‹ Œuvres. Publiées (volume 2)Chapitre 120 sur 139 · S IX · texte numérisé non relu

S IX

De la trop grande sévérité dos lois.

Il y a danger à infliger des peines trop fortes : c'est guérir le mal par le pire, et on ne guérit rien.

Il ne faut pas imposer une loi dont l'exécution serait impossi])le ou trop difllcilo, parce que le citoyen s'accoutumerait, par une infraclion nécessaire, à toutes les infractions.

Ce qui a amené la division do la France en pays de droit écrit , et en pays de droit coutumier.

La monarchie française et les autres conquêtes des barbares sur les Romains, étaient r<;gies, au commencement, par divers codes civils. Ces jurisprudences étaient personnelles, chacun choisissait la loi par laquelle il voulait se régler, et on jugeait les particuliers sur la loi de leur race, ou sur celle qu'ils y avaient substituée.

192 RÉFLEXIOXS POLITIOLES

3iais les codes des barbares n'élaient pas également lyranniques. II arriva que, dans les lieux occupés par celles de ces nations dont les lois étaient plus impartiales, tout le monde les adopta; que, dans ceux où elles étaient égales, le Romain s'en tint h la loi romaine , et que le barbare s'y rangea lui-même, soit h cause de sa plus p^randc perfection , soit en vue d'être jugé par les tribunaux ecclésiastiques , qui lavaient adoptée.

De là, la première division de nos provinces en pays de droit écrit et en pays de droit coutumier.

§xi.

De la dépopulation des états.

La dépopulation qui résulte d'une cause politique est bien plus désastreuse, bien plus durable, que celle que produit une calamité de la nature. La première cause afl'ecte la volonté ; l'iionmie s'éloigne, parce quil est mal, et, pour qu'il revienne, il l'aut des cbangemens dans les choses et dans les opinions: il fuit, et on ne le renq)lacc pas; il fuit, et transporte ailleurs, avec son industrie et son or. le concours d'bonunes et de ri-

SUR L:\ nÉVOLL'TION. 193

chesses qui ornaient sa pairie : ce concours s'établit avec lui dans les lieux qu'il choisit pour asile. Ces causes politiques sont ordinairement durables ; elles donnent le temps au commerce de s'éloigner, à la culture de s'altérer, à tous les avantages du lieu de disparaître, à ses habitans expulsés de l'oublier. La nature frappe de grands coups, et puis s'arrête ; la volonté de l'homme est effrayée, mais non subjuguée. A peine est disparu le fléau , qu'une troupe ardente s'applique à réparer les ravages ; l'amour si puissant de la pairie s'exalte en raison de son malheur ; une augmentation de richesse pour les individus qui restent, les encourage aux douceurs de la propagation ; le siège de l'industrie demeure , et les places, vacantes, attirent d'autres hommes par la cupidité; enfin, se rétablit, par une immigration nécessaire, cet équilibre de population qui doit résulter de celui des lieux et des besoins, quand les causes politiques ne contrarient pas.

194 RÉFLEXIONS POUTIQUES

Page 1