CHAPITRE XXIV
Du parlement qui se fit à Lille, où estoit l'ambassade du roi de France, pour traiter de la paix au duc de Bourgongne pour ses sujets les Gantois.
Or vint le jour, c'est à savoir le vingt-neuvième jour de juillet, que les gens du roi arrivèrent en la ville de Lille, c'est à savoir le comte de Saint-Pol , messire Thomas de Beaumont , l'archidiacre de Tours , le procureur-général du roi ; et d'autre part y furent les députés des Gantois ayants pouvoir des hoefmans, burguemaistres, échevins et ceux de la loi ; et mandèrent un avocat à Paris, nommé maistre Jehan de Poupincourt ', pour plaider leur cause et pour les conseiller : car ils savoient bien qu'icelui avocat
de Dieu qu'il vous ait et maintiengne tousjours en sa saincte garde, et vous doint très-bonne vie et longue et accomplissement de vos très-liaulx et très-nobles désirs.
» Escript en ma ville de Tenremonde, le xxix« jour de juillet. « Votre très-humble et très-obéissant, « PHILIPPE, « duc de Bourgogne et de Brabant. »
• Jean de Popincourt fut plus tard l'un des conseillers de Louis XI. Il reçut de lui une mission de confiance dans le procès de l'abbé de Haint-Jean-d'Angély.
estoit l'un des hommes du monde qui plus liaioit le duc de Bourg-ong*ne.
Ne demeura guères après que le duc de Bourgongne arriva en la ville de Lille, accompagné de noble chevalerie et de sage conseil. Devant les gens du roj qui juges et arbitres estoient du discord d'entre le duc et iceux Gantois, furent par plusieurs journées les gens du duc et les députés de iceux Gantois, et tant fut procédé à ladite matière, après ce que toutes les parties eurent dit et remonstré ce qu'ils vouloient dire, vu tout le bon droit du duc et sa juste cause, pour la rébellion, désobéissance, maléfices et les grandes entreprises que iceux Gantois avoient entrepris et entreprendoient chacun jour contre sa hauteur et seignourie, fut dit et appointié et iceux Gantois condemnés par les gens du roy dessus nommés juges et arbitres, comme dit est, que lesdits Gantois feroient et seroient tenus de faire de point en point tous les points et articles contenus en la sentence qui cy-après est escripte, laquelle fut prononchiée par les dessusdits ambassadeurs et gens du roy, juges et arbitres de la dite matière '.
' On voit par les comptes de cette époque que le duc de Bourgogne fit payer 6,000 livres au sénéchal de Poitou, à larchidiacre de Tours et au procureur-général du roi « pour avoir aidé à la paix avec ceulx « de Gand. » Le duc de Bourgogne eut recours aux mêmes moyens d'influence vis-à-vis de Guillaume de Menypeny et de Jean de Saint- Romain, autres ambassadeurs de Charles VII :
« C'est le plus grant desplaisir (leur disait le sire de Charny) que le « roy puisse faire à monseigneur de Bourgongne que se meslerdecette « besongne de Gand, car nous savons bien quil ne vouldroit pas que « nous eussions mioulx que nous avons, et vous jure, par l'ordre que « je porte, que ce estoit le bien et le prouffit du roy que vous vous en « alassiez, sans autre chose faire et sans vous en mesler plus avant ; et « croy que si vous le faisiez ainsi, monseigneur feroit quelque chose. » " C'est-à-dire, ainsi que Saint-Romain entendoit, que monseigneur « nous donneroit de l'argent. » (Mss. Baluze, IMbl. imp. de Paris.)