CHAPITRE XXXVUI
De 1 Impôt,
Chez un peuple libre et représenté, T impôt est ordinairement plus considérable , mieux réparti et toujours mieux employé.
Le despotisme déti^it toutes les ressources publiques, pille les propriétés particulières; mais, loin d'exagérer la quotité de l'impôt, il n'ose jamais en asseoir ce que le peuple représenté en acquitterait facilement.
Il épargne, suivant le pays et la forme particulière du gouvernement, ou les grands ou le peuple.
L'aristocratie pure est de tous les gouvernemens celui qui met le moins d'impôt, parce qu'il est tout à la fois le plus odieux et le plus fragile.
Le despotisme , en général, répartit mal parce qu'il doit ménager les intérêts de quelques-uns, et limaginalion de tous; quand il le voudrait, il n'ose pas bien établir et bien répartir les douanes, les monopoles, les droits casuels, etc., sortes d'impôts qui, n'affectant l' homme qu'individuellement, lui conviennent mieux que les impôts réguliers qui affectent tout un peuple au môme instant et sous une même forme.
SUR LA RÉVOLUTION. 15l
Dans les gouvernemens représentés, mais où l'aristocratie domine, les impôts sont étiil)lis sur les consommations de nécessité , c'est-à-dire sur le petit peuple ; l'aristocratie y gouverne et n'y est pas timide.
L'aristocratie pure peut arriver à un tel degré de timidité que les impôts y portent principalement sur les riches. L'excès du mal a toujours quelque dédommagement. Dans ce gouvernement, on ménage la fierté du peuple dans les manières et son avarice dans l'impôt : je veux parler de l'aristocratie qui gouverne le peuple des villes, le seul pour lequel on ait du respect, parce qu'il est le seul redouté.
Dans la plupart des sociétés, lors de leur origine, on réserve une partie des terres pour les dépenses du fisc.
C'est l'origine de plusieurs circonstances dans le gouvernement, soit dans la forme, soit dans la corruption de cette institution.
C'est, sous certains raj>ports , l'origine du domaine , c'est l'origine des bénéfices, c'est Toiigine en partie des fiefs.
Cette forme tend à rendre le gouvernement indépendant du pcupl(\
Elle affaiblit le lion de la hiérarchie entre les dépositaires du pouvoir.
Le revenu, fondé sur l'impôt, tend à (Uablir
152 RÉFLEXIONS POUTIQUES
1 iiilhience dans le peuple ei la force dansie centre du gouvernement.
En général, l'impôt indirect tient plus au pouvoir, et l'impôt direct à la liberté; lun peut paraître un droit du gouvernement, l'autre est toujours une propriété du peuple .
L'un a plus naturellement pour base la force, et l'autre, la volonté; l'un est plus facile à déguiser, quant à sa nature et son produit ; l'autre est toujours évident.
L'impôt indirect va plus naturellement au centre, et tend plus à l'unité du gouvernement ; l'impôt direct tient plus à la localité, et tend plus à la fédération.