‹ Œuvres. Publiées (volume 2)Chapitre 130 sur 139 · CHAPITRE LV · texte numérisé non relu

CHAPITRE LV

Droit public de l'Europe, Paix de Wesphalie.

La paix de Westphalie est la grande époque qui a établi et , pour ainsi dire, fixé la politique moderne.

Le pouvoir de la maison d'Autriche , devenu gigantesque sous Henri V, et ensuite divisé, sans être affaibli, entre Philippe H, sonfils, etFerdinand, son frère, fut réprimé par la guerre de trente ans, dont la paix de Westphalie fixa les résultats. — La monarchie universelle, qu'on croit avoir été le roman de cette famille, devait commencer par l'asservissement de T Allemagne; Charles Y, indépendamment de ses moyens naturels, avait cherché à y faire servir la scission qu'opéra la réforme entre les états de l'empire; chef des catholiques, il devait les employer à écraser les protestans; de là, la ligue de Smalcade entre ceux-ci. Charles V, d'al)ord triomphant, fut ensuite ré-

primé; quand les luthériens et les catholiques furent en paix, parurent les calvinistes; les catholiques renouvelèrent contre eux la chaleur de leur zèle, et l'empereur Ferdinand, la politique de son frère ; mais les luthériens sentirent qu'il était de leur intérêt de défendre la liherté des nouveaux sectaires, qui ne saurait être opprimée sans mettre la leur en péril, et de là l'union évangélique et la guerre de trente ans ; les proleslans furent d'abord malheureux, Ferdinand fut prêt à tout dominer ; mais la liberté du culte et de l'empire fut soutenue par le génie de Richelieu, par les trésors de la France et la valeur de Gustave-Adolphe ; la mort de celui-ci obligea la France à prendre une part active à la guerre oii l'Espagne s'engagea également, et qui fut terminée d'aljord, pour le foyer d'Allemagne, par les traités de Munster et d'Osnabruk, ou paix de Weslphalie ; pour le foyer d'Espagne, quelques années après, par le traité des Pyrénées.

Les grands résultats de la paix de Weslphalie furent pour l'Allemagne , les droits réciproques et la liberté des diverses religions fixés, la constitution de l'empire éclaircie en plusieurs points, affermie et garantie par la France et la Suède: — pour la France, l'acquisition de l'Alsace et de quelques portions de la Lorraine ; — pour la Suède, l'acquisition de la Poméranie suédoise, et

SUR LA RÉVOLUTION. 2oD

autres petites contrées en Allemagne ; — pour le Brandebourg, l'acquisition de l'autre partie de la Poméranie, — et pour quelques autres états protestans, d'autres acquisitions propres à maintenir l'équilibre des étals de l'empire.

La paix des Pyrénées acquit à la France l'Artois, partie de la Flandre, du Hainaut, du Luxembourg, en un mot , la plus grande partie de ce qu'elle possède dans les Pays-Bas ; fixa au Midi les limites de France et d'Espagne par les Pyrénées , et prépara le mariage de Louis XIV avec l'infante Marie-Thérèse, qui devint l'origine d'une autre grande révolution dans la politique de l'Europe.

Le traité des Pyrénées fut discuté et arrêté dans l'île des Faisans, par don Louis de Haro, pour l'Espagne, et par Mazarin, pour la France : le premier, mal instruit et aussi vain que faible et indécis dans ses résolutions ; le second, informé à fond des intérêts qu'il traitait et du Ijut qu'il se proposait, et aussi haljile à ménager la vanité de son adversaire qu'à le lamener avec adresse au point qu'il fallait résoudre et à déterminer son indécision.

Paix (le Njraègue. 1678-1G79.

La paix de Nimëgue est l'époque du premier changement important dans la politique de l'Europe. Depuis celle de Weslphalie jusqu'à celle-ci, la maison d'Autriche avait joui d'une supériorité alarmante: la paix de Westphalie rétablit l'équilibre ; les acquisitions que fit la France, par le traité d'Aix-la-Chapelle et ensuite par celui de Nimëgue , et plus encore l'ambition que son gouvernement manifesta, la rendirent, à son tour, inquiétante pour l'Europe, et les reproches de prétendre à la monarchie universelle qu'elle avait faits, avant 1648, à la maison d'Autriche, commencèrent à lui être adressés. Louis XIY, loin d'user avec modération des avantages qu'il avait acquis, ayant voulu, après la paix, les pousser avec hauteur et sans mesure, produisit cette réaction qui jeta les états d'Allemagne , ses alliés , entre les bras de l'empereur, amena la ligue d'Aiigsbourg et ensuite taUiance générale de presque tous les états de l'Europe contre la Fiance.

Voici les faits qui conduisirent à la paix de Nimègue.

A la mort de Philippe IV, roi d'Espagne, Louis XIV réclama les Pays-Bas espagnols, comme devant appartenir à la reine, son épouse, dont les renonciations ne pouvaient pas y être appliquées ; il entra à main armée dans ce pays et y fit des progrès rapides. L'Angleterre et les Provinces-Unies s'en inquiétèrent, et, ayant mis dans leurs intérêts le roi de Suède, formèrent avec lui la ligue connue sous le nom de triple alliance, qui détermina Louis XIV à passer le traité d'Aixla-Chapelle , par lequel l'Espagne lui abandonna h peu près toute la portion des Pays-Bas dont il s'élait mis en possession.

Ce prince, ayant fait la paix, chercha à rompre la triple alliance; il attira à lui l'Angleterre, par une suite des vues de ce ministère qu'on a nommé la cabale, et qui, en s'unissant à la France, espérait en ol)tenir des moyens pour soumettre les Anglais à la monarchie absolue. Il gagna ensuite la Suède, et, en 1672, il attaqua la Hollande, qui fut soutenue par l'Espagne et l'Empereur, tandis que la Suède avait sur les bras le Danemarck et le Brandebourg.

Les armes de Louis XIV furent heureuses ; la Hollande se vit au moment de sa perte : cette crise causa une commotion violente qui changea

2b8 RÉFLEXIONS POLITIQUES

sa constitution. Jean Dewit et son frère, chef du parti républicain , qui , trompés sur les vues de l'Angleterre , avaient entretenu parmi leurs compatriotes une sécurité funeste, furent sacrifiés à la vengeance populaire ; le stalhoudérat fut rétabli ; la maison d'Orange obtint, en Hollande, cette confiance et, en Europe, cette importance qui contribuèrent à l'élever bientôt après sur le trône d'Angleterre.

Les armes françaises, qui avaient d'abord attaqué la Hollande, se portèrent ensuite sur ses auxiliaires, et, un congrès ayant été formé à Nimègue, pour la pacification de l'Europe, la Hollande , rapprochée de l'Angleterre , fit d'abord sa paix séparée, ensuite l'Espagne, ensuite l'empereur, tous avec la France , enfin , la Suède avec e Danemarck et le Brandebourg. Tous ces traités sont compris sous le nom de paix de Nimègue.

La France acquit un grand nombre de places sur les frontières de Flandre, le Hainaut, la Lorraine, l'Alsace, Nancy, Besançon, et le pays compris sous le nom de comté de Bourgogne. — La Suède, au contraire, qui avait fait la guerre malheureusement, fit quelques cessions, ce qui prouve que Louis XIY avait une politique plus avide que haute et généreuse. Ce sont les principaux résultats de ce traité.

Nota. Le détail des affaires intérieures d'Angle-

terre et de Hollande relatives à cette guerre , affaires qui ont rendu cette époque une des plus intéressantes et des plus instructives pour la politique intérieure, est parfaitement développé dans V Histoire cC Angleterre de M. Hume.

Paix de Rlswick .

La paix de Riswick, qui termina, en 1697, la guerre commencée entre Louis XIV et les alliés en 1688, est la première époque de la décadence et de la puissance française, toujours croissante depuis Henri IV et Richelieu.

On ne peut assigner à cette guerre d'autre cause sérieuse , que l'ambition de Louis XIV, qui voulait continuer d'acquérir, et la résolution de la ligue d'Augs])ourg et de la grande alliance de la réprimer.

Les armes françaises furent heureuses, mais les succès même épuisaient un empire fatigué par des elTorts trop continus; le nombre et la dépense des armées s'étaient tellement accrusdepuisla paix

de Westphalie, que l'état le plus tlorissant devait s'épuiser par quelques campagnes; les inclinations de Louis XIY devenaient aussi plus pacifiques, à mesure que les années et la dévotion tempéraient son humeur ambitieuse: ce furent là les causes de la paix et de l'extrême modération que le gouvernement français y apporta.

Les résultats furent de fixer les limites de la France, du côté de l'Allemagne et des Pays-Bas, à peu près comme h la paix de Nimègue, les acquisitions postérieures de Louis XIV ayant été restituées; mais (ce qui forme une époque importante dans notre droit public), celle de l'Alsace jusque là contestée, fut implicitement reconnue.

Louis XIY remit à la maison de Savoie le Pignerol, et au duc de Lorraine, Xancy.

Enfin, il reconnut le roi Guillaume, qui, au commencement de cette guerre, avait chassé et remplacé Jacques 11.

On ne prit dans ce traité aucune mesure relativement à la succession de Charles II, roi d Espagne, dont la mort devait bientôt embraser l'Europe.

La paix de Riswick est la troisième paix générale, en comptant celle de ^Yeslphalie, qui a commencé à asseoir le système politique de lEurope.

Je dis la troisième paix générale, parce (jue

dans la politique de l'Europe, les états de l'occident et l'empire qui forment le centre, sont pour ainsi dire la base et le tronc, dont le nord et l'orient forment deux branches.

Depuis le traité de 1756, l'occident pouvant être en guerre sans que le centre y prenne part, (ainsi qu'on l'a \u dans la guerre qui a aifranclii les colonies anglaises), a commencé à former comme le nord et l'orient, une branche particulière de système politique, avec cette circonstance que ses guerres séparées du reste de l'Europe ne pouvaient être que des guerres de mer.

L'eflet du traité de 1756, c'est qu'il ne pouvait pour ainsi dire plus y avoir de système central, les forces de la maison d'Autriche se portaient vers l'orient, et celles de la France vers loccidcnt. Ces deux puissances s'adossaient lune contre l'autre, pour porter leurs efforts aux deux extrémités de l'Europe. Cette paix du centre n'a été troublée que par l'invasion de la Bavière, entreprise absolument contraire h l'esprit du traité de 1756, qui expliqué même dans son sens ambitieux, supposait toujours le maintien des états du milieu et du système de l'Allemagne.

La guerre actuelle a tout brouillé, tout confondu, il est encore impossible de prévoir quel nouvel arrangement en sortira. On peut sculeuR'nt annoncer que par le nouveau partage de la Polo-

gne, l'influence des forces orientales de la chrétientéy acquerra une proportion plus forte relativement à celles de l'occident.

Les puissances de l'occident , si intéressées h soutenir l'indépendance de la Pologne, soit pour conserver leur importance politique, soit pour retenir dans leurs mains avec le commerce de l'orient, le privilège exclusif du commerce du monde, distraites par les afïaires de France, ont laissé consommer ces usurpations, dont l'effet, en compromettant la sûreté de l'empire turc , peut être de changer toutes les proportions de force et de richesse entre les puissances européennes.

Admettant que le roi de Prusse, réuni h la Suède, puisse assurer l'indépendance du nord, que pourront ces deux puissances pour celle des Turcs, en supposant la France long-temps encore agitée de troubles ou retenue dans l'impuissance par son épuisement?

Si l'échange de la Bavière a lieu h la suite de la guerre contre la France, où sera la sûreté de l'Italie? Et faudrait-il autre chose qu'une grande audace et un accord soutenu dans les deux cours impériales, pour, en très peu de temps, rétablir h Rome et à Constantinople, les trônes des anciens empereurs de l'orient et de l'occident.

§iv.

Traité d'Utrecht.

La paix d'Utrecht, qui termina la guerre de la succession d'Espagne, est la quatrième pacification générale et la plus importante depuis celle de Westphalie ; c'est la dernière grande époque politique du règne de Louis XIV, elle unit la France et l'Espagne, jusque-là toujours divisées, et quoique la branche allemande de la maison d'Autriche y ait gagné les Pays-Bas, et les états d'Italie auparavant réunis à l'Espagne, M. de Mably pense cependtl^t qu'elle y perdit le rang de seconde puissance de l'Europe, qui passa et a toujours appartenu depuis à la Grande-Bretagne.

On avait conclu la paix de Riswick, sans prendre aucune mesure relativement à la succession du roi d'Espagne Charles II, qui eût appartenu aux enfans de Louis XIV, sans la renonciation de leur mère , et à laquelle l'ordre du sang appelait ensuite : 1^ un prince de Bavière ; 2° l'archiduc, fils de l'empereur Joseph. — Louis XIV, ne voulant point abandonner la totalité de cette possession , et cherchant à prévenir la guerre ,

204 UlÎFLEJiiONS POLlTlQliES

passa avec l'Angleterre et la Hollande diiigées l'une et l'autre par Guillaume III, les traités connus sous le nom de traites de partage, suivant lesquels les états dltalie seulement, devaient a[>parlenir au Dauphin; mais Charles II, ayant par son testament institué le duc d'Anjou, petit-fils du roi, pour héritier de ses étais indivisibles, le conseil de France ne voulut plus renoncer h cette succession ; on négocia cependant encore avec les Provinces-Unies et la Grande-Bretagne, pour obtenir leur adhésion en détachant quelques parties, mais on crut voir peu de bonne foi dans leurs propositions, et les négociations étaient déjà rompues, lorsque l'empereur, qui craignait ces rapprochemens, se hâta de commencer la guerre.

Elle fut désastreuse pour Louis XIV; réduit à plusieurs reprises à demander la ^^ix, il essuya toutes les humiliations dans ces fameuses conférences de Gertruidemberg, où le cardinal de Polignac et le maréchal dUxelles, virent augmenter les demandes, à mesure qu'ils avançaient leurs oifres, et où on unissait par exiger du roi qu'il détrônât lui-même, avec ses seules forces, le roi d'Espagne son petit-fils, et où on ne lui accordait pour l'exécution , qu'une trêve de deux mois.

On avait attendu la paix des Provinces-Unies , elle vint de l'Angleterre ; la duchesse de Marljjorough, favorite de la reine Anne, fut disgraciée, et

SLR LA IVÉVOLLTlON. 2Go

loiil le miiiislère qui tenait au parti des whigssuoeoml)a; les lorys qui leur succédèrent, soit seulement pour changer de système, soit pour préparer, en se rapprochant de la France, la succession de la reine Anne, à la race des Stuarls, décrièrent la guerr(,'. La mort de lempereur Joseph, qui survint, api)uya leur système, en menaçant l'Europe devoir TAUemagne et l'Espagne réunies dans les mains de l'Archiduc. Les efforts des alliés pour rélahlir le crédit de Marlborough, ne firent qu'aliéner l'Angleterre d'eux; un congrès ayant été formé à Ulrecht au commencement de 1712, la paix de la France et de l'Angleterre fut faite hi même année : les alliés ayant été ensuite battus à Denain, toutes les parties firent successivement leur i)aix avec la France et l'Espagne, pendant les années 1713 et 1714.

La paix était faite sans que toutes les prétentions réciproques fussent réglées, lorsque Louis XIV mourut; l'Espagne et l'empereur mécontens l'un et l'autre, la première de ces puissances <'lait excitée par la reine de la maison Farnèze , deuxième épouse de Philippe V, qui voulait faire des établissemens à ses fils, et le cardinal Alberoni qui la servait par ses intrigues; le duc d'Orléans, régent, dontla cour d'Espagneétaitdisposéeà contester les droits, si le jeune Louis XV venait à momir, et Georges I*"", roi d'Angleterre, que l'Espagne se

266 ri:flexions politiques

proposait de remplacer par un Sliiarf, se réunirent pour se garantir leurs droits et forcer l'Espagne et loutes les parties, h accepter des conditions qu'ils réglèrent (1).

Les Hollandais s'élant unis à eux dans les mômes vues, il en résulta la triple alliance appelée ensuite quadruple alliance, par l'accession de l'empereur. Alberoni ayant fait sans succès l'essai des armes d'Espagne fut disgracié; Philippe V accéda à la quadruple alliance, et un congrès se réunit à Cambrai, pour régler tous les droits; les négociations y languissaient lorsqu'il fut entièrement rompu par le renvoi de l'Infante, qui avait été destinée au lit de Louis XV. Alors vint à la place d'All)eroni, le marquis de Riperou, qui allia l'Espagne à l'empereur, par des traités oii l'Espagne admettait les conditions de la quadruple alliance, et suivant lesquels l'empereur devait la soutenir, pour reprendre sur les Anglais Gibraltar et lîle de Minorque, qui leur avaient

(1) Jamais les intérêts de l'Europe n'ont été plus brouillés qu'à celte époque : mort de Louis XIV, enfance do Louis XV, prétentions opposées du duc dOrléans et do l'Espagne, regrets de celle-ci et de l'empereur sur le partage, nouvelle succession mal affermie cnxVngleterre, Charles XII, xMberoni, la reine d'Espagne, etc., de là dans l'impuissance de faire la guerre, les intrigues et les négociations qui ont caractérisé cette époque.

élé cédés à Utrecht; de là des préparatifs hostiles de tous les côlés, et le siège de Gibraltar entrepris; mais, excepté l'Espagne, personne ne voulait la guerre : les parties rapprochées pai' la médiation du Saint-Père, formèrent un nouveau congrès à Soissons.

Il fallait à l'Espagne l'expectative de Parme, de Plaisance, et la Toscane pour l'infant don Carlos; aux puissances maritimes, la suppression de la compagnie des Indes orientales, que Tempereur avait établie h Ostende contre les anciens traités passés par l'Espagne; enfin, l'empereur eût consenti à ces deux conditions pourvu que les puissances eussent garanti la pragmatique-sanction qu'il avait publiée pour assurer l'indivisibilité, et régler la succession de ses états.

Tout eût été bientôt conclu si la France, fidèle au système de démembrer la maison d'Autriche, n'eût constamment éludé la pragmatique-sanction ; elle voulut donc assurer les autres conditions par le traité de Séville, passé entre elle, l'Angleterre, la Hollande et l'Espagne ; le cardinal de Fleury espérait que l'empereur, privé de ses alliés, serait obligé de consentir à ces conditions, sans faire garantir sa pragmatique-sanction ; mais celui-ci, jugeant que, hors la France, aucune des parties n'avait intérêt de s'y refuser, tint ferme, parut prêt même à la guerre, et, en effet,

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l'AngleleiTe, laissanl la France de côté, passa avec lui le traité de Yiennc, où la suppression de la compagnie dOstende, les intérêts de don Carlos et la garantie de la pragmatique, furent réunis, et auquel accédèrent ensuite 1 Espagne et les Provinces-Unies.

Ainsi finirent, pour lors, toutes les contestations.

Voici les grands résultats qui, pour la plupart, furent arrêtés par les divers traités de la pacitication d'Utrecht et confirmés par les suivantes.

Philippe V conserva toute la succession de Charles 11, hors les Pays-Bas, les états d'Italie, la Sardaigne , Gijjraltar et Minorque, Parme, Plaisance et la Toscane, déclarés fiefs masculins de l'empire, l'expectative à don Carlos en cas d'extinction des mâles de la race régnante.

L'Angleterre eut Minorque, Gibraltar, la démolition des forts de Dunkerque, la cession par la France de l'Acadie, et de quelques autres cantons de l'Amérique septentrionale ; on garantit la succession de la Grande-Bretagne à la maison d'Hanovre.

L'empereur eut les Pays-Bas, le royaume de Naples , et , d'abord , la Sardaigne , qui, par la quadruple alliance, fut changée contre la Sicile ; il céda au roi de Prusse la Haute-Gueldre.

Le duc de Savoie eut d'abord la Sicile, et définitivement la Sardaigne.

Lîi Hollande coiiîirma diverses mesures pour assurer sa barrière (elles sont développées ailleurs.)

La France n'eut que de légers cliangemens dans ses limites d'Europe.

Philippe V et le duc d'Orléans renoncèrent réciproquement, pour eux et les leurs, le premier, à la succession de France, et l'auti-e, h celle d'Espagne; celle-ci, au défaut des descendans de Philippe V, fut assurée h la maison de Savoie : ses étals actuels passèrent h une branche latérale.

Traité de Ylenne.

La guerre de 1733, terminée parle traité de Vienne, est la première des trois grandes guerres où les Français ont été engagés pendant le règne de Louis XV; la mort d'Auguste II, électeur de Saxe et roi de Pologne, en fut l'occasion. Le roi de France ayant voulu remettre sur le trône Stanislas, son beau-père, qui, en effet, fut légalement élu, Auguste m, fds du dernier roi, soutenu par une cabale, fut appuyé par l'empereur et la lîussie; le roi d Espagne, espérant reprendre encore

quelque chose de ce que la maison d'Autriche avait séparé de cette monarchie à l'avènement de Philippe V, se joignit à la France ; le roi de Sardaigne voulut aussi tirer parti des circonstances, et adopta le même parti dans l'espoir d'enlever quelque portion de la Lombardie à l'empereur, qui fut soutenu par l'empire ; les puissances maritimes demeurèrent neutres, la Hollande, entre autres à la condition que le roi de France ne porterait point la guerre dans les Pays-Bas.

Le succès des armes fut partagé, Stanislas, mal soutenu, fut le plus faible en Pologne; partout ailleurs les Français et leurs alliés triomphèrent.

Comme il n'y avait, ni une grande chaleur, ni de puissans motifs de continuer la guerre , on en vint bientôt à des propositions de paix par la médiation des puissances maritimes; mais, commencée en 1735, elle ne fut entièrement conclue qu'en 1738.

Les principaux résultats furent ceux-ci :

Le roi de Pologne , Auguste III , reconnu, l'indépendance de la Pologne et son droit d'élire ses rois, garantis par les puissances contractantes, et notamment par la France ; le roi Stanislas eut, pendant sa vie, les duchés de Lorraine et de Bade, qui devaient passer après lui à la France, à la condition de former un gouvernement séparé; le duc

, SDR LA RÉVOLUTION. 271

de Lorraine eiil la Toscane en dédommagement ; l'infant don Carlos céda Parme et Plaisance à l'empereur pour les royaumes de Naples et de Sicile; le roi de France garantit la pragmatiquesanction; le roi de Sardaigne obtint quelques nouvelles terres cédées par l'empereur.

Trois de ces résultats très importans subsistent encore : la Lorraine unie à la France, la maison de Bourbon à Naples, la Toscane à la maison de Lorraine, qui représente aujourd hui la maison d'Autriche.

§ YI.

Traite d'Aix-la-Ghapellc 47 i8.

La guerre de 1740, la seconde du règne de Louis XV, et la dernière que la France ait soutenue contre la maison d'Autriche jusqu'à l'alliance de 1756, se termina parla paix d'Aix-la-Chapelle, qui est la sixième paix générale depuis celle de Westphalie.

Cette époque peut être considérée comme le derniei- degré du déclin de la maison d'Autriche , qui, depuis, n'a cessé de reprendre de rascendanl.

Une guerre mari lime , allumée eiilre l'Espagne et l'Angleterre, par la contrebande ouverte, que les commerçans de celle-ci se permettaient dans les colonies de l'autre, qu'on avait dissimulée aussi long-temps que l'Espagne fut occupée de l'établissement de don Carlos à Parme et dans les Deux-Siciles, et qu'on voulut réprimer après la paix de 1738, allait être pacifiée, lorsque la mort de Charles Yl mit la discorde dans toute r Europe.

Les maisons de Bavière et de Saxe alléguaient desdroils sur la succession; la France persist<ait dans le système d'abaisser la maison d'Autriche ; l'Espagne avait un nouvel infant h établir en Italie; le roi de Prusse, héritier d'un grand trésor et d'une bonne armée avec des états disproportionnés, avait le plus grand intérêt et les plus grands moyens de les agrandir; ce fut lui qui commença la guerre en semparant de la Silésie; on le vit alors offrant tout à la fois par sa conduite, h Marie-Thérèse, de défendre le reste de ses états, en lui abandonnant ce qu'il avait conquis, et, aux ennemis de cette princesse, de soutenir leurs prétentions en lui uaranlissant la sienne.

Marie-Thérèse, environnée d'ennemis qui se liguaient pour la d('pouiller, abandonnée de ses alliés fidèles, l'Angleterre et la Hollande, qui vou-

sur. LA nLVOLLTION, 273

lurent, l'un sauver le Hanovre, et l'autre éloigner la guerre des Pays-Bas , en refusant d'embrasser une cause qui paraissait désespérée, Marie-Thérèse trouva dans son propre courage, dans le dévouement de ses sujels, dans les fautes de ses ennemis, ces ressources qui ne manquent presque jamais à ceux qui savent ne pas désespérer. — Elle refusa d'achcler les secours du roi de Prusse par l'abandon de la Silésie.

La France, la Prusse, la Bavière, réunies pour démembrer lesétats de Marie-Thérèse, et pour porter l'électeur de Bavière à l'empire , celui-ci , impatient d'occuper la Bohême, laisse Marie-Thérèse respirer en Autriche et en Hongrie ; la France sans plan arrêté, entre le cardinal de Fleury, qui était opposé à la guerre , et le maréchal de Belle-Isle , tête exaltée , sans expérience et sans véritable talent , laisse son armée en Allemagne sans chefs ; puis lui donne tout h la fois Belle-lsle et Broglie dont les divisions achèvent de la perdre ; le roi de Prusse , faisant une paix qui lui assure la Silésie , achève de ruiner le parti des ennemis de Marie-Thérèse, qui, réduite, en 1741, à se voir sans couronne, voit, en 174i, ses ennemis réduits à lui demander la paix.

Fleury acheva , par sa faiblesse à demander la paix , de ruiner les affaires de France : ses lettres au ministre de Marie-Thérèse, publiées par celui-

ci, devinrent la faille de TEurope. Cherchant à obtenir la paix par les Hollandais , par le corps germanique, il ne fit que dévoiler et grossir même dans l'opinion, la détresse où la France était parvenue. Les anciens alliés de l'Autriche s'en rapprochèrent; les Hollandais, le duc de Saxe , roi de Pologne , la secoururent ; le roi de Sardaigne , que la France , pour prouver sa modération, s'était réduite à vouloir rendre neutre, mais qui, pour gagner quelque chose à la querelle, avait besoin de prendre un parti, s'unit à la reine de Hongrie.

La France se serait vue seule avec quelques secours de l'Espagne contre toute l'Europe, si le roi de Prusse n'eût senti que , la reine de Hongrie étant devenue assez forte pour ne plus avoir besoin de lui , l'acquisition de la Silésie n'était plus en sûreté , s'il laissait accabler la France ; il s'unit donc de nouveau avec cette puissance et l'électeur de Bavière , empereur ; et le gouvernement, de son côté, voyant bien qu'il n'y avait de moyen d'avoir la paix que de faire sérieusement la guerre, s'y dolormina avec vigueur.

La mort de l'empereur et le raccommodement de son fils avec la reine de Hongrie changèrent de nouveau la face des choses; le roi de Prusse profila de l'intérêt qu'avaient les Anglais de concentrer toutes les forces contre la France , pour

leur faire consentir, par le traité d'Hanovre, l'acquisition de la Silésie; ensuite, entrant à main armée dans les états de l'électeur de Saxe el y commettant les plus grands ravages , il détermina ce prince et la reine de Hongrie , son alliée , à accéder au traité d'Hanovre.

La France usa , à son tour, du même moyen envers les Hollandais ; maîtresse des Pays-Bas et menaçant les Provinces-Unies, elle les força de travailler sérieusement à la paix qui, après de longues conférences à Breda, fut enfin conclue dans celles qui eurent lieu, à la Chapelle, entre la France, l'Angleterre et les Provinces -Unies, auxquelles accédèrent bientôt tous les autres belligérans.

Cette guerre , qui avait épuisé toutes les parlies, offert un grand spectacle par ses vicissitudes , menacé plusieurs fois de changer la face de l'Europe , développé la grandeur d'âme de Marie- Thérèse, l'habileté politique et militaire du roi de Prusse, l'incertitude et la faiblesse du gouvernement français , se termina par les résultats suivans :

Le roi de Prusse eut la Silésie ;

L'infant don Philippe eut les duchés de Parme, Plaisance, et Guastala;

Le roi de Sardaigne , quelques cantons du Milanais :

276 RfcFLEXlOKS POLITIQUES

Le duc de Lorraine, époux de la reine de Hongrie, fut empereur; la pragmalique-sanclion fut reconnue et garantie par toutes les parties ;

Le stathoudérat fut rétabli en Hollande et rendu héréditaire.

Des expressions obscures et vagues, employées dans ce traité sur les limites des possessions anglaises et françaises en Amérique, contribuèrent à amener la guerre qui éclata entre ces puissances en 1755.

Paix de Paris.

La guerre de sept ans , terminée par la paix de Paris et de Hubcrlsbourg , septième pacilication générale depuis celle de Westphalie, est une des époques les plus importantes de ce siècle, en ce qu'elle a changé tous les rapports de la politique européenne.

L'Angleterre s'était conservé un prétexte de querelle par les articles obscurs du traité d'Aixla-Chapelle, concernant les limites d'Amérique; son but était d'anéantir la juarine française ou

SUh LA RÉVOLUTION. ^77

plutôt d'enipêcher qu'elle ne se relevât ; de s'emparer de nos possessions en Amérique, et d'achever, s'il était possil)le, de détruire notre commerce maritime : après plusieurs années de négociations simulées et d'hostilités réelles en Amérique, elle tomba, en 1755, sur les vaisseaux du commerce français avant que la guerre fût déclarée.

Dégoûtée des frais immenses et peu utiles que lui avaient coulés ses guerres sur le continent, et surtout de la nécessité où elle se trouvait toujours de restituer ses conquêtes sur mer, en échange de celles que nous faisions , sur terre , sur ses alliés, elle voulut n'avoir qu'une guerre maritime; en conséquence, elle négligea ses liaisons avec l'Autriche, dont les possessions , dans les Pays- Bas, étaient d'un trop facile accès pour nos armées, et, s'alliant avec le roi de Prusse , crut que le secours de ce prince , joint à l'éloignement des lieux , suffirait pour mettre en sûreté l'éleclorat d'Hanovre.

La France , de son côté , ayant trouvé le roi de Prusse allié avec ses ennemis, et, d'ailleurs, assez refroidie par la politique égoïste et presque perfide que ce prince avait eue envers elle dans la guerre de 17i0, s'allia à la maison d'Autriche.

Celle-ci, ayant, de concert avec la Russie et l'électeur de Saxe, roi de Pologne, projeté le

démembremenl des états du roi de Prusse , que sa séparation d'avec la France laissait sans appui sur le continent , ce prince les prévint en entrant en Saxe, et, la guerre continentale s'unissant h la guerre de mer engagée entre la France et l'Angleterre, l'Europe se trouva livrée à un embrasement presque général, où la France, l'Autnche, l'Empire , la Russie et la Suède , luttaient contre l'Angleterre et la Prusse , tandis que la Hollande et le roi d'Espagne gardaient, au milieu de ces débats , une neutralité que ce dernier fut cependant, à la fin, obligé de rompre.

La France se trouvant unie à la Russie, la Suède , toujours influencée par l'un et l'autre de ces deux états, ne pouvait que les suivre, et, la France étant unie à la maison d'Aulriclie, les deux partis opposés de l'empire, attachés à ces deux puissances , étaient entiaînés à ne faire qu'un.

Les Français furent d'abord heureux , et ensuite battus en Amérique et sur la mer ; la guerre continentale fut plus long- temps heureuse pour l'Autriche et ses alliés ; mais elle finit aussi par des revers.

En 1761, les négociations pour la paix commencèrent entre la France et l'Angleterre: il faut voir l'insolence du gouvernement anglais dans ses réponses aux propositions de notre ministère. En négociant la paix avec la France, il cher-

chait querelle à l'Espagne, et ne souffrait pas que le roi de France s'interposât et marquât le désir de terminer en même temps les différens des trois états ; la révoltante tyrannie contribua à faire signer le pacte de famille; l'Espagne qui, depuis la mort de Philippe V, alliée au Portugal par l'épouse de Ferdinand VI, s'était, par l'influence britannique, éloignée de la France, s'y réunit par les liens les plus forts , pour ne plus s'en séparer.

Afin de forcer l'Angleterre à la paix , il fallait l'alarmer par l'existence d'un allié du continent; on exigea du Portugal qu'il se joignît à l'Espagne et à la France , pour assurer contre les Anglais l'indépendance des mers, et, sur soii refus, l'Espagne l'altaqua.

Les changemens survenus en Russie, oii la mort de la czarine Elisabeth, appela d'abord Pierre ÏIÏ, qui s'allia avec la Prusse, et, peu de temps après, son épouse Catherine, qui resta neutre; les affaires du continent, qui avaient été un des principaux obstacles h la pacilication des puissances maritimes, s'acheminèrent vers un accommodement.

Les traités de Paris et de Huberlsbourg furent conclus. En voici les principaux résultats :

Sur le continent, rien ne fut changé, le roi de Prusse conserva la Silésie, etc.

La France céda h l'Angleterre le Canada, et tout ce qu'elle possédait sur le continent de l'Amérique, à l'exception d'une portion de la Louisiane, 1 île de Grenade, ses élablissemens dans le Sénégal, en Afrique , la démolition des fortilicalions de Dunkerque.

L'Angleterre lui céda les petites îles de Saint- Pierre et Miquelon, pour servir à la pêche de Terre-Neuve, dont le droit lui était conservé.

L'Espagne céda h l'Angleterre la Floride, et obtint la démolition des fortifications qu'elle avait construites sur la baie de Honduras.

Du reste, les conquêtes respectives furent restituées : la France avait pris Minorque, l'Angleterre la Guadeloupe.

Des quatre îles, ïabago, la Dominique, Saint- Vincent et Sainte-Lucie, jusque là considérées comme neutres, les trois premières furent reconnues à l'Angleterre, et la quatrième, à la France.

§ vm.

Abaissement de la France après la paix de Paris.

Depuis la paix de 1763 jusqu'à la guerre de 1792, la France n'a point eu de guerre de terre, mais cette paix, qui a été l'effet de ses liaisons avec la maison d'Aulriclie, a été achetée par d hu-

SUR L.l RÉVOLUTION. 281

milianles et ruineuses condescendances. — Il a fallu voir la maison d'Autriche, qui n'a\ait cessé de décroître jusqu'à celte alliance, commencer h acquérir, et la Russie, la Prusse, s'agrandissant comme elle, aguerrissant leurs armées , tandis que la France n'acquérait rien en territoire, et voyait ses troupes déchoir du premier rang que nous occupions parmi les puissances continentales, reculer jusqu'au troisième.

Unis par notre alliance avec l'Autriche, nous avons d'abord favorisé son établissement en Italie par le mariage d'un archiduc avec l'héritière de Modène.

Retenus par cette même alliance avec les deux cours impériales, nous avons laissé les Turcs, nos anciens amis, accablés par la Russie dans la guerre de 1768, terminée en 1774 parle traité de Kaiarddjik, et, depuis, par les deux cours impériales réunies.

Nous avons, après de vaines espérances et de ridicules secours accordés aux Polonais, laissé effectuer le partage en 1773.

En 1778, l'empereur Joseph II, ayant envahi la Bavière à la mort de l'électeur Maximilien, décédé sans enfans, nous avons laissé le roi de Prusse opposer la résistance la plus active, et nous nous sommes bornés h consommer, par notre médiation jointe à celle de la Russie , les effets

des armes de ce prince (1) ; 1 empereur a conservé une pelile poriion de la Bayière, qu il n eût point eue si notre politique eût su prévenir ces différcns avant la mort de lélecteur, ou opposer à l'ambition de Joseph une résistance armée.

iSous avons pu, cependant, au moyen de la paix du continent, concentrer toutes nos forces dans la guerre de mer que nous faisions en même temps pour l'indépendance des États-Unis.

En 1785, l'empereur Joseph, ayant cherché querelle aux Hollandais, relativement à la lisière qui leur était accordée et aux garnisons qu'ils tenaient dans les places fortes des Pays-Bas, afln de les conduire à lui accorder la libre navigation de l'Escaut, notre médiation engagea les Hollandais, nos alliés, à faire à l'empereur quelques sacriûces.

Enfin, quoique la maison dAutriche ne nous fût point opposée dans les débats des Hollandais et de leur stathouder, on peut dire que l'inertie dont son alliance nous avait fait contracter l'habitude, a été lune des causes de la conduite aussi lâche qu' impolitique de notre gouvernement dans cette occurrence.

Les Hollandais nos alliés, veulent réprimer le pouvoir de leur stathouder entièrement voué à l'Angleterre, éclairer et venger les complots qui

(1) Traité de Teschen.

ont paralysé leurs forces pendant la guerre qu ils soutenaient avec nous; nous leurs promettons secours, nous annonçons le rassemblement d'un camp, et nous laissons nos amis opprimés, enchaînés par le roi de Prusse, sans faire le moindre mouvement; en les trahissant, nous voyons l'alliance de la république, qui nous eût assuré la supériorité sur la mer, passera nos rivaux, nous exclure de la navigation de l'Inde, et piéparer l'empire absolu de la mer à une nation qui ne s'allie à elle que pour l'asservir.

En 1789, la Pologne paraît vouloir assurer son indépendance et améliorer son régime intérieur; cet allié antique et naturel devait surtout compter sur nous, au moment où il nous devenait nécessaire pour maintenir l'équilibre de l'Orient, et arrêter le progrès de deux puissances qui ne cessaient des'aggrandiraugrand détriment de notre importance politique; entraînés par nos liaisons avec la Russie, nous lui faisons, au lieu de lui envoyer des secours, la recommandation d'éviter le ressentiment de cette puissance.

Otez la guerre d'Amérique, depuis la paix de 1763, l'histoire de notre politique n'est que celle de nos humiliations. Une paix de trente ans sur le continent a-t-elle pu les compenser ? au moins n'est-ce pas en rétablissant nos finances.

L'Autriche n'en a pas moins continué de nous

marquer son animosité; non seulement elle a dépouillé loin de les soutenir nos alliés, mais elle n'a cessé de chercher à nous ôter tout crédit en Allemagne. Dans la guerre d'Amérique, elle a proposé à lEspagne, de la part des Anglais, la place de Gibraltar pour faire sa paix particulière.

Noire force anéantie, notre volonté subordonnée à l'Autriche, notre état militaire négligé, notre pusillanime modération, nous ont rendus l'objet du mépris de lEurope ; parmi nos anciens alliés, le roi de Prusse est notre ennemi, la Suède et la Porte sont refroidies, la Pologne n'est presque plus.

La maison d'Autriche ne pouvait nous servir directement, lalliance devait donc avoir pour ol> jet la défense de nos alliés, qu"a-t-elle fait? Elle a rançonné le plus riche (le Turc), et s'est réunie au plus fort (la Prusse), pour dépouiller le plus faible (la Pologne).

§ix.

Suède et Pologne.

La fortune et les talens de Gustave-Vasa ayant affranchi la Suède du joug des Danois, établi dans ce pays la religion luthérienne , rétabli la royauté

et rendu la couronne héréditaire, voici ce qui suivit:

Ses fils, Éric et Jean, lui ayant, l'un après l'autre, succédé, sous le règne de celui-ci, il s'éleva une dispute entre la Suède et la Pologne pour une portion de la Livonie ; l'ordre tculonique fut affaibli : ne pouvant défendre les étals qui lui restaient sur les bords de la mer Baltique et du golfe de Finlande , il arriva , d'une part , qu'une partie de la Livonie et Revel, sa capitale, se donnèrent aux Suédois pour en être protégés; d'autre part, que Kettel, grand -maître de l'ordre teulonique , se réduisant à la Courlande sous la suprématie des Polonais, consentit à leur abandonner le reste de ses états, à condition d'être maintenu et protégé par eux , contre les Moscovites, dans le pays qu'il se retenait. — De là, querelles entre la Suède et la Pologne pour Revel et la Livonie, dont il résulta une nouvelle révolution dans la monarchie suédoise.

Les Polonais , après la mort de leur roi , élurent, pour éteindre les différens, Sigismond, fils et héritier présomptif de Jean , roi de Suède , et de son épouse, de la race des rois Jagellons. Sigismond , installé en Pologne , voulut , h la mort de son père , aller se faire reconnaître en Suède; mais, étant revenu hâtivement dans son premier royaume, son imprudence, la leligion

286 RÉFLEXIOXS POLITIQUES

catholique qu'il professait, la cession qu'il fit à la république de Pologne des droits qu'il avait sur la Livonie, comme roi de Suède, donnèrent à Charles, duc de Sudermanie, son oncle et fils de Gustave- Vasa , les moyens d'indisposer contre lui les Suédois ; de lui fermer l'entrée du royaume, quand il voulut y revenir; de le faire déclarer, lui et son fds. Lladislas, déchus de leurs droits au trône, et d'y prendre sa place.

De là, les guerres soutenues par Charles et son fds, Gustave - Adolphe , contre les Polonais et aussi contre les Danois , qui , pendant le règne du premier, cherchèrent h profiter de ses querelles avec la Pologne pour faire valoir les anciennes prétentions.

Gustave- Adolphe, après de grands succès en Pologne , leiu" accorde une trêve pour venir au secours des protestans d'Allemagne opprimés par Ferdinand ; la trêve avec les Polonais est successivement prorogée par lui et sa fille Christine. Une paix solide allait succéder, lorsqu'à l'abdication de celle-ci l'ambassadeur polonais, à Stockholm , proteste contre le couronnement de Charles- Gustave , son successeur ; nouvelle guerre portée en Pologne par Charles-Gustave; nouveaux succès qui rappellent ceux de Gustave -Adolphe; Charles-Gustave est obligé de courir pour repousser les Danois, qui profitent du moment; il est atta-

que par les Moscovites en Livonie; menacé par les Hollandais ; al^andonné par l'électeur de Brandebourg, qui s'était lié à lui, craignant les Polonais, et qui se lie aux Polonais, lorsqu'après ses succès il le redoute lui-même davantage; enfin, tout se termine par le traité de Copenhague (1) entre la Suède et le Danemark, et par celui d'Oliva (2) entre la Suède , la Pologne , le Brandebourg et l'empereur Ferdinand ; le premier, considéré comme faisant partie de la paix d'Oliva garantie dans toutes ses clauses, indépendamment des parties contractantes, par la France, l'Angleterre et les Provinces-Unies.

Les principaux résultats de cette paix sont lindépendance de la Suède et le droit des princes régnans reconnus par la Pologne, et reconnus de nouveau par le Danemarck; l'acquisition delà Livonie confirmée h cette puissance, ainsi que celle de quelques îles et cantons de terre ferme sur les limites de la Norwège, ayant appartenu au Danemarck; et quelques conventions entre ces deux états, relatives à la navigation de la mer Baltique.

La Prusse (alors duché, depuis royaume), re-

(1) 6 juin 1G60.

(2) 3 mai 1600.

connue indépendante de la Pologne dont elle avait été un fief.

La Coui'lande demeure sous le gouvernement de son duc et la suzeraineté de la Pologne. Mais depuis que la Livonie a été acquise par les Paisses sur les Suédois, cette suzeraineté de droit a presque disparu devant la suzeraineté de fait, que les czars ont exercée sur la Courlande.

A l'occasion de ces évènemens, le traité de Yelau, fut passé entre l'électeur de Brandel)Ourg et la Pologne. Indépendamment de la franchise du duché de Prusse, il stipule une alliance entre les deux états, et les secours réciproques quils doivent se fournir.

Après la paix dOliva, la Pologne demeura en guerre contre les Moscovites; cette guerre, longtemps suspendue par plusieurs trêves successives, se termina par le traité de Moscou, lors duquel ces deux puissances se réunirent contre les Turcs.

Sx.

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