‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 5)Chapitre 82 sur 86 · CHAPITRE XXXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXII

Comment le seigneui* de Wavrin et le seigneur de Bocqueaux et autres allèrent courre devant Gand, et comment les Gantois requirent au seigneur de Wavrin qu'il voulsist retourner devers le duc de Bourgongne, pour luy prier qu'il eust mercy d'eux, laquelle chose il fist, comme vous orez.

Or est vray que avecques les courreurs, le seigneur de Wavrin fut ordonné, et le seigneur de Bocqueaux et autres, et quant ils furent près des barrières, l'un des Gantois requist de parler au seigneur de Wavrin à seureté, la-

bien assise sur ladite rivière de l'Escault par laquelle lesdits de Gand se povoient traveiller de secourir ceulx de dedens et les avitailler. Néantmoins, par le bon plaisir de Nostre-Seigneur, elle fut, lundy passé avant midy, réduite en mon obéissance et ceulx de dedens exécutés comme les aultres, et ledit jour, environ une heure après midy, les chevaucheurs de mon ost qui estoient sur les champs, me rapportèrent que lesdits de ma ville de Gand estoient partis hors de ladite ville en très-grand nombre, comme de xxxvi à xl mil hommes, et qu'ils s'en venoient contre moy en bataille et en grant ordonnance pour combattre moy et mes gens ; lesquelles nouvelles, que trouvay véritables, par moy oyes, je prins place pour attendre ladite bataille et combattre mesdits ennemis, lesquels assez tost vindrent, c'est à sçavoir ceulx de leur avant-garde, en grand nombre tant de cheval comme de pié, et auprès d'eulx ceulx de leur bataille avec grant foison d'artillerie, contre lesquels fut telement fait et besongné que, à l'ayde et par la grâce de Dieu, mes dits ennemis furent vaincus et desconfls sans gaires de perte de mon costé , et en la place y a eu des dits de Gand très-grand nombi'e tués et après ont esté mis en chasse, laquelle chasse a duré jusques au plus près de ladite ville de Gand, et dudit nombre ne sont rentrés en ladite ville que environ de m à un mille, et l'on n'a peu au vray savoir le nombre des mors pour ce qu'ils ont esté chassies en païs de boscaiges et grand nombre noies en ladite rivière de l'Escault, selon laquelle les pluseurs s'enfuirent. Lesquelles choses, mon très-redoubté seigneur, vous signifie pour ce que je sçay de certain que serez bien joieux desdites nouvelles et de la grâce que Dieu m'a fait présentement.

« Mon très-redoubté seigneur, je vous supplie qu'il vous playse moy

quelle chose le seigneur de Wavrin lui accorda. Iceluy Gantois dit au seigneur de Wavrin que pour Dieu, le duc les voulsist recevoir à merci , et qu'ils ne demandoient que paix, et qu'il soit vray, ils dirent de recliief que tous ceux de la ville de Gand estoient prests de faire tout ce qu'il plairoit au duc, en luy suppliant qu'il lui plust à retourner en son logis et donner sauf-conduit à ceux de la ville en tel nombre qu'il lui plairoit, pour aller vers lui requérir paix que sur toutes choses ils désiroient. Ledit seigneur de Wavrin accorda aux Gantois d'aller devers le duc, laquelle chose il fit. Les seigneurs de Wavrin et de Bocqueaux allèrent devers le duc et le trouvèrent en sa bataille, et luy comptèrent comment les Gantois requéroient paix, comme dessus est dit. Le duc fut content d'accorder aux Gantois sauf-conduit pour venir vers lui et pour plus au long parler de la matière de paix. Le duc renvoya les seigneurs de Wavrin et de Bocqueaux* et Toison-d'Or devers les Gantois. Or advint le temps, pendant que le seigneur de Wavrin et autres s'en retournoient devers les Gantois, le roy d'armes arriva devant la porte de Gand et requist de par le duc à parler à ceux de la ville. Tantost que ceux qui à la porte estoient, virent le roy d'armes de Flandres et sçurent qu'il parloit du duc, en toute diligence ils envoyèrent quérir en la ville hoef-

mander et commander vos bons plaisirs et commandemens, pour iceulx accomplir en mon povoir de très-bon cuer et voulentiers, comme raison est et bien tenu y suy, prians le Saint-Esprit qu'il vous ait en sa digne et benoiste garde.

« Escript en mon ost à Gavre, le xxv'^ jour de juillet.

« Vostre très-humble et très-obéissant,

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