CHAPITRE IX
Régies et esprit do conduite.
Des maximes de conduite.
La plupart des maximes de conduite ne sont point des lois faites et immuables, ce sont des conseils d'un usage ordinaire, susceptibles d'être modifiés, combinés, mitigés, suivant les variétés des circonstances, d'après les lumières et le tact d'un esprit juste, étendu, etc.
Mais les livres et les remèdes en médecine ne guérissent pas sans médecins ; ainsi les lois ont besoin d'être appliquées par des juges éclairés ; et, dans une multitude de choses humaines, la bonté des institutions est peu, sans l'habileté de ceux qui les font agir.
l)e la social'ililc.
La sociabilité se divise en plusieurs branches principales qu'il est utile de distinguer.
La séduction du cœur: intérêt, sensibilité, commerce sûr.
La séduction d'esprit : art d'amuser, gaîté, flatterie.
La bonhomie , j'emploie ce mot faute d'autre plus général, pour exprimer ce qui met à l'aise , éloigne les obstacles : simplicité.
Si la sociabilité se trouve à peu près comprise dans cette énumération , elle est loin de former seule cet ensemble de qualités nécessaires pour vivre avec succès au milieu des hommes.
Ue robscryation de soi-même.
Observez-vous sans cesse pour connaître l'homme ; étudiez les variétés de votre manière d'être physique, et l'influence de chacune d'elles sur le moral , la conduite , les facultés et les passions.
Chacune de ces variétés pourra être 1 état constant de quelques hommes, et le caractère momentané que vous en recevez, leur caractère habituel.
Ce que vous serez dans certaines situations, les autres hommes, avec des circonstances ordinairement sendjlaljles , pourront Tètre habituellement aussi.
§ IV
Du discernement.
Savoir fliscoincr le })icn , le soutenir avec conslance , avec force , avec haljileté ; c'est avoir le génie protecteur des honuiies.
Ce qui fait aimer et estimer.
La bonté, l'amour du plaisir, l'indulgence, le commerce sûr ; savoir être aimable sans nuire ; point de rigidité hors de propos : voilà ce qui fait aimer.
Garder pour soi son opinion , c'est bien souvent honnêteté, toujours prudence; si votre jugement est connu pour habile, cela ne le dégrade pas plus que la modestie bien placée ne dégrade vos qualités.
Oui , il faut être redoutable , mais pour ceux qui nous en fournissent motif, et pourvu que le motif soit réel et suffisant. Une misérable pointillerie , en vous rabaissant , éloignerait de vous tout le monde.
ÉTUDES SUR L'homme. 173
On ne plaît sans âme qu'aux gens sans âme.
C'est un grand point d'être à propos rigide et déterminé , à propos flexible et indiftércnt.
Les personnes à répulalion ont presque tout fait pour leur avantage , quand elles ont appris à ménager l'amour-propre.
Cette délicatesse du cœur, de l'âme élevée, du bon naturel, qui ménage avec les plus exquises nuances, leur sied cl leur réussit parfaitement.
Le sentiment d'eux-mêmes, la dignité du caractère , ces manières qui disent : « Je ne songe point à ces avantages que le monde m'attribue et dont il me croit peut-être ennuyé ; je les cultive sans m'en enorgueillir ; mais j'ai la dignilé de l'homme; » oe sentiment qui en les ennoblissant les rapproche cependant des autres hommes, leur attire tous les suffrages dignes d'être comptés.
En un mot, ne pas blesser l'amour-propre, ne pas dégrader son caractère ; autant de dignixé dans l'âme que d'indulgence dans l'amour-propre. — Telle est leur vraie politique, d'autant plus efficace qu'elle se trouve moins dans la situation où ils sont placés. Car telle est la nature de Tamourpropre que, dès qu'il trouve à s'étendre, en peu de temps il domine, il éloiifTe toutes les plantes rivales qui vc'gèlent auloiu" de lui dans le cœur humain.
Mais ces conditions observées, combien d'avantages de tous genres, de facilités, auprès du moins, de tout ce qui a quelque chose d'honnête dans le cœur !
Joignez de la prudence et du savoir-faire , sans improbité ni bassesse , et vous serez aimé et estimé.
§vi.
Du respect des hommes.
Ayez pour fond le respect de l'humanité.
Pour le traitement sérieux, les seules diflerences d'un homme à un homme sont dans le cœur ; le cœur donne seul le droit d" humilier et de mépriser.
Je déteste autant que la dureté cette bonté pour les hommes qui ne respectent pas les hommes.
Il y a un traitement unique avec la vertu , c'est la confraternité.
8 vn.
De lajusticc.
La justice est l'inlenlion et l'action d'observer
et de faire observer avec exactitude les lois et les conventions qui sont le lien de la société.
S vni.
Suite.
Ambitieux, sois juste, car la justice fait aimer du faible ; elle fera désirer ta puissance h celui qui n'y prétend pas, et le jaloux t'aimera mieux qu'un autre pour supérieure.
§ix.
Du devoir.
Le devoir est ce qui est ordonné par la conscience.
La vertu devient devoir lorsqu'il y a une loi qui l'ordonne.
La loi est une institution qui oblige à agir ou h ne pas agir d'une certaine manière. Ces actes ou ces privations sont appelés devoir par ceux qui l'établissent et par ceux qui s'y soumettent
Ce qui est d'une utilité générale est censé ordonné par une loi tacite, et sous ce point de vue on le considère comme devoir.
Sx.
Derhonnèlelé.
Pratique d'honnôletc cnlraîne scciirilé, repos. Elle est chère aux personnes paresseuses.
Celui qui se propose de faire le mal toujours en secret, — démériter le blâme et cependant de consener l'estime , — celui-là, dans la présomption de ses facultés, entreprend une lâche qui lui prépare mille peines, et qu'il ne remplira pas long- temps.
De rhonnètc homme.
L'honnête homme n'humilie jamais, et de son côté il ne présume point qu'on songe à l'humilier, ce qui, avec toute délicatesse, le garantit de poinlillerie : il a le tact, par honnêteté et respect de soi-même, de ne jamais se mettre dans le cas d'être justement et même vraisemblablement offensé; mais si, toutes ces conditions remplies, Toffense arrive encore à lui, il la repousse toujours vigoureusement avec les convenances que le cas indique.
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