‹ Œuvres. Publiées (volume 2)Chapitre 107 sur 139 · CHAPITRE XXXVIT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXVIT

La balance du commerça est-elle ou n'est-elle pas une chimère ?

Lorsqu'un peuple, dans son commerce avec un autre, lui donne autant de marchandises quil en leçoit, l'achat et la vente se compensent, et il n'y a lieu à aucune solde en numéraire. On dit alors que la balance est égale ; sil donne plus qu'il ne reçoit, le surplus lui est payé en argent, et on dit que la balance est en sa faveur; s'il donne moins, c'est l'opposé.

L'ancienne doctrine mettait beaucoup d'importance à cette balance, ou regardait comme avantage un commerce où la balance était favorable, coimiie iiorissant et progressif un état à qui

la balance générale de son commerce était favoble.

Aujourd'hui, on traite cette doctrine de chimère, et l'on n'admet point que cette balance soit cause ou signe de prospérité.

Un commerce particulier, et le commerce en général, est favorable à un état quand il augmente la masse de ses capitaux.

Recevoir d'un peuple, en échange de nos marchandises, des objets que nous consommons sans reproduction, c'est perdre ; recevoir des objets reproducteurs, c'est avantage ; recevoir de l'argent, ce n'est, jusqu'à présent, ni l'un ni l'autre, tout dépend de l'usage qu'on en fera.

Dans ce siècle , les intérêts de commerce sont devenus les plus importans , les guerres de commerce, les plus fréquentes.

L'Angleterre, ayant q^rodigieusement accru sa puissance maritime, son commerce et ses colonies, a menacé, sous certains rapports, 1* indépendance et l'existence des nations, comme, sous d'autres rapports, l'Autriche avant la paix de Weslphalie, et la France avant la paix de Nimèguc.

C'est donc avec raison que l'abbé de Mably dit qu'à la paix d'Utrecht, le rôle de puissance livalc a passé de la maison d'Autriche à l'Angle- Icrrc, quoique, sous certains rapports (]ui ne peu-

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vent être absolument confondus, la maison d'Autriche a menacé de l'être ; mais d'une manière peut-être moins pressante.

Ne pourrait-on pas même dire que, depuis la guerre de 1756, l'Angleterre est devenue puissance dominante, puisqu'elle a eu incontestablement la domination des mers, et que la France, étant abattue et paralysée , l'Autriche , trop faible de moyens réels pour prétendre à la prééminence, il n'y a pas eu d'autre supériorité.

Elle a eu (en partie) les alliés qu'avait la France quand elle dominait, et la France, ceux qu'avait l'Angleterre quand elle était rivale.

Il est évident, qu'intrigue de cour à part, la supériorité de l'Angleterre a du contribuer à la formation du pacte de famille et au maintien du système de 1756.

En ce moment, les puissances de l'Europe, en cherchant à détruire la France , tendent à achever de détruire l'indépendance des mers. La Hollande et l'Espagne spécialement, combattent contre les faillies restes de leur puissance maritime.

Le système de politique ancien était le système de jalousie et de balance, ce système existe toujours dans la pratique et parmi les hommes d'état, en puissance militaire et pécuniaire, en territoire, en commerce ; on croit gagner en affaiblissant ses rivaux.

Slli L\ RÉVOIXTIOX. Ji'i

Le sysième moderne et philosoplnque est celui (le l'universalité : tous gagnent à ce que chacun gagne. Il y a plus davantage h négocier avec une nation riche qu'avec une nation pauvre, avec une industrieuse qu'avec une ignorante et paresseuse ; il n'y a qu'à perdre , à ruiner ou à détruire ses rivaux. Liberté générale du commerce est utile à tous. — Paix universelle , république universelle , secours , échanges réciproques ; chaque membre devient plus heureux du bonheur de l'universalité. — Il est impossible, dans la pratique, de s'en tenir à la rigidité de ces principes.

On ne peut déraciner les passions du cœur de tous les hommes ; l'ambition envahissante de quelques-uns force toujours les autres à la défensive ; de là les ligues , les traités , les systèmes de balance : ceux qui ont été d'abord réduits à se défendre deviennent agresseurs , dès qu'ils se croient une force supéiieure; chacun allègue l'ambilion de ses rivaux et la nécessité de l'alïaiblir, pour pourvoir à sa propre sûreté. — Force donne l'espoir d'acquérir et de dominer; faiblesse fait sentir la dépendance et le désir de s'en affranchir.

Voyez la théorie du droit public, c'est la théorie des philosophes avec plus de connaissances de la nature positive des choses: elle reconnaît !a souveraioeté de chaque état, mais elle veut

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