‹ Œuvres. Publiées (volume 2)Chapitre 103 sur 139 · CHAPITRE XXXÏIÏ · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXÏIÏ

Alliances.

Les ëlals qui peuvent se servir et qui ne peuvent se nuire sont alliés naturels. Entre eux la réciprocité de services et de secours établit Famitié, sans que la méfiance et la crainte puissent l'altérer.

Les états qui ont le même objet d'ambition, ou dont l'ambition s'exerce l'un sur l'autre, sont naturellement ennemis ; si leurs forces se balancent, ils sont rivaux.

Il est rai'e qu'une alliance entre des ennemis naturels soit sincère des deux parts, et plus rare encore qu'elle soit durable.

La plupart du temps, à titre d'alliance, l'un travaille à asservir, à paralyser, à énerver l'autre : ces sortes d'alliances ont lieu entre une puissance mal assurée et dirigée par des principes faibles, qui achète la tranquillité par son assujettissement, et une puissance ambitieuse qui aime mieux ei^chaîner son ennemi que le combattre.

Quelquefois un grand danger connnun ou un grand sujet d'ambition peut réunir des ennemis

naturels, mais leur union ne dure qu'autant que la cause extraordinaire qui y donne lieu. Souvent même quand il s'agit moins de conserver que dacquérir, elle est troublée par la jalousie avant d'avoir rempli son objet.

Il est des alliances nationales, c'est à-dire qui ont lintérêt national pour objet, quel que soit le gouvernement du pays et quelque titre que puisse porter le traité. Je fais cette dernière observation à l'occasion du pacte de famille , qui est certainement , une des alliances les plus nationales que le gouvernement Français ait jamais contractées.

Il en est qui sont vraiment des alliances des princes, en ce qu'elles n'ont point pour objet l'intérêt de l'état, c'est-à-dire, sa sûreté, sa force , sa prospérité ; mais l'intérêt de ceux qui gouvernent, c'est-à-dire, l'affermissement de leur domination, l'agrandissement de leur famille, etc. La plupart du temps ces sortes d'alliances se forment au grand détriment public, les puissances étrangères qui servent le plus énergiquement l'intérêt personnel du prince, étant celles qui trouvent le plus à gagner aux dépens du peuple. Comme ces sortes d'alliances tiennent à la circonstance du moment et sont précaires, les puissances qui s'y livrent, n'y apercevant qu'un avantage court, veulent que son intensité compense sa durée, ce qui ne peut presque jamais avoir lieu

qu'aux dépens de la nation , dont le prince a séparé les intérêts des siens. Les subsides, les cessions, les traités de commerce ruineux, les forces nationales employées à soutenir une ambition étrangère, etc., sont l'effet ordinaire de ces sortes de traités.

Qu'un prince ait assez de vertu pour préférer l'intérêt de l'état à son intérêt personnel, quand ils se trouvent en opposition, c'est ce qui est extrêmement rare; heureusement quant à la politique extérieure, l'intérêt du peuple et celui du prince sont ordinairement confondus.

Les cas où ils ne le sont pas peuvent se réduire à ceux-ci : — Celui d'un pouvoir contesté, celui d'une ambition extraordinaire , — celui d'un prince qui règne sur plusieurs étals dont les intérêts se contrarient.

Dans le premier cas se sont trouvés la plupart des usurpateurs , souvent les princes dont le gouvernement est limité, Charles II, Jacques II, en Angleterre , la plupart des rois de Pologne, le slathouder de nos jours, etc. Il faut avouer que plus le gouvernement est absolu, moins la nation est exposée à ces sortes d'alliances perfides et anliuationales; mais plus aussi elle est exposée à celles qui sont l'effet de l'ambition extraordinaire du prince, qui, ne mettant pas son ambition dans la sûreté, la force et l'accroissement de l'état qu'il

gouverne , mais dans l'aequisilion d'autres étals, ne fait pas de son domaine actuel le but mais le moyen de sa politique.

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