‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 5)Chapitre 68 sur 86 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

Comment le comte de Charolois se partit de Tenremonde à puissance, pour aller courre devant le village de Mourbecque.

Ens au pays de Was, avoit plusieurs gros villages fortifiés de grands boulevards et de plusieurs fossés, et tous les chemins Boulevarqués et fossoyés; et entre les autres villages en y avoit un nommé Mourbecque', et dans celui village avoit, tant comme de ceux de Gand comme de ceux du pays, comme on disoit, six mille combattans. Et pour ce fut advisé que le comte d'Estampes iroit courre en pays atout sa compagnie, qui pouvoient estre deux mille combattans. Et se partirent le xxiii" jour de juin, et allèrent en pays, où ils trouvèrent tant de boulevards que merveilles, et clievauclièrent en tournant ledit pays jusques à une lieue de Mourbecque : mais pour la grant chaleur qu'il fit ce jour, le comte d'Estampes retourna à Wasmunstre; et à la vérité dire, il fit ce jour une si grande et si aspre chaleur, qu'il mourut un gentilhomme de chaud , et en furent cinq ou six grands seigneurs en danger de mort, à cause d'icelle chaleur; et disoient les aucuns, que oncques en leur vie n'avoient vu faire si trèsgrant chaleur pour un jour au pays de Flandre. Puis quand ce vint le lendemain, qui fut la nuit de Saint- Jean, il fut ordonné que le comte de Charolois iroit à puissance courre devant ledit village de Mourbecque ; et en sa compagnie avoit plusieurs grands seigneurs, et estoient en tout environ deux mille combattans. Ils firent leurs ordon-

' Moerbeke.

nances, c'est-à-savoir avant-garde, bataille et arrièregarde, à demie-lieue près dudit Mourbecque, en une abbaye nommée Boudelo ', et un gros village nommé Stecque'. Et furent envoyés les coureurs, lesquels allèrent jusques entre ladite abbaye et celui village de Mourbecque, qui estoit comme à un quart de lieue près, et là trouvèrent deux forts boulevards que les Gantois gardoient ; ils retournèrent incontinent et firent leur rapport au comte de Charolois et aux seigneurs qui avec lui estoient, et que si on les vouloit assaillir, il convenoit que l'avant-garde s'approchast, Toutesfois pour celle heure, on n'y alla point ; car on doutoit la personne du comte de Charolois, qui faisoit fort à peser, et s'en retournèrent sans rien faire ; de quoi le comte de Charolois fut très- desplaisant et courroucé à merveilles; et aussi fut le seigneur de Créquy, car il conseilloit toujours , et estoit son opinion telle, qu'on devoit aller et approcher ledit village de Mourbecque de plus près, et selon ce qu'on trouveroit, on auroit advisé à aller avant ou de s'en retourner au logis de Wasmunstre, laquelle chose on fit ; et ainsi s'en retournèrent audit logis, sans aller plus avant pour celle fois.

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