SUR LES 60NVENTI0NS NATIONALES
voquerait des intrigues perpétuelles. Et le pouvoir exécutif d'autre part, apercevant dans l'arrivée de ces corps constituans, la possibilité et presque la prol^abilité de sa destruction , ne manquerait pas, dans l'intervalle, d'user de tous les pouvoirs qui lui auraient été délégués pour en rendre le retour, impossible de manière que par une terreur propre à le troubler sans cesse, vous lui auriez donné l'intérêt le plus pressant à accabler, à opprimer la liberté ; et vous auriez fait quelque chose de plus dangereux encore, car, vous auriez peutêtre mis dans son parti la portion la plus nombreuse de la nation , celle qui veut par-dessus tout la paix , celle qui veut le maintien de la propriété et de la sûreté; peut-être, dis-je, en présentant à ses yeux l'épouvantait d'un pouvoir constituant, renaissant sans cesse , vous engageriez cette partie de la nation à se lier avec un pouvoir oppresseur, mais qui lui promettrait tranquillité.
Il est deux choses dont les peuples généreux et policés ne peuvent se passer : l'une , est la tranquillité, l'autre est la liberté. MaispouF le commun des hommes, la tranquillité est plus nécessaire que la liberté; pour le comnmn des hommes la tranquillité est le premier besoin , la liberté politique n'est qu'un superflu qui fait le bonheur, mais qui n'est pas rigoureusement nécessaire. Si vous ne les mariez pas ensemble , si vous les rendez
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incompatibles, si vous présentez à la nation la perte de la tranquillité dans l'établissement de la liberté, craignez de voir bientôt cette majorité détruire la liberté plutôt que de se condamner à un état perpétuel d'agitation et d'incertitude.
Toute la science des législateurs , des hommes qui font la constitution pour un peuple amoureux de ses arts et de ses jouissances , se réduit h allier ensemble ces deux élémens , à les foire agir conjointement , à rendre les peuples tranquilles et libres. Ne les séparez donc pas, car il serait tiès dangereux qu'entre les deux maux , le peuple ne finît par préférer un tranquille esclavage. Ainsi ce n'est pas la perspective des pouvoirs constituans qui garantira votre liberté , c'est elle qui l'anéantira, c'est elle qui provoquera sans cesse ceux qui veulent une nouvelle constitution, et c'est elle aussi qui provoquera sans cesse le pouvoir exécutif pour la détruire.
Quand on vient parler de provocation d'assemblées primaires , de pétitions individuelles, dont la majorité pourrait forcer le corps législatif, on lemplace le pouvoir représentatif, le plus parfait des gouvernemens , par tout ce qu'il y a dans la nature de plus odieux , de plus subversif, de plus nuisijjle au peuple lui-même , à savoir : l'exercice immédiat de la souveraineté , par la démocratie , ce que l'expéiience a prouvé être le plus grand