‹ Œuvres. Publiées (volume 2)Chapitre 10 sur 139 · SUR BARNAVE. XXV · texte numérisé non relu

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substituaient aux corvées les prestations en argent^ et réformant la procédure criminelle , supprimaient la question préalable (la question préparatoire l'ayant déjà été par la célèbre déclaration du 14 août 1780); interdisaient aux juges de prononcer en matière criminelle pour les cas résultant duprocès ; leur imposaient l'obligation d'énoncer et de qualifier le crime dont l'accusé aurait été convaincu ; exigeaient une majorité de trois voix pour les condamnations à mort , et de deux pour les autres condamnations; voulaient enfin qu'aucune sentence capitale ne pût être exécutée qu' un mois après la prononciation , à moins qu'elle n'eût été rendue pour fait de sédition populaire , cas auquel efie devait recevoir son exécution le jour même de sa lecture aux condamnés.

Jugés de sang-froid , ces édits, à la distance où nous sommes, renfermaient, il faut bien le reconnaître, quelques sages dispositions dont plusieurs ont été depuis introduites dans notre législation criminelle comme un progrès ; mais le sentiment national était blessé par l'atteinte portée à ses institutions les plus chères; tout fut repoussé indistinctement, par l'opinion.

Le 20 mai suivant, les membres du parlement ayant voulu se réunir de nouveau, trouvèrent le palais fermé en vertu d'un ordre du roi, et les portes gardées par un détachement de la garnison. Ils dressèrent procès-verbal de cette violence faite à la

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justice et à ses ministres^ et se retirèrent aussitôt chez le premier président : la matière y ayant été mise en délibération , la cour persista de plus fort, dans ses précédons arrêtés, dénonça les auteurs des édits au roi, aux Etats-Généraux et à tous les tribunaux, comme perturbateurs du repos public, fauteurs du despotisme, coupables de la cessation de la justice, de la subversion des lois, du renversement de la constitution del'état, et déclara que tous ceux qui en favoriseraient l'exécution seraient réputés traîtres au roi et à la nation, et, comme tels, poursuivis et notés d'infamie.

On peut apprécier quel effet durent produire des arrêtés aussi vigoureux de la part d'hommes qu'on était habitué à respecter, et qui avaient la plus grande influence sur les esprits.

Un matin, apparut inopinément un petit écrit sans nom d'auteur ni d'imprimeur , ayant pour titre : Esprit des édils enregistrés militairement à Grenoble le20 mm 1888. On y soumettait à une discussion approfondie les dernières mesures prises par le gouvernement ; on les examinait sous leur point de vue général, et particulièrement dans leur rapport avec les intérêts et les privilèges de la province ; on en signalait les vices en quelques pages rapides ; on flétrissait leurs auteurs, en manifestant toutefois le plus grand respect pour le monarque, dont la justice, disait-on, avait été trompée , et qui, malgré les

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maux dont le peuple était aceablé sous son nom, n'avait pas cessé d'être l'objet de son amour.

Cet écrit, dans lequel chacun trouvait ses propres sentimens, où les membres des trois Ordres étaient conjurés^ dans le langage le plus propre aies émouvoir, de travailler en commun au rétablissement de l'ordre politique; cet écrit, disons-nous, eut un succès prodigieux. De Grenoble il se répandit dans toute la France, il y propagea les mêmes idées d'indépendance et de liberté qui avait déjà fait tant de progrès en Dauphiné, et qui ne devait pas tarder à y produire de graves évènemens.

On recherchait de toutes parts quel en était l'auteur ; bientôt on sut qu'il fallait l'attribuer à ce jeune avocat qui déjà s' était fait connaître par le talent plein de solidité et d'éclat avec lequel il avait traité dans Un jour solennel une des plus hautes questions de droit public ; c'était Barnave !

Si les remontrances et les énergiques résolutions du parlement encourageaient les esprits à la résistance, elles contribuèrent aussi à leur donner une sage et utile direction.

Une circonstance nouvelle ajouta à l'exaspération publique.

L'attitude prise par le parlement de Grenoble avaitirrité la cour, des lettres de cachet notifiées à chacun de ses membres les exilaient dans leurs

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terres. La nouvelle s'en répandit aussitôt; le peuple s'ameuta et manifesta l'intention de s'opposer à leur départ; les traits de la voiture du premier président furent coupés, la porte de son hôtel fut fermée et gardée ; le peuple agit de même à l'égard des autres membres du parlement ; la troupe prit les armes, et une collision violente eut lieu, qui eût pu avoir les suites les plus funestes sans l'impassibilité des soldats, sur lesquels tombaient des toits une grêle de projectiles, et sans la modération des chefs qui les commandaient. On ne se doutait pas que parmi ces soldats^ se trouvait un jeune sergent, déjà distingué par son intelligence et sa bonne conduite, qui devait un jour porter une couronne, et pour qui le souvenir du spectacle auquel il assistait, ne fut peutêtre pas sans influence sur l'usage modéré qu'il fit alors de son pouvoir (1). Dans cette émeute, qui eut lieu le 8 juin 1788, et qui prit le nom de journée rfes /mVes, fut versé le premier sang qui coula au nom de la liberté.

Les parlementaires profitèrent la nuit suivante d'un moment de calme, pour obéir ; ils sortirent d'une ville oii bientôt après ils devaient rentrer triomphalement , aux acclamations de la multitude.

(l) Bernadotte servait dans Royal-Marine qui se trouvait alors à Grenoble.

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Cependant, de toutes parts, dans la province, les tribunaux, les municipalités, les corporations imitant l'exemple donné par le parlement, se réunissaient , protestaient , adressaient au roi leurs réclamations.

Entre tous ces corps, le Conseil-général et les trois ordres de la ville de Grenoble se firent remarquer par la décision de leurs délibérations. Dans l'espoir de les intimider et pour que leur exemple ne devînt pas contagieux, de nouvelles lettres de cachet mandèrent à la suite de la cour le premier et le second consul de la Cité (1).

ÏJi même temps, et de son côté, le commandant de la province agissait contre .d'autres magistrats municipaux ; le maire de Gap était mandé à Grenoble , et celui de Romans violemment enlevé de son domicile; ces mesures, comme celles prises à l'égard des membres du Parlement , ne firent qu'accroître l'irritation.

Une nouvelle réunion du Conseil et des trois ordres de la ville de Grenoble eut lieu le 14 juin. L'assemblée ne se borna pas à réclamer de la bonté du roi le retour de ses deux consuls ; cette fois, après avoir énergiquement motivé sa résistance aux èditset adhéré aux arrêtés du Parlement, elle fit un pas de plus, elle convoqua de sa seule autorité, ce

(1) MM. dç Mayen et Révol.

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