CHAPITRE XLVI
Idées sur la politique.
De l'esprit des lois.
L'esprit des lois est rintelligence des diverses modifications qu'elles doivent subir pour tendre au plus grand bien commun, au milieu des circonstances qui intluent sur la constitution des corps politiques : telles que le climat , le sol , la religion adoptée , le gouvernement établi , les coutumes invétérées, les préjugés régnans, les passions générales, les tempéramens locaux, etc.
Voilà l'esprit des lois spéculatives : celui des lois établies est l'intelligence de l'inlluence exercée sur elles par les diverses circonstances auxquelles sont assujéties les nations qui les ont reçues, et réciproquement l'intelligence de l'influence de ces lois établies sur les nations qu'elles régissent.
Le3 lois de Rome se ressentaient du caractère
d'une nation jalouse de 1" indépendance et du pouvoir ; les législateurs y étaient tout : la portion absente du conseil était immolée. De là cet excès de la puissance paternelle et de la domination des masses, qui ne fut jamais adoucie que lorsque le changement du gouvernement eut efface le caractère national et mis la législation dans d'autres mains.
Du papier et de l'argcut.
Le papier est à l'argent ce que l'argent est aux richesses primitives. Mais le papier n'a qu'une valeur incertaine et précaire , au lieu que la valeur variable des métaux est dans l'ordre actuel des choses politiques , d'une existence aussi certaine que celle des richesses primitives qui leur est assurée par la nature.
L'argent peut changer de valeur , mais il ne peut cesser d'en avoir dans notre tourbillon politique que par les accidens les moins faciles à prévoir, et celui où le particulier possesseur ne pourrait user de ce moyen, éloigné de sa sphère d'efficacité, est au moins extrêmement rare.
Ainsi, la possession de l'argent doit être considérée comme une richesse variable , mais réelle ; celle du papier au contraire est, dans presque tous les cas, précaire ou douteuse. Soit que les facultés du débiteur n'équivalent pas à leur représentation, soit que par la force ou l'astuce, il puisse éviter la conversion.