‹ Œuvres. Publiées (volume 2)Chapitre 119 sur 139 · III · texte numérisé non relu

III

Du Prince.

Le prince s'assure l'affection de l'aveugle multitude en infligeant les maux par des agens interposés, tandis que sa main distribue immédiatement les bienfaits , car sa tourbe hébétée n'attribue à sa volonté que ce qu'il exécute lui-même, et elle ne pénètre point la liaison d'un effet à une cause éloignée.

L'administration d'un seul ressemble à une vérité métaphysique. L'impulsion du prince meut toute la machine, mais comme le genre, elle se subdivise en espèces ; celles-ci , de divisions en divisions, arrivent aux individus. Ainsi, dans une machine compliquée , un poids lourd fait mouvoir une grande roue , celle-ci imprime

le mouvement à quelques autres qui le repercutent sur un plus grand nombre , et la gradation qui le prolonge parvient ainsi jusques aux plus petites pièces de l'organisation.

Des lois.

Les lois émanent du caractère des peuples, mais elles réagissent sur le caractère en modifiant les mœurs.

La loi qui reçoit l'approbation générale est nécessairement une bonne loi, car le penchant au propre bonheur dirigeant l'assentiment de chacun, elle est jugée utile à tous par la masse, dont l'opinion combinée est la moins faillible.

Sv.

De la richesse.

La richesse absolue des nations consiste dans la quantité des matières qui ont valeur dans le commerce, y compris la valeur de l'espèce monnayée et celle du papier sur l'étranger.

Cette richesse est relative à la population, h l'étendue, c'est-à-dire qu'on l'estime selon son rapport à ces choses.

On compare entre elles les richesses publiques des nations, des provinces, des villes, des temps, des années, etc.

Une nation peut être très riche sans denrées, avec des signes d'une valeur assurée.

La facuhé de la richesse est une consommation plus forte, et comme elle en est l'effet, elle en est le signe.

Une nation se ruine, lorsqu'elle tire des autres des objets de consommation en échange des objets permancns; en général quand elle absorbe plus de choses qui se consomment qu'elle n'en recueille : j'y comprends les fruits de l'industrie.

Quand les productions et l'industrie de deux nations sont égales, la plus fournie d'espèces monnayées est la plus riche.

Le rapport des métaux aux richesses primitives est en raison de la disette de ceux-hà et de la quantité de celles-ci.

De deux nations, celle chez qui les métaux ont le moins de représentation, peut être la plus riche ou la i>lus pauvre; riche par les richesses primitives, pauvre par les signes représentatifs.

Le prix des signes métalliques n'est pas en chaque lieu dans le rapport exact de leur disette

locale , il participe du taux général de la rcpréseiilalioii dans les lieux liés i)ar le commerce, el celle influence du taux général de la sphère commerçante est eu raison de Taclivilé du commerce.

L'augmentation du numéraire en France est telle par la seule fabrication, que pourvu que la nation n'en reverse pas sur l'étranger par une consommation trop forte, le possesseur d'immeubles gagne plus d'augmentation chaque année par les fruits de ses biens et leur plus forte valeur, que le capitaliste à cinq pour cent.

La nation saj^pauvrirait si chaque année elle troquait à l'étranger, contre des objets qui se consomment , raugmentation de monnaie quelle fabrique, car la masse universelle des signes s'élanl augmentée, ils perdraient de leur valeur, et la nation avec la même quantité de signes, ne posséderait qu'une moindre l'cprésentation.

§ VI

Deramour du re|)ub!icain poiir sa consliluiion.

Le répuljlicain désire la conservation de la constitution parce quil est libre, parce qu'il aime

en elle son ouvrage, parce qu'il est déchargé tle l'idée affligeante des supérieurs, et qu'il croit n'être que ce qu'il a voulu, admirant son pouvoir même dans son obéissance, parce qu'il croit à la bonté d'une volonté générale, etc. Il aime sa conslilulion; il coml}at pour l'entretenir, et ses clTorts parviennent directement à ce but parce qu'ils y tendent sans cesse. Ainsi ses travaux sont grands parce qu'il a un grand objet, et ils sont utiles parce qu'ils sont bien dirigés.

§ vn.

Des parlemens.

Nos parlemens étaient au commencement, les tribunaux supérieurs que les rois de France établirent i)0ur rendre justice dans leurs propres domaines. Leur durée était précaire et suivait les circonstances. Ils n'étaient ni lixés dans un lieu, ni continuellement séants, et les oflices étaient amovibles.

Lorsque les princes, s'attribuanl le pouvoir législatif, cessèrent de convocpier les états-généraux, ou, du moins, les convoquèrent plus rarement, ils affectèrent de consulter le parlement sur

les grandes affaires et sur les nouvelles lois, parce que l'assentiment de ce corps respecté inspirait plus de confiance et de docilité au peuple. De là, l'enregistrement des édils, qui, d'une coutume simple et volontaire, et par l'ancienneté de son usage, et l'abolition des états que les parlemens étaient en quelque sorte, censés remplacer, était devenu une loi générale et fondamentale de notre constitution politique. Tous les parlemens successivement établis n'étaient qu'une addition au premier, nécessitée par laugmenialion de l'étendue des domaines du prince. Ils n'étaient séparés du trône que par la même raison de commodité, contre l'opinion du parlement de Paris qui, croyant seul représenter l'ancien parlement, ne regardait les autres que comme des tribunaux particuliers, nouvellement établis pour la simple fonction de rendre justice ; cette prétention était contredite r par leur autorité semblable h la sienne dans la même partie de l'administration ; 2° par la nécessité reconnue de l'enregistrement des édits dans chaque parlement, pour en autoriser l'exécution dans leur ressort, ce qui tendait à les faire considérer comme des corps dune semblable nature, ou comme les parties divisées du môme corps, qui avaient partagé entre elles l'administration d'une étendue trop considérable pour pouvoir être, sans inconvénient, régie d'un même lieu.

SUR LA nÉVOLUTION. 189

§ \iir.

Du prix des cbosca.

Il est pour les productions du luxe, des temps de prix élevé, d'autres de dépréciation.

Quand le peuple n'est pas assez amolli, quand il n'est pas assez habitué aux objets de luxe pour en sentir le besoin, quand, du moins, la portion de la société qui en use est encore peu considérable, leur utilité médiocre et peu étendue laisse leur prix dans le même état.

Lorsque leur nécessité est parvenue au plus haut degré, elle tend à produire leur abondance, et celle-ci arrive au point de ramener leur prix à la modicité qu'il avait eue avant leur entière adoption. Or, c'est dans ces circonstances où la valeur relative des objets de luxe est faible, que le propriétaire de sources des premiers besoins est riche ; car ceux-ci ont une valeur j^ermanente que l'abondance ou la disette momentanée peuvent ébranler, mais qu'elles ne dérangent jamais long-temps, parce que les révolutions de la population, suivant nécessairement celle de cette abondance, conservent toujours ces productions

au même degré de quantité par rappt)rt à l'homme, condition qui, jointe à leur invariable nécessité, entretient une stabilité presque imperturl)able dans leur degré d'importance.

Il y a un rapport dans le prix des choses qui résulte de celui de leur utilité et de leur rareté. Ce rapport se mesure par les signes ; mais il y a aussi un rapport général entre la masse des richesses réelles et celle des richesses représentatives, qui fait qu'une partie quelconque de cellelà est représentée par une quantité plus ou moins considérable de celle-ci.

Or, telle est actuellement la marche de l'art, que la richesse représentative augmente dans une progression l>eaucoup plus forte que la réelle, de manière qu'elle va en s'avilissant, et emploie toujours plus de masse à ne représenter que les mêmes choses. D'où il résulte que celui dont la richesse consiste en signes s'appauvrit, s'il n'en augmente la quantité, et que, l'impôt i>écuniaire absolu s'avilissant chaque année, le prince, dont la richesse principale consiste en de telles impositions, ne peut la soutenir sans les augmenter sans cesse.

SUR LA IlÉVOLUTION. I9l

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