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chapitre si intéressant de l'histoire du cœur humain

Une imagination et une âme dépravée peuvent aussi s'y concentrer, alors elles créent ces singularités qui substituent aux jouissances naturelles du cœur et des sens, tous les genres d'égaremens, la vanité, la rouerie, la noirceur, depuis les égaremens du cœur et de l'esprit jusqu'aux liaisons dangereuses, et la dépravation du plaisir, qui use les sens et qui ensuite s'exagère et se varie sans cesse pour les réveiller.

Au milieu de tout cela, il est une manière d'aimer et de jouir qui est plus que la grossière nature, et beaucoup moins que les raffînemens romanesques ou libertins; manière assez naturelle h quiconque, avec une complexion voluptueuse, une imagination vive et animée, une âme bonne et sensible, ne fait pas de l'amour sa principale affaire ; la jouissance en sera le fond , l'imagination l'ornement, le cœur en animera quelquefois les plaisirs, et en dirigera toujours les procédés. Dans cette espèce de galanterie, la vanité est méprisée, la méchanceté est en horreur, les manières sont quelquefois libres, mais le commerce est toujours sîir, et toutes les formes sont agréables.

§ XCVl.

De l'amusement et du plaisir.

L'amusement ou le plaisir ne sont pas précisément la même chose. L'amusement tient plus à l'esprit, le plaisir aux sensations. L'amusement est une situation agréable, et susceptible d'être prolongée sans lasser. Le plaisir est une jouissance que la durée lasse ou émousse, qui est plus vive et plus courte, plus ardemment désirée, plus tôt à charge, plus accompagnée de regrets. — La société, le spectacle, le jeu, la galanterie, l'intrigue, sont des amusemens ; la table est un plaisir, l'union des sexes un plaisir.

On dit quelquefois que l'amusement lasse, c'est l'uniformité des occupations qui cesse d'amuser ; mais connue avec la force des organes on perd la susceptibilité d'être affecté, d'être ému, on peut dire, avec vérité, que le plaisir émousse.

Tous les hommes n'entendent pas précisément l'amusement comme je le définis, et c'est pour cela peut-être qu'ils l'accusent d'entraîner la satiété ; le sens qu'on donne ordinairement à ce mot est une occupation légère h des objets superficiels qui arrachent l'esprit à la méditation, les sens à la torpeur, qui nous promènent sur des surfaces

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riantes, font couler des momens d'oubli, qu'on reconnaît doux, et qu'on taxe follement d'être inutiles ; objet des réprimandes des vieillards, de la recherche continuelle des jeunes gens, que l'Anglais méprise, que le Français adore et sait faire naître ; joie modérée, honnête, bruyante ou libertine, suivant la tournure des caractères ; la gaîté la fait éclore, le travail l'épouvante, et fade cependant , lorsqu'elle est continue, ce n'est qu'entremêlée avec celui-ci, peut-être même avec quelques passions, qu'elle fait l'agrément , l'embellissement de la vie.

§ xcvn.

Da jeu.

Si le jeu devient habitude, il gâte tout.

S'il n'est qu'occasion, les petits avantages du savoir sur une seule partie , et les négligences qu'occasionnera chez le meilleur joueur, le défaut d'habitude, réduisent tous les jeux à jeux de hasard.

L'école du jeu ne laisse pas que d'être très instructive à un homme d'esprit.

Elle dévoile les caractères ;

Elle forme le sien propre, accoutume à la pix>s-

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périté, à la disgrâce, aux révolutions ; elle exerce le sang-froid et l'empire de soi-même.

Elle rend circonspect, poli, malgré les tentations de ne letre pas ; habile à prévenir les choses d'honneur ; habile à concilier la noblesse de traitement avec la défense de son intérêt ;

Elle apprend le commerce de la vie et à ne compter sur les hommes qu'autant qu'il le faut.

La gaîté, la gravité, selon les circonstances, s'unissent au jeu ; — mais le traitement du jeu même en est indépendant. Il doit toujours être, chez un honnête homme, calme, égal dans les deux fortunes, d'une assiette aisée et sévère, mais circonspecte.

Le joueur doit être honnête, noble, galant, mais sans duperie effective.

§ xcvm.

Des formes.

Que de richesses, que d'avantages dans les formes du commerce !

Femmes, amis, parens, domestiques, ouvriers, gens du monde et des affaires , que de succès auprès d'eux tous, par un commerce agréable et bien entendu !

L'esprit, le caractère, le tact même n'y suffisent

pas, si l'on n'a l'expérience, la réflexion, l'étude, l'habitude de se vaincre et de se mouvoir.

L'instruction ! l'instruction ! la saine instruction !

S xcix.

Da ton.

Ce mot exprime un certain degré d'élévation ou de gravité ; pris dans un autre sens, il est une mesure fixe et reçue de cette gravité.

On l'emploie figurément en parlant de la manière de parler et d'agir dans la société, et Ton dit le bon , le mauvais ton , un ton honnête , un ton impertiment.

Chaque nation, chaque province, chaque ville, chaque condition , chaque société a son ton, un ton particulier que les grands connaisseurs savent bien distinguer.

Le degré de politesse et la façon de la marquer, la tournure des expressions, la parure, l'éiiquelte, la familiarité , le geste, la prononciation, etc., composent pai^ leur combinaison ce que l'on appelle le ton; toutes ces choses s'apprennent par l'imitation et suivent d'ailleujs l'inllucnce des cir-

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constances et des systèmes ; c'est pourquoi elles établissent entre les personnes qui vivent ensemble un certain niveau, un certain rapport en tout ce qui se trouve de commun, de ressemblant entre eux ; elles forment ainsi le ton de la société prise en corps.

Ceux qui disent que le meilleur ton est de n'en point avoir, errent sur le sens du mot , car ils le confondent avec l'affectation. Le ton est la manière d'agir et de parler dans la société, au moins à certains égards. Cette antithèse puérile n'est pas la seule qui soit fondée sur l'ignorance du sens des mots.

Les nuances de ton sont innombrables, chaque ordre, chaque ville a le sien. Il est des caractères en qui il est le signe le plus saillant, comme celui de sot, de frondeur, de pédant, de petit-maître, d'élégant, de précieuse, etc.

Du moyen d'êlie à la mode.

11 n'est qu'un seul moyen d'être toujours h la mode, c'est de n'être pas à la mode.

Le mérite qui fait poids conserve ordinaire-

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ment sa valeur ; celui qui ne fait qu'éclat est éphémère.

Je vois d'ici un grand principe : ce n'est pas l'intensité de la réputation qui est la mesure du mérite, ce n'est pas môme le génie, mais c'est la durée.

Du soin (le sa personne.

Il est nécessaire de donner quelques soins à l'extérieur.

Un extérieur excessivement négligé, mal propre, mesquin, nuit par lui-même à la considération, et presque toujours met dans les manières un embarras qui nuit encore davantage.

Le mieux est cependant, quand il se trouve tel, que les manières ne s'en ressentent point.

S en.

De la bonne ou mauvaise foi dans les marchés.

Celui qui se propose d'exécuter fidèlement un marché désire s'en faire les conditions l)onnes ;

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il conteste ; il craint de s'engager dans des suites funestes ; il balance.

Celui qui veut agir probement, désire que tout soit stipulé ; il ne veut point se ménager des moyens de fraude , et ne cherche qu'à les ôter à son contractant-

Celui qui se promet ne pas exécuter un marché a surtout à cœur de finir ; qu'il en retire les émolumenS; c'est son objet ; les charges l'embarrassent peu , il est coulant , il veut aller vile.

Mais l'homme confiant pourra aussi avoir de l'indéterminé dans sa conduite.

Celui qui sera tout à la fois despote et homme de parole , n'aimera pas les conditions , car il ne voudrait ni manquer à ses engagemens, ni gêner sa volonté.

Ainsi, il ne fixera point de pension h sa femme.

Il ne fera pas les choses par institution, par règlemens, par plans prémédités et suivis, par taches fixées aux serviteurs ; il voudra que la volonté de chaque moment soit la règle de chaque moment.

§ cm.

Araiîsemens de riiominc honnête.

Sans doute avec la liberté de nos mœurs, avec

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la souplesse, la finesse, la diversité de nos goûts, de nos caractères, de nos talens, tu peux, te modelant, sans t'avilir, aux mœurs et à la philosophie de ton siècle, varier tes amusemens d'une multitude de frivolités, sacrifier à la volupté, au luxe, à la vanité même.... mais réduis toutes ces choses à leur importance, ne leur sacrifie ni la réalité ni l'apparence de la vertu ; que ce soit toi qui dispose d'elles, et non elles de toi. Garde que la vanité ne te fasse immoler l'estime ou la considération ; si tu es vraiment et sentimentalement grand et bon, tu aurais fait sans retour la plus grande des pertes.... Quels risques tu cours ! ton honnêteté est comme la raison d un homme qui s'évapore chaque jour, conune larme du soldat que la rouille attaque sans cesse. La bonté de sa trempe ne lui suffit pas sans l'infatigable vigilance du maître.

Quelque penchant que nous ayons pour la gran deur ou la fierté, il est peu de situations dans la société qui ne nous obligent à dos actions de faiblesse.... Celles-ci peuvent souvent s'ennoblir, elles peuvent toujours se purger de bassesse; autrement, elles ne sympathisent point avec l'homme d'honneur.

La plus grande indépendance est le plus sûr asile contre ces humiliantes nécessités.

gciv.

Matière d'un sermon de morale.

Texte : point de bonheur sans être honnête.

1®' point.

Que l'amour, l'estime et la confiance des hommes, sont pour nous la source des plus grands biens, et leur privation, la mère de toutes les amertumes.

2^ point.

Que la pratique de l'honnêteté peut seule nous obtenir les biens ;

Que fou est celui qui se flatte et se repose sur le secret ;

Que les soupçons et les incertitudes ruinent presque autant que les preuves mômes.

3® point.

Que, même avec le secret complet, il n'est pas de bonheur pour le coupable , parce que la crainte d'être décelé , l'activité continuelle et foixée h

laquelle on est obligé, effacent tous les avantages;

Parce que, même avec certitude et sans peine, il reste des nuages et des troubles de l'âme qui suffisent pour tout empoisonner ;

Parce que, malgré les illusions de la conscience, cette nécessité de toujours veiller sur soi, cette éternelle privation d'une confiance absolue dévorent la vie ; et puis, le vin, le somnambulisme, la fièvre délirante, sont-cc des confidens sûrs?

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