‹ Œuvres. Publiées (volume 2)Chapitre 125 sur 139 · CHAPITRE L · texte numérisé non relu

CHAPITRE L

Portrait d'Elisabeth, reine d'Angleterre.

Aucun règne plus absolu dans l'histoire d'Angleterre que celui d'Elisabeth : elle régna quarante-cinq ans, et jamais son autorité absolue ne fut compromise, ni même sérieusement menacée. Voici les principaux haits de ce lègne.

La reine était extrêmement économe : elle maintint, par ce moyen, son indépendance, el, quoiqu'elle soutînt la guérie avec gloire conlre la première puissance de l'Europe, elle ne demanda que rarement de l'argent à son parlement.

Elle était po^mlaire et généreuse; njais elle monlra toujours une humeur extrêmement domi-

natrice et une inébranlable fermeté : elle était chérie et redoutée.

Elle régnait aussi par l'admiration h cause de la grande renommée de sa capacité, des circonstances critiques où elle s'était vue par les efforts de l'Espagne, de la prudence et du courage qu'elle avait développés.

Elle accordait une grande faveur à ses favoris, mais ne s'en laissait point subjuguer : elle était jalouse de l'autorité qu'ils avaient su acquérir dans la nation et sur elle ; elle voulait être leur bienfaitrice et non leur esclave. Dans les partis qui luttaient à la cour et se disputaient sa faveur, elle n'en abattait aucun, à moins qu'il ne fût séditieux ; mais elle les tenait dans le devoir, les balançait les uns par les autres , et savait choisir dans tous, les hommes capables de la ser\ir. De sorte qu'aucun ne devenait maître par une faveur exclusive, ou ennemi par le désespoir; mais tous plaçaient leur crainte et leur espérance en elle.

"Elle était h la tête du parti protestant qui dominait dans son royaume, et le vérital)le chef de tous les protestans de l'Europe. De là, Taffection et l'admiration ; le souvenir des persécutions des catholiques, la crainte de leur voir reprendre l'empire , le mouvement des esprits vers la réforme, concouraient a soutenir son autorité. Mais,

quoique proteslante, elle arrêta avec fermeté toutes les entreprises des puritains, se tint fortement attachée à la religion anglicane, et son autorité était telle, que ce torrent d'opinions religieuses et politiques qui, s'étayant les unes parles autres, fondirent sur ses successeurs, et conduisirent le deuxième à l'échaffaud, ne lui donnèrent pas un moment d'ombrage, et furent toujours contenues et réprimées par les premiers témoignages de son mécontentement.

En résumé, cette princesse était économe, ferme jusqu'à la dureté, habile à discerner les hommes, à récompenser et à punir ; jalouse du pouvoir, gracieuse et coquette avec noblesse, amoureuse de la gloire et des applaudissemens; attachée à la réforme par politique, mais plus ennemie de l'excès en ce genre, qu'elle ne l'eût été de la religion catholique même.

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