‹ Œuvres. Publiées (volume 2)Chapitre 121 sur 139 · CHAPITRE XLVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLVII

Observations sur les villesi

La plupart des grandes \'illes politiques, des capitales des grands empires, sont construites dans l'intérieur des terres.

Les grandes villes intérieures ont ordinairement le rang d'ancienneté sur les grandes villes maritimes.

C'est dans les villes intérieures que se conserve et se retrouve , après des siècles , le caractère national , altéré, dans les villes frontières et maritimes, par le continuel mélange des étrangers. Mais, pour la conservation des anciennes mœurs, les capitales, même intérieures, sont bien éloignées des villes secondaires, qui sont plus isolées, et où il faut chercher les anciennes mœurs des nohles et des riches , comme il faut chercher dans les bourgades isolées, au sein des montagnes, celles des classes inférieures de la société.

Les grandes villes politiques sont intérieures, 1° parce qu'elles ont été fondées avant les temps de navigation et de commerce.

2" Parce qu'elles sont plus avantageuses pour le pays par la bonté des terres, qui est long-temps la seule et , presque toujours , la principale force des états.

Toutes les grandes capitales de l'Europe sont intérieures, excepté Stokholm et Copenhague, capitales de peuples qui long-temps vécurent de pirateries ; Londres et Naples, villes créées par le commerce , qui n'appartinrent jamais à une grande puissance territoriale; Pétersbourg et Constantinople, fondées ou agrandies par la fantaisie de deux despotes , mais qui n'étaient pas contemporaines de la fondation des empires ; Piome , fondée par le hasard dans un pays où il y a plus de côtes que de terres ; Paris , Madrid , Vienne, Cracovie, Moscou, Prague, Presbourg, etc., villes réellement nationales, accrurent dans la juste l)roporlion des états qu'elles commandent.

En Asie, où existe, et où ont toujours existé les grands empires territoriaux, toutes les capitales anciennes et modernes , existantes ou ruinées, sont des villes intérieures.

En Amérique, les Européens ont trouvé deux grands empires ; l'un et l'autre étaient commandés par des villes intérieures, Mexico, Cusco, Quito. Comme ils ont conquis et dominé ce pays par les forc<îS de mer, comme ils l'ont considéré plus en marchands qu'en cultivateurs, ils ont

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construit toutes leurs villes sur les bords de la mer.

En Afrique, toutes les villes de Barbarie no méritent pas le nom de villes politiques (villes fondées pour être le centre de la cité, le siège du commandement et du gouvernement d'un empire). Elles furent fondées et se maintiennent encore comme des repaires de pirates.

Alexandre, qui devait être en tout extraordinaire, voulut fonder, sur le bord de la mer, la capitale de son empire, ce qui faisait qu'une république commerçante comme Carthage eût pu lui donner des lois dans son palais. Alexandrie a fleuri tant que TÉgypte a été, sous les Ptolomées, un pays riche sans puissance; quand, conquise par les califes , elle est redevenue un puissant empire, la capitale est rentrée dans l'intérieur des terres, comme les anciennes cités de |Thèbes et de Memphis.

Si les grandes villes politiques sont fondées dans les lieux où il est facile de vivre, de commander et de se défendre, les villes manufacturières sont déterminées par le premier de ces motifs, et seront placées dans le voisinage des terres fertiles et sur le cours des rivières navigables , plus souvent que sur les bords de la mer, où il faut un état de civilisation très avancée, et où il arriye varepieut que les vi-

vres soient à aussi bon marché que dans l'intélieur.

Les villes religieuses, saintes, savantes, les chefs-lieux de tribunaux hors de la capitale, sont ordinairement des villes intérieures, parce qu'elles sont antiques ; parce que celles-là sont naturellement des villes isolées, et celles-ci des villes politiques ; parce que la classe logée qui les habite, son esprit et ses occupations s'accommodent mal avec ceux des commerçans. C'est toujours aussi dans les villes de l'intérieur que se retire la noblesse du pays; les propriétaires des terres y craignent moins le voisinage et la comparaison du luxe des commerçans. Il existe bien des villes intérieures qui, sans aucun établissement religieux, savant, industriel ou politique, n'existent que par ce rassemblement de propriétaires, occasionné par un site heureux , la bonté de] l'air, des alimens, et le voisinage des terres qui font leur richesse : lieux où , pour l'ordinaire, on trouve dans une douce oisiveté la passion du plaisir, plus d'amabilité sociale, et un ton de société plus recherché que dans des villes très considérables.

C'est aussi, en général, dans les capitales intérieures qu'il faut chercher le raflinemcnt du luxe, la perfection des arts et du goût, la politesse, toutes choses qui naissent de la galanterie chevaleresque d'une nol^lesse et d'une cour plu-

tôt que du faste du négociant, toujours lourd, sans goût et sans grâce, et qui conserve un air d'avarice jusque dans sa prodigalité.

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