‹ Œuvres. Publiées (volume 2)Chapitre 131 sur 139 · SUÈDE · texte numérisé non relu

SUÈDE

Paix de Slockholm et Ncustadt.

La Suède affranchie, organisée, constituée par Gustave Wasa, s'éleva, par lelïet des victoires de Gustave-Adolphe, à un degré de prééminence

SIR L\ r.KVOLCTIOiV. 280

trop disproporlionnëe avec ses forces réelles, pour pouvoir cire durable. La valeur de ses peuples et une suite non interrompue de rois habiles et belliqueux, depuis Gustave Wasa, l'y avait élevée; ce fut l'abus des mêmes choses par l'imprudent Charles XII, qui l'en précipita.

Le gouvernement était devenu absolu sous Charles XI, père de Charles XII : c'était une de ces révolutions qu'on a vues plusieurs fois en Suède; la nation fatiguée des dissentions, les trois autres ordres irrités de la domination de la noblesse, avaient d'abord rendu le roi, suprême exécuteur des loisetavaient réduit le sénat à n'être que son conseil ; deux ans après, ils l'avaient mis au-dessus des lois mêmes ; il en avait abusé et déjà le méconlenlement se faisait sentir, lorsque Charles XII monta sur le trône h l'âge de quinze ans, avec une grande autorité et un plus grand royaume, mais qu'il était presque impossible de défendre contre l'inquiétude du dedans et les ennemis qui se préparaient à l'attaquer au dehors.

Ceux-ci le sauvèrent de celle-là, Charles XII vit leDanemarck, le roi de Pologne, électeur de Saxe, et le Czar se réunir contre lui; il châtie d'abord le Danemarck et l'oblige à rendre justice à la maison de Holstein Gottorp, qui, possédant et gouvernant en comnmn avec le roi Danois, les duchés de Holstein et de SIesvick, éprouvait sans cesse des

usurpations de la part de cet associé plus fort que lui ; ensuite, en quelques années, Charles bat les Russes à Nerva, l'une des plus brillantes victoires de l'histoire moderne, détrône le roi de Pologne, met à sa place Stanislas Leczinsky, oblige l'empereur à renouveler et augmenter les dispositions de la paix de Westphalie en faveur des protestans d'Allemagne, marche en Russie pour détrôner le Czar, et après des victoires et des fatigues inutiles, est enfin détruit à Pultawa. Réduit à demander asile au Grand-Turc, il passe quelques années à Render, revient en Suède en 1714, trouve le pays épuisé, et les Suédois presque chassés de leurs possessions d'Allemagne. Il allie son humeur guerrière aux intrigues diplomatiques de son ministre le baron de Goltz, uni de projets avec Alberoni ; puis, après avoir vainemenl tenté de remuer l'Europe, il meurt au siège de Frédérichshald en Norwége, à lïige de trente-six ans.

A la mort de Charles XII, les Suédois, que son caractère impérieux et une sorled admiration pour ce qu'il y avait en lui d'héroïque , avaient contenus, désirèrent également la paix et le changement du gouvernement ; ils appelèrent au trône la princesse Ubrique-Éléonor, épouse du landgrave de Hesse, et rétablirent à peu près l'ancien gouvernement, mais avec des droits encore plus étendus pour la diète et le sénat, au grand détriment du pouvoir royal qui fut presque anéanti.

La reine , qui considérait le Czar comme son principal ennemi, chercha d'abord à faire la paix avec les autres, et les ayant successivement détachés, se rapprocha enfin du Czar, et par d'immenses sacrifices termina une guerre, dont le grand résultat a été d'enlever à la Suède le rang de première puissance du nord pour le faire passer h la Russie.

Voici les principales cessions des traités de Stockholm et de Neustadt, qui terminèrent cette guerre.

La Suède, de tous ses états en Allemagne, ne conserva qu'une petite partie de la Poméranie; l'électeur d'Hanovre , roi d'Angleterre , eut les duchés de Bremen et de Verden ; le roi de Prusse eut une partie de la Poméranie et possessions limitrophes; les droits du duc de Holstein Gottorp, sur le Slesvick, furent sacrifiés au Danemarck ; le Czar eut la Livonie et toutes les terres et îles voisines.

La Suède reçut, en dédommagement de ces immenses cessions, quelques sommes d'argent de la part de chacune des puissances contractantes.

Tels furent, avec le changement du gouvernement, les effets du règne de Charles XII ; il est ATai, cependant, que la puissance suédoise avait commencé avant lui à languir, par la grande raison, sans doute, que sa force réelle n'avait pas de

proportion avec la masse de ses ennemis et la jalousie qu'elleexcitail, et, selon M. (le xAIal)ly, pour avoir négligé son alliance avec la France, ol trop recherché la paix. Elle entra, en 1GC8, dans la triple alliance contre la France, elle s unit ensuite à celle-ci dans la guerre de 1672, et la quitta encore après; mais, quelle qu'eût été sa conduite, les progrès inévitables de l'empire de Russie devaient parvenir bientôt à la placer dans une position subalterne.

La Suède, depuis lors, est de plus en plus déchue de son rang en Europe; le roi de Prusse, dont le gouvernement est non contesté, qui a une base de pouvoir beaucoup plus solide en argent, et l'acquiert chaque jour en soldats, placé de manière que ses conquêtes lui sont utiles, tandis qu'elles n'ont jamais servi quà épuiser les Suédois, s'est agrandi et est aujourd'hui un nouvel obstacle au retour de leur grandeur. Protecteur de la liberté politique et religieuse en Allemagne , barrière de la Russie , allié naturel de la France sur le continent, le roi de Prusse a pris, presqu'cn tout point, la place de la Suède, qui, cernée par trois puissances dont deux au moins lui sont devenues supérieures, ne peut avoir d'autre espoir que celui fie se maintenir par l'effet de leur rivalité.

Le partage de la Pologne a la même influence

sur la Suède que sur les Turcs : il forlific deux voisins dangereux aux dépens d'un troisième qui ne pouvait nuire.

Quant à l'état intérieur de la Suède, on voit, par ce qui précède, qu'il fut toujours abattu par sa pauvreté, et sout^i^nu par la vaillance héroïque du peuple qui l'habite.

C'est à cela, je pense, qu'il faut principalement attribuer les variations de son gouvernement; le pouvoir monarchique ne peut y prendre des racines profondes parce qu'il manque de revenus ; le roi y est chef, mais ne peut y devenir maître: s'il l'est un moment, c'est un état violent qui ne subsiste que par une énergie tyrannique et les extorsions pécuniaires. Comme l'ordre des bourgeois, qui est l'appui du trône et l'adversaire de la noblesse, y est très faible; la noblesse puissante y est rivale du trône, et, ne possédant le pouvoir que pour déchirer l'état par ses dissensions et vendre aux étrangers une pauvreté orgueilleuse, l'excès de ses désordres repousse le peuple vers la monarchie, comme l'abus du i)Ouvoir royal, dans un pays qui ne peut le comporter, le pousse vers l'aristocratie , l'élément démocratique ne pouvant que faire triompher momentanément l'un des deux autres, et n'ayant pas assez de force pour les unir et les tempérer.

§xi.

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