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La dissimulalioUj la méfiance et la curiosité, se tournent souvent contre celui qui les emploie, lorsqu'elles sont pénétrées. •
Les hommes vous paraîtront presque toujours avoir de l'esprit, en raison de ce que vous paraîtrez leur en trouver.
Les hommes deviennent nos prôneurs dèsqu'ils nous croient leurs admiiateurs.
YIL
Une faute impardonnable doit toujours èti-e niée.
ÉTUDES SLR LIIOMME. 21
Les homines ëlaiit iticoiitesiableiuent les êtres qui inllucnt le plus sur noire bonheur, la science qui nous instruit du mécanisme de leur être, des ressorts de leurs actions et celle qui nous apprend à les mettre en jeu pour les faire tendre à nos lins, sont d'une importance incontestable.
L'union de l'assurance à une politesse proixjrtionnëe, concilie la l)ienYeillance et la considération du giand nombre.
La timidité fait présumer à quelques-uns et dans certains cas, la modestie; mais au grand nombre, et le plus souvent, elle paraît un signe de nouveauté, d'ignorance, de défaut d'idées et d'une certaine inertie de caractère qui sied mal à la jeunesse.
La docilité est la qualité qui concilie le plus aux jeunes gens la bienveillance et l'estime des vieillards.
22 ÉTUDES SUR l'homme.
Un sol qui juge sur parole, prend les choses l)Oui' ce qu'on les donne, et la modestie est dupe avec lui.
Lidée que les hommes prennent de notre mérite et surtout de notre esprit, se mesure à peu près sur la plus ou moins haute opinion que nous paraissons avoir d'eux-mêmes.
C'est en paraissant de l'avis des hommes, que l'on passe auprès d'eux pour comiaisseur.
Celui qui présente le moins de prétentions, est aussi celui dont la vanité craint le moins de faire l'élo^T.
c:onuiie dans le monde, le grand nombre prétend à l'esprit, l'effet d'une grande réputation d'esprit est que le grand nombre veut paraître
ÉTUDES SUR l'homme. 23
vous goûter, vous plaire, fait parade avec vous d'intimité et recherche votre société par air.
Il est peu de personnages dont il ne soit plus ou moins utile de se concilier l' attachement.
Lorsqu'on veut faire mouvoir les hommes par des motifs honteux, il est ordinairement utile de leur en fournir d'estimables dont ils puissent feindre de suivre l'impulsion.
Les hommes, dont nous connaissons à leur jeu la turpitude, sont intéressés à en infirmer, à en éloigner ou à en détruire le témoin. Quelquefois, et lorsque ce parti offre trop de difficultés, ils cherchent à se l'attacher, et il est alors facile de tout en obtenir si surtout on paraît ignorer le vil motif qui les fait agir.
Comme le grand nombre craint d'être pénétré trop profondémeiU, il s'éloigne des observateurs.
2i ETUDES SUR LHOMME.
On dissimule avec soin devant eux, d'où il résulte que pour observer avec succès, il faut cacher qu'on observe.
Comme les actions spontanées que nous exécutons sont toujours celles que nous jugeons les plus utiles, le bonheur que nous rapportera notre conduite sera d'autant plus grand, que nous aurons des idées plus justes des degrés d'utilité de nos actions spontanées, et la justesse de ces lumières étant l'effet des connaissances que nous avons de la vérité, prouve que, si cette connaissance a des inconvéniens, elle a aussi de grands avantages.
Les inférieurs qui ont souvent éprouvé notre colère, cessent d'y être sensibles et n'agissent plus pour l'éviter.
Cependant, il est des êtres craintifs, doués sur cela d'une intarrissable sensibilité et qui font d'autant plus pour la prévenir quils savent qu'elle est plus facile à émouvoir.
Les hommes se déterminent d'autant plus ai-
sèment h l'obéissance que, tout égal d'ailleurs, il en résulte moins d'humiliation à leurs propres yeux et à ceux des autres.
XXIY.
En offrant des récompenses à nos subordonnés pour les faire agir, et si l'attente du bienfait les détermine dans le cas présent, ils se dispenseront d'obéir lorsqu'on exigera d'eux les mêmes choses comme une suite de leurs engagemens.
L'originalité de manières, de conduite, de systèmes, lorsqu'elle n'est pas affectée, est le signe d'un esprit libre de préjugés, jugeant d'après son propre examen et qui n'est pas ordinairement sans présomption.
Les hommes ne tentent l'acquisition d'un bien, que lorsqu'ils jugent que ceux qu'ils seront obligés de lui sacrifier sont moindres. Ils ne font nuls sacrifices à l'acquisition d'un bien qu'ils jugent impossible. Mine abondante d'inductions poliliques!
ÉTIDES SUR L'HOMME.
Nous veillons d'autant plus soigneusement sur la conservation d'un bien, qu'il nous paraît plus possible qu'on nous l'enlève.
xxvm.
L'attention que nous portons à la conservation d'un bien est en raison du prix que nous y mettons et des dangers qui nous paraissent le menacer.
Il est des hommes en qui l'amour d'une réputation de crédit et d'importance est une passion active et même utile; ces gens obligent pour paraître avoir de rintlueuce.
L'esprit conçoit l'habitude dassocier certaines idées , ou plutôt Topinion se livre à certains jugemens, qui, une fois posés, établis, répétés, acquièrent une grande confiance et deviennent des préjugés presque indestructibles; de sorte qu'ils subsistent encore, lors même que les
ÉTUDES SUR l'homme. 27
circonstances les ont rendus très faux, en changeant les rapports elles modifications des êtres.
On doit présumer plus facilement le mensonge que la dissimulation chez le bavard, et la dissimulation que le mensonge chez le silencieux.
L'homme à prétention observe peu et voit mal, parce qu'il est distrait par son attention sur luimême; il ne voit dans les autres que ce qui est relatif à lui, le juge mal, et y rapporte ce qui y est étrauger, abusé qu'il est, par ses désirs et par ses préjugés sur lui-même.
Les hommes susceptibles d'alVections peu vives, peu absorbantes, sont à cet égard plus réfléchis , plus observateurs, meilleurs juges, plus capables de dissinndation, de ruse et d'adresse, de plans secrets, et biens tissus, de trames prolongées, de projets savamment combinés, et sourdement conduits, etc. Tel est le vieillard, tel est l'homme du monde, blasés, l'un [>ar le temps, l'autre par lusage.
28 ÉTCDES SUR l'homme.
Nous sommes portés à juger les autres en mal parce que notre vanité le désire. Le même penchant nous engage à la critique.
ÉTUDES SUR l'homme. 29
CHAPÏTRK H.
Facultés tie f'Aiite et «le l'I^j^prit.
De la raison.
Quelques esprits boi nés, qui se prétendent en possession d'être les seuls raisonnajjles, parce qu'ils sont incapables d'être rien de plus, ont donné une si mauvaise réputation à la raison, que presque tous les gens d'esprit ne s'en soucient plus; ils la fuient comme l'écueil le plus dangereux du génie, de l'amabilité, du plaisir. Ils ont tort, la raison est le don de tout apprécier, d'attribuer à cliaque chose sa valeur, sa place, son utilité, d'après la nature, et non d'après les idées rétrécies des êtres qui s'en prétendent les possesseurs exclusifs. Loin que l'esprit et l'imagination nuisent à la raison, ils la servent en lui olfrant un plus grand nombre de motifs pour se déterminer,
3Q ÉTUDES SUR l'homme.
en l'aidant et l'éclairant de mille découvertes nouvelles sur le caractère des hommes, sur la clé de leurs cœurs, sur les mœurs des sociétés où l'on est placé. La raison pourrait s'appeler l'art de bien choisir: si elle sent qu'on pèse tout à son tribunal, elle défend quelquefois qu'on le fasse paraître, et suivant les circonstances, elle commande d'avoir l'air déraisonnable. La raison ne nous dit point : soyez tranquilles, modérés, frugals, économes; elle nous dit : soyez ce que la probité, vos goûts, la société, les circonstances, vous prescrivent d'être. Elle ordonne h l'un d'être modeste et tranquille, à l'autre d'être ambitieux, actif; mais elle veut qu'il suive les méthodes les plus sûres les plus promptes, les plus propres à parvenir ; elle les lui indique, elle les combine sur ses facultés, sur ses qualités, sur les circonstances ; elle ordonne tour à tour la patience, la fermeté, l'adresse, la hardiesse, l'activité.
De Vattention.
L'attention, dit Helvétius, est un mycroscope continuellement dirigé sur un objet; elle le gros-
sit, elle en découvre les plus minces filamens, les aboulissemens, les influences. Bientôt cet objet est à nos yeux toute la nature, et sans considérer combien elle est mixte et composée en ses opérations, en ses effets, en ses causes, nous la bornons à cet élément que nous avons partout observé.
Le médecin place dans la santé tous les biens de ce monde. Le négociant dans la fortune, le courtisan dans les honneurs.
Helvétius ne voit dans Thomme que les effets de l'éducation.
Le désir naturel à l'homme de simplifier ses connaissances et ses travaux l'entraîne sans cesse dans des erreurs du même genre.
Mais à mesure que l'homme se rapproche de la pratique, il est obligé de renoncer à ses opinions simplifiées et systématiques ; l'instinct, le besoin, l'expérience, le ramènent à traiter avec la nature comme elle est,^et si sa conduite est conséquente à ses principes, c'est elle souvent qui a raison.
Les principes les plus abstraits fournissent les conséquences les plus étendues, mais les moins sûres, les plus partielles.
Plus le sujet de la proposition est abstrait, plus le mode qu'il représente est généralement répandu ; mais moins aussi ses liaisons sont concluantes.
32 ÉTiDES str. l'homme.
Des fautes d'altenlion.
^'' Certaines gens sent à Taffûl d'une faute d'attention. A peine vous est-elle échappée, que sans vouloir entendre la correction que vous vous empressez d'y mettre, ils s'en emparent et vous en battent avec opiniâtreté. Est-elle injurieuse, ils s'en offensent ; est-elle absurde, ils en concluent ime absurdité générale pour toutes vos assertions. En vain prétendriez-vous en revenir, fiers d'avoir obtenu cet avantage, ils se livrent h un babil exalté, et ne vous écoutent plus, crainte d'être obliaés de renoncer à leur découverte.
§ IV
Ue la méditation.
Il faut beaucoup diieures de retraite pour faire valoir celles quon passe au milieu des hommes.
L'imagination et l'esprit sont les agens de la conversation, mais ils ne peuvent se passer de celte nourriture que la lecture, l'observation et la méditation donnent seules.
ÉTUDES SUR l'homme. 33
De la force d'âme.
Nous appelons courage, force d'âme, l'acte ou l'habitude de résister h certaines attaques, surtout à celles de la douleur, du malheur, du danger. Leur résister, c'est ne pas faire ce qu'ordinairement elles font faire, comme fuir, pleurer, supplier, pousser des cris, etc.
Mais quelles sont les dispositions qui nous portent à agir ainsi? Elles doivent être dilîérenles dans les diverses circonstances, et, dans des circonstances pareilles, il se peut aussi que des dispositions diverses rendent h peu près le même effet.
§vi.
De ceux qui découragent les grandes âmes.
Détestables sont les gens qui ne nioîtent aucune importance aux chos^'S de scniimeiit, d'àmo et d'émulation, qui découragent cl dépDÛK'nt le zèle. Ah! il y aurait de grands lalcns s'il y avait des juges pour les apprécier, des âmes pour les
reconnaître, des hommes bons pour s'y intéresser ! Il est assez d'hommes qui naissent avec la passion du bien, avec celle de l'approbation, mais on leur apprend bientôt à les cacher comme une honte, comme un péril; ils s'avilissent par l'amorce de la gloire même, et nëiant jamais dans le milieu qu'ils adoptent, entre la nature et les circonstances, ni assez petits pour les autres, ni assez grands pour eux-mêmes, ils vivent malheureux; ils passent leur vie déplacés, déformés, éthérogènes à eux-mêmes.
§ vu.
De la léaclion morale.
Il est des mou venions dans l'homme qui sont l'effet de l'impulsion ou de l'attraction directes, il en est qui sont j "effet d'une sorte de réaction qui les pousse en sens contraire de celui où ces causes naturelles devraient les diriççer.
Ainsi la i>eur dispose T homme à lléchir ou à céder ; mais la crainte de paraître céder à la peur ou l'indignation d'en avoir été cru capable, le rend plus téméraire ou plus violent qu'il n'eût été avant les mesures prises pour l'effrayer, voilà un mouvement de n^iciion.
La condamnation d'un accusé doit mettre sa personne ou sa mémoire en horreur, mais le cœur peut en concevoir de la pitié , et loin de le haïr en proportion de la conviction présumée de son crime, lui devenir plus favorable; voilà la réaction !
Que la puissance défende avec vigueur les droits qu'on lui conteste, et les cède alors qu'ils lui sont reconnus, voilà la réaction.
Que Zamore ait refusé de se convertir à la vue du supplice, et cède à la générosité de son ennemi, voilà la réaction!
Que la persécution d'un homme ou d'une secte apitoie le peuple pour elle, l'indigne contre le pouvoir, et multiplie les partisans de l'homme ou des opinions; voilà la réaction. !
Comme les mouvemens de réaction supposent en général de la générosité et du désintéressement, ou du moins l'oubli de l'intérêt le plus direct et le plus prochain, ils n'occupent pas une bien grande place dans Ihistoireducœur humain; on s'y attend i)resque toujours trop, et lorsque, ayant soi-même une âme élastique et nerveuse, on spécule et on cherche à prévoir quelle sera la conduite des hommes, il arrive presque toujours qu'on a trop (01111)10 sur œs mouvemens de leur part, et l'événement dément tous les cal-
36 ÉTUDES SUR l'homme.
culs qu'on avait fondés sur une cause aussi romanesque.
Ces mouvemens existent, il est vrai, dans le cœur, mais rarement ils acquièrent assez d'énergie pour devenir cause dans les grands événemens.
§ vm.
Suite.
La réaction est utile, mais il ne faut pas la pousser trop loin et faire rompre ou fléchir le ressort. En profiter à point, voilà le grand art.
Beaucoup de petites réactions qui réussissent peuvent donner au ressort assez de force pour en soutenir avec succès une grande.
D'une chose qui ne peut pas entraîner un grand mal, il vaut mieux pour l'ordinaire en guérir par satiété que par privation. Ce remède étant en général plus sûr et plus radical.
Mais il y a des choses où ce qui pourrait produire saiiélé entraîne des maux immenses, irréparables, et alors c'est presque périr que d* guérir trop tard.
ÉTUDES SUR LHÛMMB. 37