‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 5)Chapitre 71 sur 86 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Comment le ducdeBourgongne fit bouter les feux dedans Mourbecque et autres plusieurs villages.

Le premier jour de juillet ensuivant, le duc de Bourgongne envoya messire Louis de la Viefville et messire Louis de Masmines en la ville de l'Escluse quérir des vivres : car le pain estoit failli, et estoit très-clier en l'ostdu duc ; et leur fut commandé qu'ils amenassent leurs vivres à un village nommé Wacquebecque ' , qui est un beau village séant à deux lieues de Gand. Le duc de Bourgongue fut logé audit lieu de Axelle trois jours entiers, et le quatrième jour, qui fut troisième jour de juillet, se délogea et s'en alla loger au village de Wacquebecque. Mais avant son partement, il envoya courre à puissance dedans Mourbecque, un fort village et de fortes avenues, là oii on cuidoit moult grand nombre de gens. Et firent la course les gens de messire Jelian de Croy, et y furent le seigneur de Mengoval, messire Jelian de Rubempré, neveu du seigneur de Croy, et plusieurs autres clievaliers et escuyers. Audit village de Mourbecque n'avoit nulluy, car tous s'en estoient fuis dedans la ville de Gand ou dedans les marais dudit Mourbecque , lesquels sont marais où on prend tourbes , lesquels sont tant périlleux, que nuls estrangers n'y peuvent, ni ne savent comment entrer que ce ne soit en péril et danger de perdre la vie; et tels y entrèrent pour cuider gagner, qui oncques puis n'en revinrent : mais comme j'entends, ils n'y furent que deux ou trois.

' Wachtebeke.

Quand les deux de Rubempré et de Meng'oval virent que autre chose ne se pouvoit faire es dits marais, lesquels on appelle moures, ils firent bouter le feu audit village de Mourbecque : car on leur avoit commandé'. Sy fut ladite course faite le premier jour de juillet. Et pour revenir à notre matière du délog-ement du bon duc, véritéest qu'il se délogea le troisième jour de juillet de ce bel et gros village d'Axelle, que ceux du pays ne tenoient pas pour village, mais pour bonne ville , aj^ant armes, loi et maison de ville, et avec ce y avoit bien de deux à trois mille maisons, lesquelles au déloger furent presque toutes arses; et peu y en demeura, fors qu'une très-belle église et la maison de messire Guy de Guistelle, laquelle estoit enclose d'eau et de fossés, et fut garantie du feu pour ce que le chevalier tenoit le parti du duc son seigneur. Ainsi comme vous oyez, se délogea le duc et tout son ost; sy chevaucha en la plus belle ordonnance qui pour lors faire se pouvoit : car on ne pouvoit chevaucher que par les chemins, tant estoit le pays fossoyé. Et encore estoient tous les chemins boulevarqués , mais iceux boulevards estoient rompus et les chemins refaits , et alla celui jour loger le duc à Wacquebecque, dont dessus est faite mention, et là fut deux jours; et illec lui vinrent vivres de l'Escluse en grand abondance que messire Louis de la Viefville et messire Louis de Masmines conduisirent, ainsi que chargé leur avoit esté , et bien le firent. En ces deux jours que le duc et son ost furent logés en celui village de Wacquebecque , coururent plusieurs gens de guerre

• Le duc, qui ne pooit oublier la mort de son bastard, commanda que tous les villaiges du pays de Wast qui estoient rebellés ùluy, fussent ards. (Jacques Duclercq, II, 16.) — Par ainsi en ce voyage furent ars mieulx de iiii mil manoirs. [Chron. anon. Corp. Chron. Flandr., t. III, p. 496.)

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