I. Ji
venaient d'être commises rendaient presqu' impossible, dans les premiers momens, une sincère réunion.
Dans les opinions que j'ai soutenues pendant le cours de cette malheureuse affaire , j'avais pour moi l'exemple des États-Unis d'Amérique qui ont fondé , sous les auspices d'une sage philosophie, la constitution la plus libre qui soit sur le globe ; j'avais l'exemple des colonies anglaises et de toutes les colonies où il existe un système leprésentatif ; j'avais l'opinion presqu'unanime des hommes qui, sans intérêt et sans préjugés, avaient la connaissance locale de nos îles , et rien ne m'empêchera de penser que leur opinion eût été couronnée par le succès , si l'on n'eût pas employé tous les moyens pour bannir la paix de ces malheureuses contrées, pour alarmer les blancs, pour exalter les hommes de couleur , pour irriter toutes leurs passions en sens contraire , et pour établir une méfiance et une haine presque indélébiles entre deux races d'hommes destinés à vivre sous le même ciel.
Au reste , il ne faut pas se le dissimuler , le parti qu'on vient d'adopter entraîne dimmenses conséquences : on échauffe, on hâte , on précipite une grande crise de la nature ; le plus grand danger aujourd'hui serait de ne pas la prévoir, soit qu'on veuille ou la r«nlçntir ou la favoriser. Tous
ceux qui ont réfléchi sur ces objets doivent donc, quelle que soit leur opinion, faire connaître, en partant du point donné , leurs idées et leurs conjectures; car au point où nous sommes arrivés , l'erreur la plus funeste serait d'imaginer qu'on a fondé un ordre durable , et de fermer les yeux sur l'avenir. Soit qu'on veuille ou presser ou ralentir l'effet de cette grande impulsion , il est indispensable de le prévoir, car si dans peu de temps on ne prend un parti décisif, soit dans un sens, soit dans l'autre , les choses arriveront d'elles-mêmes h un résultat qui fera frémir la nature , et qui ruinera tous les intérêts.
s XI.
Une grande question reste à résoudre , l'article 4 de notre décret la laisse subsister.
Les colonies auront-elles la totalité de leur régime intérieur sous la sanction immédiate du roi , ou auront-elles seulement sur les lois étrangères à l'état des personnes, l'initiative et l'exécution provisoire sous l'autorité délinilive du corps législatif français, dans lequel, en ce dernier cas, elles auraient des députés?
On sait que je suis pour le dernier parti , je ne
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crois pas que sur ce point rien puisse changer mon opinion.
Je crois qu'il est démontré, pour tout esprit raisonnable , que l'union des colonies à la métropole no peut subsister si, avec des juges et des administratcui's nonnnés par le peuple, elles ont encore , avec une chambre unique et élective , la totalité de leur législation intérieure.
Je nie qu'un tel arrangement dût être considéré comme avantageux pour les colonies.
Je ne vois presque aucun inconvénient pour elles dans une suprématie de pouvoir qui ne portera que sur un petit nombre d'objets, et qui s'exercera rarement lorsqu'elles seront d'ailleurs toujours défendues , non seulement par leurs députés, mais par le veto du roi.
L'inconvénient de soumettre à l'assemblée nationale quelques parties du régime intérieur purement législatives, telles que les lois sur les mutations do propriétés, etc., ne pourra être considérable, si Ton se rappelle que les colonies, ayant l'initiative , sépareront elles-mêmes des lois qu'elles présenteront au corps législatif, toute disposition qui , étant relative à l'état des personnes, ne doit ^.as lui être soumise.
Et combien les légères dillicullés de cette division ne seront-elles pas sul'ijassées par les avantages résultant do la piésence des députés des colonies dans le corps législatif!
SUR LA RÉVOLITIOX. 229
Ils y veilleront à ce qu'aucune altoinlc ne soit [portée à leurs prérogatives.
Ils y défendront les colonies dans les questions de commerce.
Us auront sur des commissaires extérieurs lavantage d'être toujours présens et toujours entendus, et surtout celui d'acquérir un puissant appui par leur union à la majorité de l'assemblée ; ayant servi cette majorité parleur nombre, leur talent, leur influence , ils en recevront le prix lorsque les questions coloniales seront traitées; ainsi ils balanceront au moins l'inlluence des députés des villes de commerce, tandis que, s'ils étaient absens, le commerce ayant s(?ul sur ces ol)jets Tinlérèt actif et les connaissances positives, deviendrait troi) fî^eilement maître des délibérations.
Il importe au ])îen des colonies et au bien de notre gouvernement, (juil s'étaJjlisse une réciprocité de secours entre elles et le parti de la majorité dans nos législatures.
Ce mode sera aussi utile pour introduire dans les affaires générales les colons qui , en général , reçoivent de la nature les qualités propres à y réussir.
Je mets une grande importance h 1 admission de ce système, parce que j'y vois avantage pour les colonies, et [)0ur Ja France un lien puitisaul
pour les unir , et un moyen de donner de la solidité à leurs constitutions, en les liant l'une à l'autre , en les défendant l'une par l'autre.
En re'sumé :
Voici, dans le plus court espace possible, ma doctrine sur les colonies; ceux qui connaissent ces matières jugeront si elle est un crime envers la France ou envers l'humanité.
r La France pendant long-temps encore ne peut se passer de ses colonies.
2" La France peut conserver encore long-temps ses colonies.
3° Le moment où la France perdra nécessairement ses colonies, est celui où elle pourra s'en passer.
4" L'affranchissement civil des nègres ne peut avoir lieu que dans une progression lente, sans ensanglanter les colonies.
o° L'affranchissement civil ne peut se préparer que sous un régime politique très sévère.
6° Il n'est que deux moyens de maintenir l'ordre dans les colonies, et d'y préparer laffranchissement civil, c'est le préjugé de la couleur, Ou uii gouvernement absolu.
T Le préjugé de la couleur devant être regardé comme anéanti , il ne reste que l'autre moyen.
8° Il faut considérer les colonies, non comme cités ou sections politiques de l'état, mais comme de simples manufactures non municipalisées , de sorte que tout blanc , homme de couleur , ou nègre, soitcitoyen dès qu'il met les pieds en France, mais que dans les colonies, il ne soit que sujet.
9° Si l'on suit cette marche , on peut réparer promptement les malheurs de Saint-Domingue.
10° Il restera à gémir sur beaucoup de malheurs particuliers, mais la perte pour la nation sera faible ou nulle.