‹ Œuvres. Publiées (volume 2)Chapitre 55 sur 139 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Disposition des Membres de la nouvelle Assemblée,

La très grande majorilé des nouveaux députés arrivait avec des intentions pures et la ferme volonté de maintenir la constitution; mais^ pour la plupart;, avec une ignorance absolue du véritable état des choses, des véritables dangers dont elle était environnée. Comment auraient-ils pu l'acquérir lorsque presque tous les papiers publics étaient réunis pour tromper la nation et servir les projets de ceux qui voulaient sa ruine!

Il y avait peu à espérer dune pareille assemblée; son incertitude, sa faiblesse, ses tàtonnemens, eussent suffi pour rendre la force à tout ce qui devait la détruire ; mais elle était destinée à devenir l'instrument de quelques hommes qui avaient conçu d'avance, leurs projets; qui préparaient la chute de la constitution avant même qu'elle fût achevée, et qui, se trouvant siu* leur terrain avec tous leurs moyens montés, ayant seuls des plans piéparés, et un but arrêté , entraînèrent facilement, dans leurs pièges, ces députés, arrivés de tous les départemens du royaume , sans guide, sans expérience, sans connaissance

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des laclioiis qu'ils allaient avoir à combaUre. Les agitateurs, au contraire, avaient ce qu'il fallait pour tout liouleverser ; sachant profiter d'un reste de fermentation qu'ils avaient suscitée, et des idées que leurs écrits avaient répandues, ils entretinrent, au dedans, le mouvement révolutionnaire, et préparèrent, au dehors, les évènemens dont la réaction devait favoriser leurs projets dans l'intérieur. Tandis qu'ils portaient les esprits à la guerre, ils avaient l'art de détourner l'attention publique de leurs propres manœuvres, en l'occupant de mille iantômes.

Ils supposaient à tous les caljinets de l'Europe les desseins qui pouvaient s'accorder avec leurs vues ; voulant nous faire rompre avec l'empereur, ils nous promenaient ralliance de la Prusse et l'amitié de l'Angleterre.

Ils donnaient de la consistance, dans leurs journaux , à toutes les querelles , à toutes les circonstances qui pouvaient inquiéter la nation , l'aigrir, lalarmer, et lui faire désirer de sortir, pai' une explosion violente , de l'état où elle se trouvait.

La législature n'a été qu'un de leurs instrumens : elleiésista quelquefois à cette impulsion; les idées les plus sages eurent d'abord , dans la discussion, une majorité remarquable. Si les hommes

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d'esprit et de courage eussent cherché à la retenir, s'ils avaient eu des travaux prêts, des plans à lui présenter, ils l'eussent peut-être détachée des projets révolutionnaires auxquels on cherchait h l'entraîner, et lui auraient donné , dès son début, une marche législative et gouvernementale; mais, ne sachant que faire , et voulant faire quelque chose, ils faisaient des fautes. On avait, d'ailleurs, su entourer cette assemblée d'une atmosphère factice ; indépendamment des tribunes, qui , dès les commencemens , encouragées par une partie de l'assemblée , et ayant très bien reconnu son inconsistance, perdirent tout respect pour elle ; les passions , au dehors , exerçaient sur elle aussi la plus funeste influence.

La législature croyait défendre la constitution , et elle la détruisait par chacun de ses actes.

Elle croyait attaquer la cause des émigrés, et elle travaillait à leur donner toutes les puissances de l'Europe pour protecteurs.

On la vil faire plusieurs démarches qui tendaient à allumer la guerre , et , malheureusement, le gouvernement parut y donner les mains.

Ce qu'il y avait de plus fâcheux dans cette assemblée , c'est qu'il n'y a jamais eu aucune majorité fixe ; de sorte que les principes et les systèmes les plus opposés pouvaient y prévaloir tour-a-tour.

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