‹ Œuvres. Publiées (volume 2)Chapitre 132 sur 139 · SUEDE · texte numérisé non relu

SUEDE

Faix d'Âbo.

La Suède, libre et jouissant de la paix depuis la mort de Cliarles XII et le traité de IS'eusladt, évita long-lemps de recommencer la guerre •, elle refusa de prendre part h celle qui s'éleva, en 1733, pour l'élection du roi de Pologne; elle s'allia même avec la Russie pour entretenir la bonne intelligence, et, à cette occasion, la France, qui avait consenti à renouveler son traité de subsides, se rétracta. Cette espèce de rupture excita l'attention des Suédois, qui, dans la diète de 1738 , disgracièrent les sénateurs qui avaient contracté le traité avec la Russie ; la France , qui , en 1740, commença la guerre contre limpératrice Marie-Thérèse, profita de ces dispositions pour entraîner les Suédois à déclarer la guerre à la Russie, alliée de l'Autriche.

Cette guerre dont les motifs paraissaient assez vagues (insultes, usurpation de limites, assassinat de l'ambassadeur suédois), cette guerre était cependant juste, puisque toutes les cessions du

traité de Neuslaclt avaient été l'effet d'une heureuse usurpation ; mais c'était la guerre de la faiblesse contre la force : elle fut malheureuse , et, loin de regagner ce qu'on avait perdu, la Suède, dont l'armée, après plusieurs mauvais succès, se trouva entièrement enveloppée dans la seconde campagne, fut contrainte h passer, en 1743, le traité d'Abo, par lequel, outre la confirmation de toutes les dispositions de celui de Neustadt , elle abandonna à la Russie quelque portion de la Finlande.

M. de Mably, qui admire toujours la liberté , sans examiner la bonté et la convenance des lois qui l'établissent , remarque cependant que les malheurs de cette guerre furent causés par la perfidie du parti ennemi du nouveau gouvernement, croyant que les mauvais succès seraient attribués h l'administration actuelle , et détermineraient les Suédois à rendre à la couronne son autorité ; mais il ne dit point que , dans ces temps malheureux , les Suédois , ballottés entre la France et la Russie, qui soudoyaient chacune un parti dans l'état, flottaient entre des résolutions opposées , dont aucune n'avait pour objet le bien de la patrie, et que, sous le nom de liberté, la plupart cherchaient à profiter du crédit qu'ils pouvaient s'acquérir, en le vendant à l'étranger.

M. de Mably s'étonne que la Russie exigeât que

celte forme de gouvernemenl ne fui poinl changée. « Le cardinal Mazarin, dil-il, redoulail TAnglelerre consliluëc en république.... » Le cardinal Mazarin eût pensé comme les Russes sur la Suède. L'Angleterre est une puissance maritime, et le gouvernement républicain favorise le développement des forces de mer; l'Angleterre passait d'un gouvernement mixte à un gouvernement plus énergique ; mais, en Suède, c'était, sous les deux points de vue , l'opposé.

Aussi les grandes prospérités que M. de Mably promettait à la Suède, comme résultat de son gouvernement absurde, n'ont-elles eu aucune réalité; ce pays n'a repris aucune force, et a continué de courir de révolutions en révolutions, toujours ballotté entre la puissance royale et une noblesse remuante et factieuse, et, de plus, toujours vendue à la Russie et à la France.

§ xn.

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