‹ Œuvres. Publiées (volume 2)Chapitre 74 sur 139 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Système des deux Chambres»

On parle beaucoup du rétablissement de la noblesse et de deux chambres. Ces idées sont-elles inséparables?

Les Américains ne l'ont pas cru puisqu'ils ont proscrit toute noblesse , et que toutes leurs législatures sont divisées en deux chambres.

Une seconde chambre qui n'éta])lit pas une sorte d'aristocratie, une seconde chambre formée de la même classe d'hommes, élus delà même manière, pour le même temps , en un mot le système des deux sections est certainement une misérable puérilité.

Mais il n'est pas impossible d'introduire une aristocratie dans la machine du gouvernement, sans créer ime noblesse dans la nation.

La fonction d'une seconde chaml)re est de donner du poids et de la lenteur à la machine, de concilier les deux pouvoirs et d'empêcher que l'un ne puisse subjuguer l'autre. En permettant qu'ils s'influencent réciproquement, elle empêche qu'ils ne se détruisent. Elle maintient la constitution sans entraver le gouvernement.

Moins l'aristocratie a de puissance naturelle dans un pays, plus il est nécessaire que la constitution la renforce ; plus l'aristocratie a de puissance naturelle dans un pays, plus il est nécessaire que la constitution se mette en garde contre elle, qu'elle la limite, la lie et l'enveloppe de l'influence des autres pouvoirs.

De là , si une chambre héréditaire convient à l'Angleterre, une chambre à vie pourrait convenir à la France.

Si cette chambre est élective, elle ne saurait devenir dangereuse à la liberté du peuple, puisqu'à chaque vacance il aurait la faculté d'y fortifier son parti.

Comme une telle élection mettrait dans ses mains la plus grande récompense possible, elle lui donnerait le moyen de résister au plus grand danger qui menace la liberté dans un grand empire territorial, en attachant à sa cause et à la constitution les principaux chefs de l'armée.

Mais, si elle est sans danger direct pour la li-

berté, ne présenterait-elle pas un danger indirect en menaçant d'altérer la prérogative royale, en présentant l'élément matériel d'un pouvoir exécutif et la possibilité de séparer les pouvoirs sans conserver la royauté?

Je réponds qu'un corps composé de membres nommés à vie et qui ne se renouvelle pas lui-même, est en général le moins factieux de tous, parce qu'il n'est factieux ni à la manière de l'aristocratie ni à la manière des tribuns; que le roi y exercerait une certaine influence par les emplois dont il a la nomination ; que les plus ambitieux tendraient plus naturellement aux premières places du gouvernement et les autres à quelques avantages pour leurs enfans , qu'à l'acquisition douteuse d'un accroissement de pouvoir à vie et partagé avec tant d'autres.

Ce corps se ferait des maximes permanentes qui seraient le véritable esprit de la constitution et à la lueur desquelles toute idée et toute proposition factieuse serait facilement reconnue.

Cette chambre rivaliserait avec l'autre ; elle aurait nécessairement un esprit diflérent, carne pouvant lutter avec elle de popularité, elle rechercherait l'approbation et l'appui des propriétaires, des gens paisibles et sages, et prendrait un soin particulier de l'ordre et du respect de la propriété. Cette chambre représenterait donc l'ordre et la

SLR LA RÉVOLUTION. fil

propriété, comme l'autre représenterait la liberté et la population.

Si l'on veut se faire une idée nette des ressorts qui font mouvoir avec régularité la machine politique, il est nécessaire de distinguer la constitution et le gouvernement, les élémens qui doivent donner à la première sa liberté et sa stabilité, et les intérêts et les oppositions qui doivent éclairer la marche de celui-ci sans le paralyser.

Le système constitutif d'un pays, c'est la division des pouvoirs politiques qui y est adoptée, c'est la combinaison des intérêts naturels et généraux qui fondent la solidité de cette division. Le but de la constitution, c'est que la liberté et l'ordre en résultent d'une manière durable.

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