‹ Œuvres. Publiées (volume 2)Chapitre 104 sur 139 · CHAPITRE XXXIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXIV

Polittfiise £xtéa*ieiiB*e.

Système, Équilibre.

Les pays qui , à raison de leur situation géographique, de l'analogie de leurs mœurs, de leurs liaisons de commerce, etc., ont entre eux des rapports et des intérêts habituels et indépendans du reste du monde , forment un système politique. L'ïlalie, presque isolée de l'Europe , à la renaissance des lumières , formait un système politique. Les royaumes du Nord ont formé un système politique, etc. L'Espagne, divisée en plusieurs états, a formé un système politique; l'Angleterre et l'Ecosse ont formé un système politique, etc. L'Europe forme un système politique.

Plus les progrès de la civilisation s'avancent, plus les nations éloignées ont des rapports entre

elles, et plus les inlérèts prochains se modifient et se compliquent par les intérêls éloignés, plus l'horizon politique de chaque nation s'étend, plus les systèmes politiques se généralisent, et tous les systèmes locaux et isolés tendent à se fondre dans un seul.

A mesure que le système politique s'agrandit, sans que les empires se confondent , les rapports deviennent plus compliqués, moins nécessaires dans leur nature, plus souvent modifiés par le changement des choses, et, par conséquent, plus variables.

Acquérir et conserver non seulement l'étendue du territoire, mais les richesses, le commerce, la considération, etc., voilà les deux objets qui sont le but de toute politique extérieure.

Dans un système politique , chaque état a, pour ainsi dire, deux tendances , une qui lui est propre, et une dans laquelle il concourt avec la masse. Son mouvement particulier tend essentiellement à acquérir, et le mouvement général tend à conserver. L'intérêt particulier de chacun est de croître , et l'intérêt général est l'indépendance.

Si , dans un système politique, tous s'accordent à croître, ce sera par l'accroissement de la masse, et encore avec une égalité qui conserve les grandeurs relatives. Mais il ne faut point confondre

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une alliance avec un système. Une alliance n'est jamais que la moitié d'un système.

L'indépendance, la conservation et la tranquillité générale, s'établissent par une balance des forces; le mouvement général d'un système tend donc h établir cette balance.

On doit empêcher qu'aucune puissance ou ligue de puissances n'acquière assez de supériorité pour compromettre lindépendance des autres : à cet effet , se forment les ligues opposées.

La balance peut être détruite, et l'indépendance compromise par diverses causes.

1*^ Si une puissance acquiert, par des conquêtes extraordinaires ou par une fortification intérieure non moins prodigieuse , un accroissement capaljle de la rendre dangereuse à toutes les autres puissances réunies ; — ainsi , la Russie venant à conquérir l'empire ottoman , ou , ce qui est encore moins vraiseml)lable , acquérant une population et une richesse égales à son étendue de territoire, l'équilibre de l'Europe serait rompu, et son indépendance compromise.

2o Si de grandes puissances forment entre elles, dans des vues ambitieuses, une ligue que toutes les autres, réunies, ne puissent balancer, l'équilibre sera actuellement renversé ; mais il est difficile que cette ligue dure bien longtemps; quelqu'une de ces puissances, se trou-

vant, ou par sa situation, ou par ses forces, avoir plus de moyens d'acquérir, excitera la jalousie des autres. La sûrelc marche encore avant l'ambition. Craignant plus Taccroissement alarmant de leurs alliés qu'elles ne désirent celui dont elles aperçoivent pour elles-mêmes la possibilité , elles se sépareront de la ligue , la plupart du temps , avant que les vues amljitieuses qui l'avaient fondée soient effectuées.

Une ligue , en vue de commerce , est naturellement solide, au moins autant que dure le danger; une ligue, en vue d'acquérir, est, au contraire, peu solide. Cependant, il s'en est vu qui l'ont été et qui ont accompli leur objet, témoin celles des puissances qui ont partagé la Pologne.

Ces ligues, dans tous les cas, ne détruiront l'é- (juilibi'c que pour un moment; car, supposé qu elles remplissent leur objet, quand elles n'auront plus rien à acquérir ensemble, elles commenceront à se résister. L'équilibre aura changé de forme , comme il change sans cesse par toutes les variations qu'essuient les différens états qui forment le système , mais il subsistera toujours.

Il n'y a réellement que l'agrandissement d'une seule puissance, au-delà de toute résistance égale, qui puisse détruire l'équilibre d'une manière absolue. Aussi, voit-on que de tous les dangers c'est celui-là qui excite le plus vivement la sollicitude

des puissances, témoins les ligues qui se sont formées contre la république de Venise, contre Louis XIV, etc.

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