TURCS
La religion fait aux Turcs une loi de conquérir pour étendre l'empire de la vérité. Tant que cette maxime fut soutenue par la vaillance, la discipline et lenthousiasme militaire, l'Europe fut menacée d'être envahie; mais les institutions militaires et civiles d'Europe se sont perfectionnées et celles des Turcs corrompues, de sorte que cet empire, autrefois agressif, se réduisit à la lin du siècle dernier à balancer la réaction de ses ennemis, et depuis il a été mis de plus en plus sur la défensive.
Leur marine se perdit au siège de Candie contre les Vénitiens, et la paix de Carlo>vitz, abattant le parti des mécontens en Hongrie, et fixant le pouvoir monarchique dans ce royaume, opposa une digue insurmontable à leur puissance continentale.
Le despotisme se ruine par les moyens qui rétablissent : la milice des janissaires avait porté au plus haut point le pouvoir intérieur et extérieur des sultans ; sentant sa force , elle devint peu à peu indocile et insolente; la discipline, la valeur, les maximes d honneur s"y relâchèrent à la fois; chaque jour elle devint plus redoutable au sultan et moins h l'ennemi. Comme la religion turque attache le droit de régner à tout ce qui est de la race des Ottomans, les empereurs , pour ôter des chefs à leurs soldats , renfermèrent dans le sérail leurs parens et leurs successeurs ; là , ils devinrent incapables de commander quand ils parvenaient au trône, et les liens du pouvoir se relâchèrent d'autant plus. Enfin, tremblans devant les janissaires , les sultans et leurs ministres prirent pour système de les affaiblir et de les dégrader pour les rendre moins redoutables; et loin de tempérer les abus , ils les encouragèrent. On conduisit la milice au combat pour l'y faire périr; l'indolence et Targent devinrent de plus en plus la passion des janissaires, et si les sultans acquirent quelque sûreté , ce ne fut qu'aux dépens de leur puissance. C'est surtout le siège de Candie, où les Turcs perdirent plus de deux cent mille hommes, qui acheva de consumer cette révolution dans la milice.
La conduite des Turcs envers les étrangers n'est
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pas moins vicieuse et impolitique : premièrement, ils sont sans foi , et se croient dispensés de tenii' leur promesse envers les ennemis de Dieu. La puissance du Grand-Turc serait bornée s il s'assujettissait à sa parole ; ses traités ne sont que de pures grâces qui ne sauraient durer qu'au lant que son bon plaisir.
Deuxièmement, le Grand-Turc ne commence jamais la guerre avec combinaison , mais par caprice ou ])ar colère ; souvent il laisse passer le moment où ses ennemis sont occupés d'un autre coté, et les attaque en suite, lorsqu'ayant l'ait la paix ils peuvent lui résister avec toutes leurs forces.
Les Turcs se considérant dans un état de guerre permanent avec la chrétienté , ne faisaient autrefois que des trêves; mais depuis que cet état de guerre leur est devenu de plus en plus fatal , ils ont adopté l'usage de signer comme toutes les autres puissances des paix perpétuelles.
Les obstacles qui ferment aux Turcs l'invasion de l'Europe, sont les Russes, les Polonais, la maison d'Autriche et la république de Venise.
Aujourd'hui deux de ces puissances ont pour ainsi dire disparu, mais l'Autriche et surtout la Russie menacent de plus en plus l'empire turc; non seulement ils ne lui permettent pas de conquérir en Europe, mais ils lui ravissent chaque jour une partie de ce qu il y possède, et,
forts de leurs nouvelles acquisitions en Pologne , ils finiront par l'en chasser , à moins que l'empereur, redoutant l'agrandissement d'un voisin aussi redoutable que la Russie, ne l'abandonne pour garantir , de concert avec les puissances de rOccidenl, les limiies actuelles de l'empire turc. Mais dans le cas où ce prince préférerait son agrandissement à sa sûreté, il est douteux que, dans l'état de faiblesse auquel la France sera réduite pour quelque temps, toutes les forces de l'Occident, depuis la Suède jusqu'à l'Espagne, pussent suffire pour sauver le Grand-Turc de l'expulsion totale de ses états d'Europe.
Quoique la Pologne soit au nombre des états limitrophes de l'empire turc, il s'en faut de beaucoup qu'il en ait toujours été l'ennemi ; comme ces deux états ont des ennemis communs, surtout la Russie , ils se sont souvent réunis , et le Turc n'a pas moins été le protecteur de l'indépendance des Polonais que le soutien des mécontens de Hongrie.
Les alliés naturels du Turc sont la France (ennemi commun , l'Autriche ) ; la Suède ( ennemi commun , la Russie ) ; le roi de Prusse ( ennemis communs, l'Autriche et la Russie); aussi ont-ils formé des traités d'alliance avec ces trois puissances : avec la France, dès François !«•■; avec la Suède et la Prusse, lors de la guerre de 1756.
Quant aux traités de commerce, ils en ont avec toutes les nations de l'Europe. Les Français étant les anciens amis de la Porle , long-temps les autres nations de l'Europe n'ont pu faire le commerce du Levant que sous leur pavillon ; l'Angleterre , sous Elisabeth , commença à traiter avec la Porte, et les autres nations commerçantes ont suivi ; elles y sont aujourd'hui à peu près toutes sur le même pied. — Commerce de toutes maichandises, hors l'exportation de munitions de guerre. — Protection promise par le Turc contre les Barbaresques. — Exemption de certains droits pour les commerçans ; ils doivent être jugés par leur consul dans les contestations entre eux, et assistés de lui dans les procès contre les Turcs. — Droit des gens assuré aux ambassadeurs et consuls. — Droit de religion , etc.
Les Turcs ayant pour ennemis les puissances de la chrétienté qui leur servent de limites , et que j'ai nommées plus haut, ont eu avec elles une longue succession de guerres terminées par des traités de paix, fixant le droit et les limites réciproques. Ils gagnèrent presque toujours du terrain jusque vers la lui du siècle dernier; ensuite se soutinrent quelque temps, et dans ce siècle-ci, ils n'ont cessé de reculer.
FIN DE BARNÂVE ( ).
A^SEJflBIiriE liÉGISIiATIVE.
Séance du 15 Août 1792.
MONITEIT. NO 230, PAGE 9C8.
M. Larivîère. — La pièce que je vais vous lire est de M. Delessart; le litre qui s'y trouve est écrit, en marge de l'original, de la propre main du roi.
Projet du comité des ministres , concerté avec MM. Alexandre Lameth et Barnave.
a 1° Refuser la sanction.
» 2" Écrire une nouvelle lettre aux princes, » d'un ton fraternel et royal.
(*) On a placé sous ce titre divers documens relatifs à la mise en accusation de Barnave, à sa détention, à sa translation à Paris, à son jugement et à sa mort.
» 3"^ Nouvelle proclamation sur les émigrans, » d'un style ferme, et marquant bien l'intention » de maintenir la constitution.
» 4-° Réquisition motivée aux puissances, de ne » souffi'ir sur leur territoire aucun rassemble- » ment, armement, ni préparatifs hostiles.
» 5° Établir trois cours martiales, et faire, s'il » est nécessaire, de nouvelles dispositions relati- » vement aux démissions, désertions, remplace- )) mens, etc.
» Le ministre de la justice portera à l'assem- » blée et remettra lui-même au président le dé- » cret revêtu de la formule : le roi avisera.
» Il exposera ensuite, en parlant en son propre » nom, que le roi aurait accueilli quelques dis- » positions de la loi ; mais que la sanction étant » indivisible, etc., il rappellera d'une manière » générale ce qui a été fait , tel que la procla- » mation sur les émigrations, la lettre que le roi » a déjà écrite aux princes ses frères ; il lira » la nouvelle lettre qui sera écrite : il annoncera » les dispositions tant anciennes que nouvelles, » dont chaque ministre rendra immédiatement >^ compte.
» Le ministre des affaires étrangères rappellera » les précédentes dispositions, et fera valoir le » bon effet quelles ont j>roduit auprès de Tem- » [)ereur, en faisant connaître les ordres quil a
FIN DE BARISAVE. 307
» donnés dans les Pays-Bas. Il fera part de la nou- » velle réquisition.
» Le ministre de la guerre rendra compte de ce » qui le concerne.
» Le ministre de l'intérieur dira que les décrets » déjà rendus, relativement aux paiemens des » pensions, traitemens, etc., sont soigneusement » exécutés.
» On estime qu'ensuite le roi ferait une chose » extrêmement utile , en demandant à chaque » département , un certain noml^re d'hommes » pour être placés dans sa garde. »
M. Camhon. — Cette pièce convaincra sans doute les plus incrédules de l'existence du foyer de conjuration qu'on vous a déjà dénoncé sous le nom de comité autrichien. La cour croyait que le jour des vengeances était arrivé pour elle. Ces jours doivent au contraire être ceux de la justice du peuple. Je demande que les deux ex-constituans soient décrétés d'accusation.
L'assemblée décide unanimement qu'il y a lieu à accusation contre MM. Alexandre Lameth et Barnave.
M. Faiichet. — L'assemblée ne serait pas conséquente à elle-même, si elle décrétait d'accusation MM. Barnave et Lameth, sans rendre le même décret contre le comité entier des ministres.
L'assemblée décrète qu'il y a lieu h accusation contre MM. Duportail, Duport-Dulertre, Bertrand, Montmorin et Tarbé.
Séance du 26 Aùûl 1792.
MONiTEiT. N» 241, Page 1021.
M. Beignoiix présente la rédaclion de l'acte (l'accusation contre MM. Barnave et Alexandre Lametii.
M. Larivière. — Je ne m'oppose point au projet de décret qui .vous est présente par votre comité ; mais je demande h rectifier un fait que quelques journalistes n'ont pas rapporté avec assez d'exactitude.
Lorsque j'eus l'honneur de vous donner lecture de la pièce qui sert de base à l'accusation sur laquelle vous allez prononcer, et que j "avais trouvée dans le secrétaire de Louis XYI, en ma qualité de commissaire de l'assemblée nationale, au château des Tuileries , je vous observai , qu'après avoir confronté avec l'éciiture du roi la note portant ces mots : Projet ducomilé des minisù^es concerté avec MM > Barnave et Alexandre Lameth , je vous observai, dis-je, que cette note nous avait paru écrite de la main du roi; mais je ne l'assurai point, néuuit pas assez expert en écri-
tuies, cl connaissant d'ailleurs jusqu'à quel point cette sorte de vraisemblance peut être défectueuse.
Je demande donc que l'assemblée nationale veuille bien peser dans sa sagesse l'observalion que j'ai Ihonneur de lui soumettre, et que je devais à la vérité, à la justice et à ma conscience.
M. Goupillau. — J'adhère à cette déclaration, et j'en ajoute une autre : Nous vous avons dit, en vous présentant la pièce , que nous croyions qu'elle était tout entière de la main de M. Delessart ; mais nous ne l'avons point assuré.
M. Goijer fait lecture de plusieurs autres pièces, parmi lesquelles on remarque les deux suivantes :
Billel des princes , enfermé dans un porlefeuille trouvé dans les apparlemens du roi.
« Je vous ai écrit, mais c'était par la poste. Je » n'ai rien pu dire. Nous sommes ici deux qui » n'en font qu'un; mêmes sentimens, mêmes » principes, même ardeur pour vous servir. Nous » gardons le silence; mais c'est qu'en le rompant » trop tôt, nous vous compromettrions; mais » nous parlerons dès que nous serons sûrs de » l'appui général; et ce moment est proche, Si
» l'on nous parle de la part de ces gens-là, nous » n'écouterons rien; si c'est de la vôtre, nous » écouterons ; mais nous irons droit notre che- » min. Ainsi, si l'on veut que vous nous fassiez » dire quelque chose, ne vous gênez pas. Soyez » tranquille sur votre sûreté. Nous n'existons que » pour vous servir; nous y travaillons avec ar- » deur, et tout va bien. Kos ennemis mêmes, ont » trop d'intérêt à votre conservation pour com- » mettre un crime inutile , et qui achèverait de » les perdre. Adieu. Signé : L. S. X., Cn. P. »
Note trouvée avec des lettres adressées à M. de Montmorin , ex-ministre , dans son apparte^ mentf aux Tuileries.
V Si l'on fait partir les gardes suisses; il y a lieu de le craindre.
2° La déchéance doit avoir lieu , ce que l'on pourra savoir à l'avance.
3° Si un mouvement populaire fait craindre pour les jours du roi, que son inviolabilité ne serait plus autant respectée par le peuple.
4° Si la garde nationale, toujours insouciante et timide , ne laissait espérer aucun secours réel.
Voilà quatre questions probables sur l'affirmative, et qui déterminent la nécessité d'aviser à un parti.
FIN DE BARNAVE. oll
Le roi continuerait-il à demeurer exposé à tant de dangers, ou bien profiterait-il de l'assistance encore possible des gardes suisses , qui , une fois partis , ne pourraient être remplacés par aucun corps d'armée?
On peut croire que , dans le cas où le roi se déterminerait à quitter Paris, pour ne pas dépasser la distance prescrite par la constitution, il serait suivi par la minorité de l'assemblée. Les proclamations nécessaires pour la sûreté du roi et de sa famille , et de l'ordre public , pourraient être faites par cette section de l'assemblée, de concert avec le roi.
Les constitutionnels désirent que le roi se conduise par eux. Il ne faut cependant pas les confondre tous ensemble. Une conversation que j'ai eue ce matin avec deux députés ne m'a pas rendu plus tranquille sur la suite des évènemens.
Les questions ci-contre ont été le principal objet de cette conversation ; ils sont disposés à quitter l'assemljlée , mais ils veulent attendre les derniers évèncmens , afin d'être utiles jusqu'aux derniers momens. Un des deux , avec qui j'ai eu conversation , désirerait que le roi partît avec un détachement de gardes nationales de Paris , dans l'arrondissement fixé par la constitution. Il n'a pas pu cependant disconvenir qu'il y avait de
grands Inconvéniens et de grands dangers à partir ou à rester.
On prétend qu'une grande partie de la garde nationale suivrait le roi. Je ne le pense pas ; et on croit, en effet difficilement, que les mêmes personnes qui ont laissé entrer dans le château ii main armée , puissent quitter leurs foyers , qu'ils livrent au pillage, pour suivre le roi.
Je serai instruit à l'avance du parti que prendra l'assemblée sur le projet de déchéance, parce qu'on est maintenant à recenser les opinions pour le oui ou pour le non ; on cherche même à faire prendre engagement par écrit à ceux qui sont pour s'y opposer, afin de les forcer à tenir à leur opinion.
FIN DE BAIVNAVE. 313