CHAPITRE XXIX
C'y fait mention comment le due de Bourgongne prit le chastel d^ Poucques et fit pendre tous ceux qui dedens estoient, puis y fist bouter le feu.
Or faut revenir à parler du duc, qui tenoit le siège devant la forteresse de Poucques, comme dessus est dit. Vray est que ceux qui tenoient la place se rendirent, le V jour du mois de juillet, à la volonté du duc, qui fut telle que tous les hommes furent pendus et estranglés, mais les femmes furent honnestement gardées et renvoyées où elles volrent aller. Et le septième jour d'iceluy mois ensuyvant, le duc se deslogea de devant icelle place de Poucques, après ce qu'il l'eut fait démolir, et à toute son armée s'en retourna à Courtray, où il ne séjourna guères et s'en alla à Audenarde, et d'illec alla mettre le siège devant Gavres, après ce qu'ils furent sommés par le roy d'armes de Flandres, ainsy que [pour] toutes les autres places il avoit
fait ; et là y eut un beau logis de toutes choses, et merveilles estoit de voir le grant nombre de tentes et de pavillons qui là estoient.
La forteresse fut aprocliiée et battue de canons. Advint que le capitaine de la place de Gavres pour les Gantois, lequel estoit un doyen des maçons de la ville de Gand, vit la place fort battue et aprochiée, pour quoy il trouva manière de yssir de nuit, et s'en alla tout droit en la ville de Gand, où il fit assembler toute la loy, hoefmans et communauté de ladite ville, et leur compta et dit que le duc de Bourgongne n'estoit point au siège de Gavres, et qu'il n'y avoit que un peu de gens tous désarmés et loings logiés l'un de l'autre, et qu'ils estoient bons à deslogier et à lever le siège de devant Gavres'. Après ce que iceluy doyen des maçons et capitaine de Gavres eut ainsy parlé et donné sa teste à copper s'il n'estoit vrai, il fut ordonné et appointé par les Gantois qu'il seroit cryé par tous les lieux acoustumés à faire cris en la ville de Gand, que tous hommes aydables au dessoubs de l'eage de soixante ans et au-dessus de vingt ans fussent armés et embastonnés pour aller avec les hoefmans et capitaines de la ville de Gand lever le siège de Gavres, laquelle chose fut ainsy faite", et
' Plusieurs chroniqueurs accusent de trahison non -seulement le capitaine de Gavre, mais aussi les Ang-lais qui étaient au service des Gantois :
« Dedens Gand estoient pluisieurs Eng-lès, auxquels ceux de Gand s'estoient allés dès le commencement de la guerre en eux remembrant du temps du siège d'Ypre. Ces Englès vindrent ung jour à sauves trêves à Tenremonde devers aucuns autres Englès de lor congnoissance, lesquels estoient lors à saudées du duc Philippe et de la compagnie de messirc Anthoinc, bastard de Bourgogne, lesquels firent avec lesdits Englès de Gand un marchiet que ils feroient vuidier ceux de Gand à la bataille aux champs pour venir lever le siège de Gavre. » [Chron. ms. de lallaye.)
2 Gandavi mandatum est per capitaneos ut unusquisque se dispo-
se trouvèrent les Gantois, tant de ceux de la ville de Gand que des villages d'entour, de vingt à trente mille hommes, et svavoient environ de trente à quarante Anglois achevai.