‹ Œuvres. Publiées (volume 2)Chapitre 126 sur 139 · CHAPITRE LI · texte numérisé non relu

CHAPITRE LI

Charles II.

Peu de règnes sont plus instructifs que celui (le Charles 11, roi «l'Angleterre.

La sagesse de Monck, l'horreur qui était restée du règne de Charles I", l'excessive sévérité du protecteur, l'avilissement du parlement, la lassitude de tant d'épreuves, sans arriver à cette perl'eclion politique pour laquelle on avait sacrifié le ])onheur réel de l'Angleterre, rappelèrent Charles II au trône, au milieu d'un enthousiasme ctdune joie aussi vive et peut-être plus générale, qu'elle ne s'est vue dans aucune révolution pour la liberté.

Celte ])onne intelligence dura quelques années et parut cimentée par des actes réciproques d'égards et de bienveillance entre le roi et les parlemens.

Mais au milieu de cette apparente paix, le roi «''lait prodigue et le parlement avare. Le roi penchait vers le catholicisme, il épousa une calholique. Le duc d'Yorck, son frère, qui, avec moins de capacité d'esprit, avait sur lui l'ascendant du

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caractère, était aussi catholique. La nation était décidément protestante et penchait au presbytérianisme. Enfin, le roi avait conservé un sentiment de méfiance et de crainte, par le souvenir des malheurs de son père; sa paresse naturelle et sa prodigalité lui faisaient haïr une manière de gouverner avec des parlemens, pleine de difficultés et de parcimonie. Les principes de pouvoir arbitraire tellement naturels aux rois, qu'on peut dire qu'ils forment toujours le fond de leurs opinions, étaient en lui fortifiés par son penchant au catholicisme. La nation , au contraire, tenait toujours fortement à la liberté, et la racine de ces principes excessifs, qui avaient remué le peuple vers le règne précédent, existait encore dans plusieurs esprits et n'attendait pour se produire en dehors, que des évènemens qui eussent favorablement disposé l'opinion publique.

Des deux côtés, des esprits ambitieux et turbulens s'emparèrent de ces dispositions pour mettre aux prises le prince et le peuple, et pour entraîner l'un et l'autre à des entreprises factieuses.

La première fut de la part du roi et fut l'ouvrage de ce ministère, que les opérations et les lettres initiales des noms de ceux qui le composaient ont fait nommer la cabale.

Depuis cette première guerre, que la vengeance

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royaliste et la jalousie de commerce ayaient fait déclarer à la Hollande, le roi, guidé par le yœu et les véritables intérêts de la nation, avait contracté avec cette république, le traité connu sous le nom de triple alliance, dont l'objet principal était d'opposer une limite à la puissance menaçante de la France, et à l'ambition plus menaçante encore de son monarque.

Charles ne reçut pas du parlement, que des jalousies de religion irritaient contre lui, les marques de reconnaissance qu'il attendait de cette négociation habilement conduite et réellement nationale o Cette raison put contribuer à le décider pour la conduite tout opposée qu'il adopta bientôt.

Fatigué de la gêne et de l'incertitude au milieu de laquelle il vivait, sous la tutelle de son parlement, il adopta le plan que ses ministres lui proposèrent pour l'en affranchir.

Il changea de système politique, et renonçant à la triple alliance, il en forma une secrète avec Louis XIV, dont l'objet apparent fut de tourner en commun leurs armes contre la Hollande. Mais si le roi de France avait véritablement pour objet de faire servir les armes anglaises à son agrandissement au-dehors, Charles ne songeait qu'à obtenir de Louis, en échange de ses secours, de l'argent d'abord, pour se passer de son parle-

ment, et par la suite des soldats pour achever de renverser la constitution.

Ces vues perfides furent conduites d'abord avec une dissimulation proportionnée. Non seulement Charles cacha, aussi long-temps qu'il le put, son infidélité à la Hollande, mais il eut même l'art et la hardiesse d'en imposer à la nation anglaise, et il obtint de puissans secours du parlement sous des prétextes tout opposés.

Enfin, la guerre éclata. Les effets qu'elle produisit sur la Hollande, quoique étrangers à ce sujet, méritent d'être remarqués. Elle la mit à deux doigts de sa perte : elle changea sa constilulion, elle honora et immortalisa son courage.

Lorsque les Hollandais se virent menacés de leur ruine, toute leur indignation se tourna contre leur gouvernement, et surtout contre le grand pensionnaire Jca7i de Wil^ dont les talens avaient relevé leur liberté, accru leur prospérité et leur puissance, et que l'Angleterre avait trompé moins encore par ses artifices que par l'incroyable absurdité du système qu'elle eml^rassait. Jean de Wit et son frère furent massacrés ; la plupart des magistrats furent chassés par la populace qui rappela à grands cris le jeune prince d'Orange, et fit rétaljlir le stathoudérat proscrit par un acte solennel. H est h remarquer que l'élévalion du prince d'Orange, qui fut l'ouvrage de la perfidie

de Charles II, devint aussi, dans la suite, une des causes de la révolution par laquelle la famille des Stuarls a été chassée du trône de l'Angleterre.

Charles fut bientôt forcé par son peuple de faire la paix, mais jamais il ne renonça entièrement à ses liaisons. D'abord médiateur partial entre la France et ses adversaires, ensuite ennemi lent et indécis de cette puissance, il continua toujours de la servir autant que le vœu fortement prononcé de toute l'Angleterre et les embarras de sa situalion pouvaient le lui permettre.

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