‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 5)Chapitre 70 sur 86 · CHAPITRE XXL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXL

Comment les Gantois qui estoient dedans Axelle, isslrent dehors pour aller mettre le siég-e devant Hulst; et des grants vaillances et grant conduite de messire Jacques de Lalaing.

Quand ce vint le lendemain, qui fut le jour de Saint- Pierre en juin, les Gantois estant au lieu d'Axelle, en nombre de sept mille hommes ou plus, comme on disoit, issirent et allèrent tout droit devant la ville de Hulst, menant grand nombre de charroi et artillerie, tant de ca-

lions , couleuvrines et pavais que d'autres choses apparteuans à ladite artillerie, contendans d'assiéger la ville de Hulst ou la prendre d'assaut. Pour quoi, quand on vit venir les Gantois en tel arroi , fut ordonné que les Hollandois garderoient l'une des portes, messire Sanclie de Lalaing une autre , et messire Antoine bastard de Bourgong-ne seroit dedans le marclié atout ses gens, pour secourir et aider ceux qui en auroient affaire, et messire Jacques de Lalaing isseroit dehors atout un nombre de gens d'armes, et messire George de Rosimbos mèneroit les archers. Et quant à messire Simon de Lalaing, il estoit allé devers le duc de Bourgongne, qui à ce jour estoit au village de Wasemunstre , dont devant est parlé.

Quand les ordonnances furent faites, une partie d'iceux Hollandois issirent hors de l'une des portes, du costé dont les Gantois approchoient cette ville de Hulst : messire Jacques de Lalaing et George de Rosimbos estoient pareillement issus hors de la ville de Hulst. Et quand messire Jacques de Lalaing vit et perçut que les Gantois approchoient la porte dont ils estoient issus , il envoya par devers messire Antoine le bastard , afin qu'il lui envoyast encore cinquante ou soixante archers, laquelle chose il fit. Puis quand messire Jacques se vit renforcé desdits archers et qu'iceux Gantois n'approchoient plus la ville de Hulst , il ordonna un petit nombre d'archers , et les fit aller à son costé senestre et si avant que lesdits archers pouvoient bien tirer aux flancs et aux costés d'iceux Gantois. Et alors messire Jacques de Lalaing commença à marcher tout bellement envers ses ennemis. Puis quand iceux Gantois virent messire Jacques de Lalaing approcher d'eux, et qu'ils sentirent le trait des archers, lesquels tiroient sur eux, comme dessus est dit, se mirent en fuite

et en desconfiture, et sy ne veoient guère de nos gens; mais la vaillance et hardiesse du bon chevalier messire Jacques de Lalaing les. fît mettre à desconfiture. Le cri fut grand sur eux ; hommes d'armes et archers commencèrent à chasser et à tuer Gantois. Et est à croire pour vérité que Hollandois n'y faillirent mie, autant comme ils pouvoient aller de pied. En cette ville de Hulst estoient plusieurs chevaliers et grands seigneurs, tant du pays de Hollande, Picardie, Hainaut que d'autre part.

Là estoient le seigneur de Lannoy, le seigneur de Brederode, le seigneur de Bausignies, le frère du seigneur de Brederode, messire Sanche de Lalaing, tous vaillants chevahers, dont les uns estoient issus de la ville et les autres estoient en leur garde. Car le grand nombre que les Gantois estoient, avec le nombre du charroi et artillerie qu'ils avoient , faisoit à douter qu'ils ne voulsissent assaillir la ville de Hulst ; et aussi alloient-ils pour ce faire : mais ils trouvèrent dedans la ville autres gens qu'ils ne cuidoient trouver. Et pour revenir à icelle desconfiture des Gantois, vrai est que messire Jacques de Lalaing chassa un peu iceux Gantois tout à pied. Et en ce faisant trouva un poursuivant nommé ïavent, auquel il prit son cheval, et monta dessus, et ce pendant on alla querre chevaux en la ville de Hulst, tant pour lui comme pour les siens, et aussi plusieurs nobles hommes se mirent en peine d'avoir des chevaux. Et quand chevaux furent recouvrés, laquelle recouvrance fut petite, car je crois qu'ils ne se trouvèrent point jusques à cinquante chevaux en tout, alors ils encommencèrent à faire leur devoir, c'est à savoir de tuer et chasser Gantois , et tant qu'hommes et chevaux furent recrans. Et fut messire Jacques de Lalaing tout le dernier chassant, et eut son cheval tué, et lui convint rechanger

cheval, et en eut trois ce jour ; et sy avoit avec lui cinq ou six de ses gens , et sy y estoient messire Josse de Hallewin, le bastard de Saveuses et Plateau, car ils ne se trouvèrent que dix ou douze chevaux au darrain, que tous ne fussent lassés. A icelle chasse ne failloit que gens de cheval pour chasser et tuer : car les Gantois ne faisoient autre défense que de fuir, en jetant piques et harnas à terre. En icelle chasse y eut j)lusieurs Gantois lesquels s'allèrent rendre aux officiers d'armes en requérant qu'on leur sauvast la vie. Celui jour y eut quatre cents hommes morts, et bien cent prisonniers d'iceux Gantois, et sy perdirent toute leur artillerie, charroi, pavais, vivres et autres bagues ; et , comme on disoit , ils avoient bien quarante , que chars, que charrettes.

Or est vérité que le duc de Bourgongne entendoit qu'il y eust trêve à la requeste des ambassadeurs du roi :* car vous avez ouï comme le duc leur avoit accordé surséance de guerre, c'est à savoir le mardi, le mercredi et le jeudi, lequel fut le jour Saint-Pierre , comme dit est , que la besogne fut. Et cuidoient les Gantois prendre et surprendre les gens du duc de Bourgongne en la ville de Hulst, pensans qu'on ne se donnast garde d'eux, à l'occasion desdites trêves et surséance de guerre ; et ainsi avoient-ils accoutumé de faire , car à toutes les fois qu'on parlementoit de paix ou de trêves, ou qu'il estoit surséance de guerre, ils faisoient leur emprises cauteleusement, dont mal leur en vint, comme ci-dessus avez ouï.

Or vrai est que audit jour Saint-Pierre, le duc avoit ordonné qu'environ sept heures en la nuit , lui et sa bataille partiroient , à neuf heures après son arrière-garde, et estoit pour aller au village de Axelle, où on disoit que les Gantois estoient bien six ou sept mille. Et tout ainsi

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que le maréchal de l'ost du duc faisoit dire les ordonuances qui lui estoient chargées de par le duc, au prévost des maréchaux pour le fait des vivres, et au maistre de l'artillerie, ensemble tout ce qu'il falloit pour l'ost, vint un poursuivant nommé Pavillon, lequel apporta certaines nouvelles de la besogne et de la détrousse faite sur les Gantois devant la ville de Hulst, ainsi comme ci-dessus avez ouï. Et pour revenir au partement du duc, qu'il devoit faire de son logis de Wasemunstre, là où il avoit été longuement logé, comme dessus est dit, là estoient aucuns ambassadeurs du roi , lesquels requéroient au duc , qu'il lui plust encore dilayer son voyage et emprise, qu'il avoit sur les Gantois estans lors au lieu de Axelle, en disant qu'encore estoit l'un des ambassadeurs en la ville de Gand, lequel pourroit bien apporter telles nouvelles qu'il ne seroit jà besoin d'en plus faire. Lors le duc de Bourgongne respondit aux ambassadeurs qu'il veoit bien et savoit la maie volonté des Gantois, et bien le monstroient et avoient monstre ce mesme jour que toutes les parties avoient accordé surséance de guerre. Et pour tant, le duc voulut entretenir son voyage : et quand ce vint à sept heures de la nuit, l'avant-garde se délogea, et puis la bataille et l'arrière-garde ; et après toutes les batailles, estoit ordonné le charroi , tant de vivres comme autrement , et un petit nombre de lances pour le garder. Et la cause pour quoi le dit charroi fut ainsi ordonné tout derrière, ce fut pour les chemins , qui moult estoient étroits , et tout le pays fossoyé : car si un chariot se fust rompu , le chemin eust esté estouppé et clos , tellement que les gens de guerre n'eussent pu aider, ni secourir l'un l'autre. En celle ordonnance chevaucha le duc de Bourgongne et son ost toute la nuit, en allant tout droit au gros village de Axelle au pays des

Quatre-Mestiers, là où il cuidoit trouver de six à sept mille Gantois. Or convenoit-il que le duc et son ost passassent par le chemin qu'il prit tout droit devant la ville de Hulst, où la besogne a voit esté. Sy y avoit du logis dont le duc s'estoit parti, nommé Wasemunstre, jusques audit lieu de Hulst, quatre grosses lieues de Flandre, et fut jour quand il arriva à Hulst; et dudit Hulst jusques à Axelle avoit une grosse lieue ; et ainsi estoit cinq lieues qu'il y avoit de Wasemunstre jusques au lieu de Axelle. Puis quand le duc fut passé environ une demie lieue de la ville de Hulst, on se mit en bataille en attendant Hollandois , Picards, Flamands et Haynuyers, lesquels estoient dedans la ville de Hulst. Les chariots que les Gantois avoient perdus le jour devant , vinrent bien à point aux Hollandois : car ils estoient venus de Hollande par eau, sy n'avoient nuls chevaux.

Le duc de Bourgongne fut longuement en bataille en attendant les Hollandois, dont le seigneur de Lanuoy estoit capitaine et gouverneur; et estoient les Hollandois presque tous en chariots et charrettes, et les aucuns à pied : et quand ils furent venus, le duc ordonna tout son arroy pour assaillir la grande et forte ville de Axelle, qui estoit de tous costés très-fort boulevarquée. Sy furent ordonnés à aller devant ladite ville messire Jacques et messire Simon de Lalaing atout leurs gens, pour voir les avenues de ladite ville de Axelle , la manière des Gantois et toutes leurs ordonnances. Et dévoient suivre par ordre, ainsi qu'il estoit ordonné pour ledit assaut : mais ce fut pour néant ; car lesdits Gantois s'en estoient fuis en cette mesme nuit tous hommes , femmes et enfants , et avoient vuidé la plupart de leurs biens , et s'estoient tous retraits en la ville de Gand , là où il y avoit quatre grosses lieues

de ladite ville de Axelle. La nouvelle vint au duc de Bourgongne comment Gantois s'en estoient fuis la nuit, et qu'en la ville de Axelle n'y avoit homme demeuré , ni femmes, ni enfants, excepté cinq ou six vieilles, dont le bon duc fut moult desplaisant ; car il avoit clievauclié toute nuit. Guidant trouver lesdits Gantois : mais ils avoient esté si effrayés le jour devant de la besogne et desconfiture qu'ils avoient eue devant la ville de Hulst, que sans arrester ils s'enfuirent en la ville de Gand.

Après ces nouvelles sues, le duc ordonna au marescbal de l'ost, qu'il prist les fourriers et allast au lieu de Axelle faire les logis. Sy fut ainsi fait et ordonné, et là se logea le duc et tout son ost. Et après plusieurs compagnons de guerre passèrent outre celle ville de Axelle, et trouvèrent tant de vacbes et de bétail qu'on donnoit une belle vache pour cinq sols '. Ce dit jour, qui estoit le derrain jour de juin, après ce que hommes et chevaux furent repus, le duc envoya courre le pays des Quatre-Mestiers du costé de la mer, tout jusques à Bouchant ; et y furent, ce vaillant chevalier messire Jacques et messire Simon de Lalaing son oncle et plusieurs autres chevaliers et escuyers. Sy ne trouvèrent personne en tout le pays , ni hommes , ni femmes, ni enfants, que tous ne fussent retraits en la ville de Gand. Les deux seigneurs, messire Jacques et messire Simon de Lalaing , par l'ordonnance et commandement du duc, firent bouter les feux en ceste ville de Bouchant et par tout le pays où ils furent, et ardirent bien trois lieues de pays , que ceux de la ville de Gand veoient à plein.

' D'après les chroniques flamandes, la défaite des Gantois devant Hulst eut lieu le 26 juin 1452. Ce fut le 3 juillet que les Picards entrèrent dans le pays des Quatre-Métiers, où ils mirent tout à feu et à sang.

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