LU
De rexpérience.
Si Texpérience apprend h peu compter sur les hommes, elle apprend beaucoup aussi lindulgenœ pour leurs faiblesses.
L'homme qui a beaucoup vu s'étonne peu.
Mais l'indifférence absolue est dune àme faible, comme le scepticisme absolu est d'un espiit faible.
L'expérience est bonne pour mûrii- i'imai^n nation, le cœur elle caractère j si elle devait les éteindre, elle ne serait plus une iVolc. mais la plus dangereuse des corruptions.
§ un.
Du sage par nature ou par expérience.
Que chacun soit heureux et bon par la voie que
la nature lui trace ! Mais je ne sais si c'est une prévention personnelle! j'aime mieux celui qui est devenu sage par expérience, celui qui a fait sortir le bon sens de l'imagination même, celui enfin qui s'est fait un caractère au milieu des orages de l'esprit, des évènomens et des exemples.
Dirai-je que ces derniers sont plus sûrs? non, car les premiers suivent la nature. — Mais ils sont plus aimables, plus riches en idées.
Que les derniers se laissent encore quelquefois séduire, cela est bien vraisemblable; mais que les premiers puissent être séduits ou trompés pour des choses petites, cela n'est pas moins sûr.
Et, ne vous trompez pas sur le vrai signe de ceux que je dis sages de l'ordre de la nature. — Ils sont moins nombreux que vous ne pensez.
Si vous y confondiez la race commune qui est tout par faiblesse, par situation ou par habitude, je ne souffrirais plus de comparaison. Cette race n'a ni sagesse, ni raison, ni caractère réels. Elle est toute aux évènemens, aussi près du mal que du bien, également incapable seulement de ce qu'il y a de difficile dans l'un et dans l'autre.
208 ÉTUDES SUR l'homme.
§uy.
Ce qui doii être moins compté que pesé.
L'homme sage doit peser au lieu de compter : il le doit surtout en philosophie. Pour obtenir auprès des hommes une plus grande gloire, une plus grande estime, il faut peser, au lieu de compter, les devoirs, les vices et les vertus.
En politique, en sagesse, il faut peser les procédés au lieu de les compter.
Je ne donne point ici une maxime exacte, mais un précepte pratique, applicable le plus souvent, et dont l'oubli rend chaque jour de grands travaux et de grands talens inutiles.
Règle (le conduite de l'homme supérieur.
Avoir un désintéressement absolu.
S'abstenir de subtilité; ne pas s'arrêter aux petits obstacles ; surmonter toute inquiétude puérile ; ne pas faire abus de finesse ; avoir de la décision.
Se placer en haut; voir en masse; juger et se conduire en conséquence.
Subjuguer la paresse.
Agir sur une large base de calme , de force et d'empire sur soi.
Vaincre l'envie de parler.
Surmonter l'abattement, contenir une joie inconvenante.
S'élever au-dessus de l'hypocrisie par une franchise généreuse, et de l'indiscrétion par le calme et la force.
Elaguer le vain bavardage.
En quelque genre que ce soit, être gai, sérieux, savant, léger, etc.; avoir une conversation pleine, nourrie, animée.
Ou garder le silence.
Avoir le goût de la jouissance et du beau , des arts, des plaisirs, de la î2,alanlerie, des voyages , de la campagne ; être toujours naturel, également loin de l'affectation, qui est hypocrisie, et de l'affectation, qui est vanité.
Etre au-dessus de l'amour-proprc puéiil.
Avoir le sentiment des choses et de soi ; les passions , la sensibilité , la force constituent l'homme.
Si quelquefois on sort de la nature, que ce soit par la grandeur.
. Faut-il, en adoucissant les défauts, perdie ses formes, effacer son caractère, et cesser d'être soimême ? Non, pût-on même devenir Grandisson.