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CHAPITRE XXXIX

De la dette publique dans un état.

L'Angleterre ne songe point à payer sa dette.

Que le crédit se soutienne et s'affermisse, que rinlérét de l'argent baisse piogicssivement, que la richesse publique s'accroissant toujours, les taxes puissent aussi s'augmenter, quoique dans une progression plus lente, qu'un écoulement d'à-

mortissement faible , mais continu, balance, ne fusse que partiellement, les nouveaux emprunts que des besoins extraordinaires peuvent nécessiter, voilà ce qu'il faut au gouvernement.

Dans un pays où le crédit est solide, peu importe que le capital de la dette augmente si l'intérêt diminue.

Quand la dette de l'état est recherchée, jamais on n'est tenu de payer le capital. Il faut considérer l'intérêt comme une partie des charges publiques.

La débâcle aurait lieu si la prospérité publique diminuait, parce qu'on verrait tout à la fois hausser l'intérêt de l'argent et diminuer le produit des taxes.

On peut affirmer hardiment que cet événement est le seul que l'Angleterre ait à redouter relativement à sa dette.

Que si par des moyens qu'on ne peut concevoir, mais qu'on peut supposer, elle parvenait à payer sa dette, elle aurait un autre danger à courir, ce serait le renversement de sa constitution.

Nulle classe n'a plus d'intérêt et plus de moyens au soutien du gouvernement établi que celle des créanciers de l'état. Pour peu que ce gouvernement soit bien réglé, celte classe fera toujours consister sa propre sûreté dans sa conservation, et si la dette est considérable, non seulement la

classe des créanciers est riche et nombreuse, mais par l'enchaînement de leurs affaires, tous les capitalistes de la nation s'y trouvent engagés. De plus, r industrie manufacturière et commerçante étant dans la dépendance des capilalisles, ils entraînent avec eux une grande partie du peuple des villes.

En Angleterre, ces liens sont encore plus puissans et plus universels. La banque étant créancière du gouvernement, et le peuple presque tout entier créancier de la banque, chaque citoyen propriétaire d'un billet de banque, a un intérêt individuel au maintien de l'ordre existant.

On attaque prodigieusement le système emprunteur des gouvernemens , mais dans les pays où la richesse publique peut le comporter, il est aussi nécessaire au maintien du pouvoir que les trésors dans les pays qui ne le comportent point; il faut considérer aujourd'hui que la base des gouvernemens est l'argent, et que l'esclavage politique n'a point pour base l'esclavage civil ; le pouvoir des rois a besoin de moyens nouveaux pour se maintenir.

De toutes les classes, la plus indépendante est celle des propriétaires de terres h litre patrimonial; elle craint peu les tioubles civils, elle a peu besoin de protection, elle ne court presqu'aucun risque de spoliation , si elle ne prend un parti très

prononcé dans les dcljats. Ce genre de propriété fait souvent la dépendance d'un particulier, mais cela n'a rien de commun avec l'indépendance de sa classe prise en général.

Je parle de ceux qui ont intérêt à l'ordre social par la propriété d'un bien quelconque ou d'une utile industrie , rien sans doute déplus indépendant que l'homme qui n'a rien.

L'ouvrier, le manufacturier, le marchand, la plupart des capitalistes voient leur existence compromise si l'ordre public ou politique est troublé, mais nul autant que le créancier de l'état. Le gouvernement qui lui présente quelque sûreté est toujours sûr de son appui; il soutiendra tout ce qui peut en assurer la paix, la force et la durée.

En France, les créanciers de l'état abandonnèrent l'ancien gouvernement parce qu'ils n'en espéraient plus rien et se livrèrent au nouveau parce qu'ils en attendaient tout. Ils n'ont cessé depuis lors de l'appuyer. Comme c'est l'état entier qui leur doit, et non aucune de ses parties, ils doivent tenir à son indivisibilité comme à son existence. Les propriétaires de terres auront toujours des penchansà la fédération; elle diminuerait le poids des impôts et rendrait cliacun pour ainsi dire maître chez soi. Le commerce doit apercevoir dans l'unité, plus de liberté, plus d'étendue et plus

d'appui à ses opérations , quoique rintérèt le plus prochain de telles \illes et de tels individus, leur fît peut-être préférer l'autorité locale que leur assurerait leur opulence. Quant aux créanciers de l'état, il n'y a pas pour eux à choisir; ce sont eux qui peuvent dire littéralement l'unité de la république ou la mort.

Dans l'assemblée constituante, quelques personnes voulaient diviser la dette et la plus grande partie des charges publiques entre les départemens; c'était en quelque sorte décréter le gouvernement fédératif, c'était donner aux départemens la puissance pécuniaire qui , dans les gouvernemens modernes, est la principale et la base de toutes.

Sous la nouvelle forme de gouvernement, qui ne laisse presqu'aucune force aux liens de l'unité, il est heureux que les fonds qui devaient acquitter les dettes de l'état se trouvent en grande partie consommés. Car s'il n'y avait pas au moins la dette publique pour rallier au centre de l'état, on ne voit pas où serait la force centripète.

Cependant si ce lien n'était soutenu d'aucun autre , s'il se trouvait nêtre plus puissant sur les peuples, si la prospérité publique diminuait de manière que le poids de 1 impôt fut accablant, les capitalistes ruinés ou expatriés étant sans influence, la dette, loin d'être un moyen de maintenir 1 unilé, deviendrait une cause pour la rompre, car

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les propriëlaircs de terres, alors tout puissans, et n'ëlant pas contenus par un gouvernement assez vigoureux, joindraient à leurs propensions natuturelles, rinléièl de s'alîVanchir d'une cliarge désormais insupportable.

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