‹ Œuvres. Publiées (volume 2)Chapitre 73 sur 139 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

D'un tiers parti ou d'un parti indépendant dans une assemblée.

L'existence d'un parti d'indëpendans , tel qu'on me paraît l'entendre, est, selon moi, une chose très pernicieuse et même incompatible avec toute bonne administration ; une assemblée, formée de trois partis, peut faire Ijeaucoup de choses bonnes en soi et considéréo séparément ; mais elle n'aura jamais de système suivi ; et sans système suivi, il est impossil)le de gouverner. Je sais qu'une assemsemblée absolument unie d'intention et d'opinion est une chimère impossible, et qui pourrait être très dangereuse si elle venait à se réaliser; mais, de toutes les manières dont elle peut être divisée, celle qui la coupe en trois sections est certainement la plus vicieuse. Si elle se divise en deux, on y trouve sur-le-champ une majorité qui gouverne, et une minorité qui surveille ; si les sections sont au nombre de quatre, ou même au-dessus , celles qui ont le plus d'analogie, se rapprochent nécessairement, et, à

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un très petit nombre de questions près, la marche de l'assemblée est la même que si elle ne renfermait que deux partis. Mais lorsqu'un troisième parti incertain, se réunissant tantôt à lun, tantôt à l'autre , fait successivement pencher la balance de chaque côté , et détermine , tour-càtour, la majorité dans un système opposé, je n'aperçois aucun espoir de salut pour un état gouverné de la sorte. Le premier besoin d'un gouvernement, c'est l'action ; le second , c'est une résistance assez forte, non pour paralyser l'action, mais pour s'opposer à ses excès, pour aiguillonner sa paresse, pour éclairer ses fautes. Un troisième parti , qui vient quand il le veut changer toutes les proportions ; qui convertit, suivant son opinion du moment, l'action en résistance, et la résistance en action, est loin d'établir l'équilibre, il le dérange absolument.

Un parti d'indépendant, qui donne toute la majorité, tantôt à un côté de la Chambre et tantôt à l'autre, n'ayant point de système par son essence, empêche qu'aucun système ne soit suivi , et rend le corps législatif et l'état semblable à un malade capricieux, qui, s'étant environné de deux méde-

cins à systèmes totalement opposés, suivrait pendant une semaine celui de l'un, et, pendant la semaine suivante, celui de l'autre. Il vaudrait, sans doute, mieux suivre exclusivement l'un des deux, fût-ce le pire ; car, après en avoir éprouvé les mauvais effets , on aurait au moins la ressource de le quitter pour se ranger décidément de l'autre, tandis qu'en les faisant marcher de front, on en recueille des maux inévitables sans pouvoir juger auquel il faut les attribuer.

Dans rasseml)lée constituante, les impartiaux ayant voulu adopter ce rôle, finirent par se ranger lout-à-fait du côté droit. — En général, il n'y avait dans cette assemblée que deux partis, la droite et la gauche, de sorte que, dans sa marche, elle a suivi, à peu près, un système uniforme : dans les parties où ella a varié, ses effets ont presque toujours été funestes. — Il suffit de citer, pour exemple, Avignon et les colonies.

Ce qu'on appelle indépendans dans le parlement en Angleterre , sont des hommes qui arrivent à la chambre des communes par leur propre influence, sans avoir besoin, pour être élus, de celle du ministère ou de l'opposition , et qui, par conséquent, sont hors de la dépendance de ces deux partis. Mais, s'ils ne sont d'aucune coalition, ils ne sont pas assez ignorans pour n'être d'aucun svstème. Ils choisissent librement entre celui du

ministère et celui de l'opposition, et, après cela, le suivent avec la même fidélité que ceux qui y sont

engagés.

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