinrent devers le duc, et avec eux le chancellier de Bourgong-ne et l'évesque de Tournay, et sy renouvelèrent toutes les paroles qui le jour de devant avoient esté dites. Et puis fut la conclusion dessusdite exécutée, et allèrent les ambassadeurs en la ville de Gand, où ils furent grandement reçus, et là furent par l'espace de quatre jours, durant lequel temps par plusieurs fois remonstrèrent le péril et le dangier en quoy un chacun jour ilssemettoient, et pour ceste cause le roy de France les avoit là envoyés et comment à grant paine ils avoient fine au duc de Bourgongne leur seigneur de là estre venus, pour laquelle cause et affin que le roy apperchust d'eux que aucunement ils eussent obtempéré à leur requeste, leur prièrent très-

instamment de rechief, que pour le bien d'eux tous se voulsissent humilier et adviser tous ensamble, par bon advis, de à eux faire telle response que Dieu premièrement et le duc de Bourg-ongne, conte de Flandres, leur seigneur, ayent leur response pour agréable.

Alors lioefmans, escbevins de hault banc et doyens des mestiers, remercièrent les ambassadeurs, disans qu'ils fussent les bien venus, et que pour l'honneur et révérence du roy auroient si bonne et briefve response que chacun seroit content. Ainsy se passèrent trois jours, et au quatrisme jour iceux ambassadeurs vinrent en la maison de la ville où ils trouvèrent hoefmans, eschevins et doyens, et là par un avantparlier', leur fut dit de par iceux hoefmans, eschevins, doyens et communauté de la ville de Gand, qu'ils fissent tant devers leur très-redoubté seigneur le duc de Bourgongne que de sa grâce il leur voulsist octroier une trêve de un mois, durant lequel temps ils adviseroient de tellement et si bien besongner, que par raison le roi et leur seigneur le duc de Bourgongne, conte de Flandres , et ceux qui s'en estoien't meslés , seroient contens; et à tant les remercièrent les ambassadeurs, qui prirent congié d'eux et se partirent de la ville de Gand.

Nous lairons ceste matière pour ceste fois, et parlerons des ordonnances, que fist le duc de Bourgongne pour entrer au pays de Was'.

' Avantparlier, avocat.

2 Ces deux pages se trouvent ainsi résumées dans plusieurs manuscrits : « Toutesfois répliquèrent tant et parlèrent lesdits ambassadeurs, que le duc fut content qu'ils allassent jusques à Gand, laquelle chose ils firent; et peu y profitèrent, car durant le temps qu'ils y furent et qu'ils parlementèrent ù eux, alors faisoient iceux Gantois plur forte guerre qu'auparavant n'avoient fait, non raie une fois, mais par plusieurs fois quant paix et moyens se y euidoient trouver, adonc fai soient-ils du pis qu'ils pouvoient. »

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