‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 5)Chapitre 69 sur 86 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

De la rompture qui fut faite afin que le duc n'allast à l'emprise qu'il avoit faite, c'est-à-savoir sur le village de Mourbecque, dont il fut moult courroucé.

Auprès du pays de Was avoit un très-beau pays qu'on nommoit les Qiiatre-Mestiers, auquel pays avoit un très-

' Baudeloo.

^ Stekene.

beau village et grand, nommé Hiilst, lequel se tenoit pour le duc de Bourgongne. Ils estoient peu de gens ; sy leur fut envoyé messire Louis de Masmines atout environ soixante combattans, lesquels confortèrent ceux de Hulst, et là demeurèrent tant que le duc eust envoyé plus grand nombre de gens. Durant lequel temps, le duc sachant que par son fils le comte de Cliarolois n'avoit esté faite, ni achevée l'emprise qui lui estoit ordonnée, assembla son conseil pour savoir ce que il avoit à faire touchant le village de Mourbecque, lequel sur toutes choses sur l'heure déairoit prendre par force ; pour quoi furent députés et ordonnés certains chevaliers a mettre par écrit la manière et la conduite de l'assaut d'icelui Mourbecque. Et en furent le seigneur de Créquy, le seigneur de Montagu, le seigneur de Ternant, le seigneur de Humières, messire Daviot de Poix et messire François d'Aragonnois ; et mirent par écrit toute manière et la conduite de l'avant-garde et l'artillerie, qui y appartenoit, le lieu là oh. ils s'assembleroient ceux qui dévoient assaillir, ceux qui dévoient estre à pied et ceux qui dévoient estre à cheval, où toute l'artillerie de ribaudequins, couleuvrines et veuglaires devoit estre ; et là où les crennequiniers se dévoient tenir, et où vivres et charrois seroient ; et en général toutes les ordonnances furent si bien ordonnées, qu'on ne pourroit mieux. Et icelles apportées au duc, présent son grand conseil, le jour et l'heure de partir fut dénommée et conclue. Mais en celui jour que le duc se cuidoit partir, et mesmement tous vivres, chariots, artillerie et toutes autres choses appertenans à assaillir icelui village, aucuns sages et subtils chevaliers, doutans le grand péril et danger qui pourroit estre à assaillir celui village de Mourbecque ainsi fortifié et gardé de six mille hommes, comme on disoit, trouvèrent

manière de rompre celle emprise par subtile voie, et tellement qu'à peine s'en put-on apercevoir. Toutesfois il fut rompu, dont le duc de Bourgongne fut moult troublé, et tellement qu'il montra devant tous ceux de son conseil par paroles, que courroucé en estoit, et fit son estendard, qui aux fenestres de son logis estoit, reployer et bouter dedans, en soi complaignant que sadite emprise estoit rompue; mais il ne savoit par qui, Toutesfois tout demeura ainsi pour l'heure. Puis le lendemain, qui futle xxvi^ jour du mois de juing, les ambassadeurs du roi, toujours requérans au duc de Bourgongne, pour amour et faveur du roi, qu'il voulsist apaiser sa fureur envers les Gantois, et qu'il lui plust entendre h la paix, en requérant trêves à monseigneur le duc, et que bonnement on ne pouvoit parvenir à ladite paix, sans surséance de guerre, prièrent tant au duc, qu'il leur accorda qu'il ne feroit point de guerre auxdits Gantois, ni ne feroit faire trois jours entiers, c'est-à-savoir le mardi, le mercredi et le jeudi, qui furent les xxvii% xxviii' et xxix" jours de juing. Mais le dimanche devant, qui fut le xxv* jour d'icelui mois de juing, le duc avoit ordonné que ceux du pays d'Hollande iroient par eau de la ville de Tenremonde en la ville de Hulst, ainsi comme ils firent, et s'en allèrent en belle ordonnance au long de la rivière de l'Escaut et passèrent devant la ville d'Anvers, et puis entrèrent en mer, et tant firent qu'ils entrèrent dedans la ville de Hulst. Et le mardi, qui fut le xxvir jour de juing, le duc envoya messire Antoine bastard de Bourgongne, messire Simon, messire Jacques et messire Sanche de Lalaing audit lien de Hulst, atout trois cens combattans ou environ à cheval, et la nuit ensuivant de ce mesme jour qu'ils furent arrivés audit lieu de Htil.st, ils surent que bien six mill<;

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Gantois, estans et gardans pour l'heure un grand et fort village nommé Axelle, estoient issus hors, et ne savoient ce qu'ils vouloient faire. Pour quoy messire Jacques et mèssire Simon de Lalaing issirent hors de la ville de Hnlst le mercredi bien matin, atout soixante comhattans, et chevauchèrent tout droit vers ledit gros village de Axelle , pour savoir nouvelles de leurs ennemis. Sy ne chevauchèrent guère de chemin, qu'ils trouvèrent un fort boulevard gardé par les Gantois, bien garnis d'artillerie à poudre', et en tirèrent sur lesdits de Lalaing, et toutesfois ils entendoient qu'il fust trêves lesdits trois jours durants, comme il estoit dit. Et quand messire Jacques et messire Simon perçurent que lesdits Gantois ne tenoient point les trêves, ils s'approchèrent d'eux, et de rechef lesdits Gantois commencèrent à tirer. Ce voyans , messire Simon et messire Jacques firent descendre leurs archers et marchèrent tout droit à l'encontre desdits Gantois. Et quand iceux Gantois les virent approcher si près d'eux, sy commencèrent à fuir; et messire Jacques de Lalaing, par grand courage et diligemment, les prit à suivir atout cinquante combattans ou environ, et messire Simon demeura pour recueillir et secourir messire Jacques son neveu, si besoin estoit; mais celui jour messire Jacques de Lalaing, le bon chevalier, fit tant par son grand hardement et prouesse, qu'il conquesta et gagua sur les Gantois sept ou huit forts boulevards, et passa parmi deux villages, dont l'un estoit bel et fort, et [y a] une très-belle et forte église, et les desconfit et mit en fuite atout son petit nombre de gens jusques au lieu d' Axelle. Et si à cette heure celui mes-

' On lit clans le MP. 1G881 ; Bien garnis de canons vt de culcuvrincs.

■ sire Jacques de Lalaing eust eu suite de gens, il fust entré dedans le village d'Axelle.

Ainsi comme vous oyez, messire Jacques de Lalaing, le vaillant chevalier, eut en ces jours moult de grands affaires, et donna maints coups et reçut, tellement que par sa vaillance et par ses belles apertises d'armes, sa renommée fut si grande, qu'en place où il se trouvast, fortune lui estoit- amie, non pas seulement en ce jour, mais tant comme il véquit. Et en celui jour n'y eut desdits Gantois que dix à douze morts, et de prisonniers environ vingt : car tantost comme Gantois le veoient aborder sur eux, lequel ils connoissoient assez , nuls d'eux, pour peur de la mort, ne l'osoient attendre. Après ces choses faites et achevées, messire Jacques et messire Simon de Lalaing s'en retournèrent en la ville de Hulst. Et quant est aux Gantois , lesquels estoient issus en nombre de six mille combattans , comme on disoit , ils sçurent bien qu'ils estoient allés bouter les feux en deux maisons devers la mer, lesquelles estoient à deux nobles hommes tenant le parti du duc de Bourgongne.

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