CHAPITRE VIII
Comment le duc vint à main-forte jusques à Montdidier et mist le siège devant Gournay.
Comme doncques le duc mist en œuvres ses chevaliers cà et là pour mener sa guerre, luy en personne en réserva sa part pour luy, laquelle luy-mesmes vouloit exécuter, comme la chose plus dure et plus difficile. Or estoit-il venu à main-forte et armée jusques à Mondidier, comme naguaires avez ouy, tantost après la feste de Pasques, à intention de faire un exploit grant sur ses ennemis, s'il pouvoit , et de mettre siège devant Compiègne ,
car pour ce faire avoit tous ses préparemens et toutes ses conclusions prises de bon long advis'. Sj se party de la ville de IMondidier et alla à giste à Gournay-sur- Arronde, une place qui appartenoit à son beau-frère le duc de Bourbon, là où il se logea atout son est. Et d'arrivée fit semondre le capitaine de lyens, nommé Tristan de Maillesers', qu'il rendist sa place, ou si non il la feroit assaillir à son très-grant péril et dommage. Quant Tristan entendi ce, et considéroit la puissance d'un tel prince qui estoit en personne devant luy et à qui sa place ne pouvoit riens durer, ce veoit bien, s'avisa de soy humilier et de quérir appointement lionnorable ; et respondit que la place ne rendroit-il pas sans savoir comment et que aussi il ne la vouloit pas tenir encontre puissance , là où il ne la pou roit deifendre , souverainement d'un tel prince , mais volontiers promettroit de la rendre dedens le premier jour d'aoust procliain, en cas que le roy ou celuy à qui elle estoit, ne la venist deffendre à l'espée par luy livrer bataille; et de ce donroient obligations et séellés, adjoustant à ce, que jusques au dit jour luy, ne ceux de sa compagnie, appartenans ou retrayans en ladite place , ne feroient guerre, ne course, ne moleste nulle au party de Boura:ono-ne.
> La chronique manuscrite de La Haye rapporte également que le duc de Bourgogne réunit son armée pour reconquérir Compiègne. Peut-être était-ce pour mieux maintenir son influence à Paris. Il venait de promettre aux Parisiens « d'estre leur gardien. »
* Tristan de Magnelais était un oncle maternel d'Agnès Sorel. A la même famille appartenait Antoinette de Magnelais , plus connue sous le nom de dame de Villequier, qui succéda à la faveur d'Agnès Sorel.