‹ Œuvres. Pub. par le baron Kervyn de Lettenhove (volume 5)Chapitre 83 sur 86 · PHILIPPE · texte numérisé non relu

PHILIPPE

« Duc de Bourgogne et de Brabant. »

{Mss. Baluze, à Paris.)

mans et eschevins, lesquels vinrent à la porte et parlèrent moult doucement à iceluy roy d'armes, en demandant comment le duc faisoit ', leur très-redoubté seigneur et prince. Le roy d'armes respondit qu'il faisoit très- bien et qu'il leur rescrivoit. Des nouvelles furent moult joyeux, et lors le roy d'armes leur présenta les lettres que le duc leur envoyoit, lesquelles ils reçurent en grant révérence, en remercyant le duc de sa grant bonté et humilité, disant qu'ils porteroient les lettres en la ville et assembleroient tout le commun, et que le lendemain en dedens le disner' ils feroient la response au duc , en luy suppliant qu'il lui plust de sa bénigne grâce soy retraire en son logis et leur donner trêves pour iceluy jour et le lendemain, laquelle chose le duc leur accorda. Et pour revenir à parler des seigneurs de Wavrin et de Bocqueaux et Toison-d'Or, le duc les renvoya à la porte, et là trouvèrent des plus notables de la ville, lesquels s'estoient assemblés pour les dessusdites lettres, et avec eux estoient l'un de leurs conseillers nommé maistre Jehan Duchesne, qui de par iceux de Gand dit au seigneur de Wavrin, de Bocqueaux et Toison-d'Or, en la plus grant humilité que jamais hommes pou voient parler, les semblables paroles qui avoient esté dites au roy d'armes de Flandres, en suppliant au duc qu'il lui plust à retourner en son logis, et pour vray dire ils estoient sy espo ventés qu'ils ne savoient [ce] qu'ils dévoient dire, tant avoient de peur que le duc n'approchast leur ville. Après icelles requestes faites par les Gantois, les seigneurs de Wavrin et de Bocqueaux et Toison-d'Or retournèrent devers le duc , qui encore estoit en sa bataille,

• C'est-à-dire : comment le duc se portait. 2 Avant le dîner, c'est-à-dire le matin.

mais les rapports faits des seigneurs de Wavrin, Bocqueaux, Toison-d'Or et roy d'armes de Flandres, le duc s'en retourna en son logis de Gavres.

Le lendemain que les Gantois avoient promis de faire response au duc, ils renvoyèrent devers luy le roy d'armes de Flandres, en luy suppliant et requérant de par ceux de Gand sauf-conduit durant huit jours pour dix, vingt, trente ou quarante personnes de la ville , et que durant le temps du sauf-conduit ils eussent trêves. En oultre requéroient au duc qu'il luy plust de sa grâce donner congié d'enfouir les morts de la bataille. Encore requirent au duc qu'il lui plust de sa grâce donner la vie aux prisonniers qui avoient esté pris en la bataille , et souffrir qu'ils fussent mis à finance raisonnable. Auxquelles trois cboses le duc fîst faire response : c'est assavoir que quant au sauf-conduit il estoit content , mais ce seroit sans trêves, et quant aux morts il avoit ordonné" de les enfouir, et déjà l'estoient la plus grande partie ; et quant aux prisonniers, le duc n'y fist point faire response, pour ce qu'il en vouloit faire sa voulenté. Toutesfois il les donna à ceux qui les avoient pris, et n'estoient gaires plus de deux cens prisonniers. Le roy d'armes de Flandres que les Gantois avoient retenu toute la nuit, tant qu'ils eussent conclu d'envoyer devers le duc comme ils firent, vint devers le duc, requérant le sauf-conduit pour ceux qui s'ensuivent : premiers, [pour les] eschevins de la cuere, maistre Jehan Rim, Clais Wervins, Guillaume le Potier, Guillaume de la Chambre, Liévin Toebast, Jehan le Best, Hostulle Grute, Jehan de Zeune, Liévin Utendale, Phelippe Wieric, Reliant de le Cethonne, Jehan de l'Estoc et Jehan Glostermant; [pour les] eschevins des parchons, Jehan de la Moere, Robert de Meerendré, Simon Boelst,

Simon Clocman, Lié vin Bels, Jorge de le Melle, Jacques de Leins, Jehan de le Haiie, Liévin Carpentier, Gliérard Goetghebuer, Henry Karet, Pierre Dubois et Pierre de le Heuzette ' : lequel sauf-conduit fut baillié audit roy d'armes pour le porter aux Gantois. Laquelle chose il fist en toute diligence, et les ramena au logis du comte d'Estampes , auquel ils avoient grant fiance , qui fut leur bon moyen envers le duc, comme il fit. Et après ce qu'ils eurent parlé au comte d'Estampes, fut ordonné que iceux Gantois iroient devers le comte de Charolois et en son logis. Sy vint le conseil, et là firent leur requeste pour parvenir à paix et requirent que il plust au duc de leur faire grâce et diminution des condempnations, en quoy ils avoient esté condempnés par le traité de Lille.

Après plusieurs choses dites, leur fut respondu que bien dévoient loer Dieu de ce que le duc s'estoit pour la révérence de Dieu humilié à les recevoir au traité que autrefois leur avoit offert, et bien en dévoient rendre grâces à Dieu et au duc, vu la grant perte et Testât en quoy ils estoient. Et bien pouvoient percevoir que le duc avoit eu pitié d'eux et qu'ils ne s'attendissent point à avoir plus grant grâce que autrefois leur avoit esté offerte et que seurement on ne leur changeroit un a pour un l.

Celuy jour, les Gantois retournèrent en la ville de Gand, pour rapporter aux Gantois ce qu'ils avoient trouvé devers le duc, et firent assambler le commun de la ville, et fina-

' Jean Rym, Guillaume de Potter, Guillaume Vander Camercn, Liévin Toebast, Jean de Bels, Oste de Grutere, Liévin Utendale, Philippe Wiericx, Jean vander Stock, Jean Cloosterman, Jean vander Moere, Robert van Meerendré, Simon Boele, Simon Clocman, Liévin de Bels, Georges van Melle, Jacques van Leyns, Jean vander Hauwe, Liévin Carpentier, Gérard Goetghebuer, Henri Kerrest, Pierre van Bost. Je ne reconnais pas les noms de Nicolas Wervins, de Jean do Zeune, de Roland de le Cethone et de Pierre de le Heuzette.

blement conclurent qu'ils vouloient avoir paix, quoy qu'il leur coustast; car de guerre ne vouloient-ils plus oyr parler. Toutesfois icelle nuit en la ville de Gand, aucuns mauvais garnemens, c'est assavoir larrons, murdriers, bannys, ceux de la Verde-Tente, le bastard de Blanc-Estrain et autres gens de mauvaise vie, firent une grande esmeute, crièrent alarme et puis dirent que les Picars ardoient' soubs ombre de paix tout le pays de Flandres, et de fait furent devant le logis du roy d'armes de Flandres, qui alloit et venoit avec les ambassadeurs gantois, et le vouloient tuer et jeter des fenestres de sa cbambre en bas. Ce non obstant, les mauvais ne furent point les maistres et fut la chose rappaisiée. Et le lendemain, retournèrent les Gantois et amenèrent avec eux l'abbé de Drone \ le pryeur des Cbartreux, damp Bauduin de Fosseux, Anthoine Sersanders, maistre Jelian Ducbesne, maistre Jehan Morant, avant-parliers de Gand, Jehan de le Mourre, Guillaume Potier, Jehan de le Poulie ^ qui lors furent chiefs de l'ambassade. Et eux venus, se tint de rechief le conseil chez le comte de Charolois, et firent les Gantois plusieurs requestes ; mais riens n'y valut, pour laquelle cause traité fut de tous points conclu et accordé par les Gantois, et jour pris de faire au duc l'amende honnorable, qui fut le darrain jour du mois de juillet, l'an dessusdit.

' Ardoient, brûlaient.

* L'abbé de Tronchiennes (Dronghen).

^ Jean van der Eecken, Jean Moreel, Jean vander Moere, Guillaume de Potter, Jean vande Poêle.

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