CHAPITRE X
Des femmes.
De leur intelligence.
J'ai rencontré chez les femmes une inlelligence fine, étendue et facile, qui pénètre en un instant toutes les parties de la pensée.
La justesse, la rapidité de tout ce qui est tact et sentiment, la multitude et la variété des aperçus qui en résultent, la grâce et la séduction que les expressions et les pensées en reçoivent, l'adresse, l'à-propos et la précision de ce qu'on dit et de ce qu'on fait, tout cela appartient à l'organisation des femmes, et la plus puissante des éducations, l'éducation de leur situation et de leurs besoins, contribue encore à le leur apprendre.
Avec du tact et de l'intelligence, on a de grands moyens de juger; aussi les femmes sont-elles bons juges, ignorance et passions à part. Mais combien l'imagination est rare cliez elles !
Presque toutes les femmes h qui un moment
2S8 ETUDES SUR L'hOUMB.
on croit en apercevoir, n'ont qu'un recueil de mémoire; elles ont ouï dire, vu, trouvé lentement et peu à peu les choses qu'elles débitent rapidement, et souvent semblables à tous les discours de lieux communs, elles ne conçoivent rien audelà; elles sont fermées et impénétrables aux nouvelles idées que les hommes ou les circonstances peuvent fournir.
Il semble que la nature, en fait d'esprit, ait distribué aux deux sexes les mêmes rôles dont elle les a chargés dans l'attrait qui les réunit.
Peu de femmes ont écrit, et même parmi celles-là, l'imagination est l'espèce d'esprit qu'on trouve le moins.
La femme, plus sensible et plus faible, est aussi plus facilement éteinte et blasée par le régime destructeur qui nous consume tous.
Ignorantes par éducation, les femmes le sont encore par leur genre de vie ; elles n'ont rien vu et ne voient rien à l'âge où l'on apprend à imaginer.
La timidité éteint l'imagination, et les femmes sont plus timides que nous à l'âge surtout où l'imagination domine, à celui du moins où il faut qu'elle naisse et qu'elle s'exerce pour se fortifier.
Le rôle qui leur est attribué par la société, par la nature et par no9 mœurs, les forme incessaïuî
ment à l'intelligence, à la finesse, presque à la divination, nullement à l'imagination.
Mauvaise éducation qu'on donne aux femmes.
Les femmes se gâtent souvent par le commerce de leur sexe et par celui du nôtre.
Il faudrait qu'elles passassent leur première jeunesse à recevoir d'excellentes instructions, qu'on ne leur procurât que bien rarement, des dissipations mondaines, et qu'on ne leur laissât prendre plus d'essor qu'à mesure que leurs forces se trouveraient suffisantes pour résister.
Mais, ou on laisse toutes leurs facultés engourdies, par la solitude et l'ignorance, ou on expose ces vases fragiles à tous les chocs de la société ^ des exemples, des lectures, avant de les avoir durcis et fortifiés.
Aussi, beaucoup de femmes n'acquièrent-elles un esprit sage, qu'après avoir passé par toutes les erreurs dont elles ne retirent le plus souvent qu'une éternité de faiblesse et de nullité.
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§ !»• Quelques nuances du caractère de la femme.
Si la femme critique une belle rivale , elle en loue une médiocre, pour donner à ses critiques le poids do la sincérité et de l'impartialité.
Elle blâme celle qu'on admire , elle défend celle qu'on critique.
Plusieurs modes naissent chez les femmes de l'amour du pouvoir, uni au sentiment de la faiblesse.
Régnantes, elles poussent jusqu'à la tyrannie l'exercice de l'autorité. Braver leur faiblesse, les rend lâches ; elles cèdent, implorent, supplient.
il est bien rare de rencontrer unis chez les femmes, la probité de caractère avec cette sage confiance , celle pénétration , ce sang-froid et cette prudence qui garantissent de limprobité des autres, et c'est pour elles bien plus que pour nous qu'il n'y a presque pas de milieu, entre être trompeuse ou trompée.
Quelle est la femme avisée qui ne soit pas fausse, la femme instruite qui ne soit pas pédante, la femme sans faiblesse qui ne s'en prévale? La femme est trop faible pour résister à la tentation de SOS avantages.
Heureuse la femme qui voit au-dessus d'ellemême, s'appuie sur une force plus grande que sa force , se fie sur une lumière plus grande que sa lumière ! heureuse de sa confiance, de sa sincérité, de son espérance par le sentiment de sa faiblesse !
Les hommes trouvent toujoui's assez de raisons pour attribuer de la vertu à la femme qui leur a cédé et pour n'en point croire à celle qui leur a refusé.
La femme a la passion de l'amour, l'homme en a l'héroïsme et les raffinemens.
Toute la pudeur, toute la délicatesse, toute la vertu que l'homme suppose h la femme, sont la source des exaltations où il se perd.
Toute la force, toute l'audace, toute la puissance que la femme suppose à l'homme sont la source de la passion qui l'attache à lui.
La femme parle beaucoup de délicatesse , de moralisme, de bizarrerie et de sacrifices; mais le plus souvent elle en parle par finesse , elle sait trop h quoi s'en tenir ; le modèle de tous ces raffinemens est en elle, elle voit sa vertu de trop près pour y croire , elle aperçoit trop la réalité pour que son imagination l'exagère.
Il faut à l'homme, pour bien aimer h sa manière, la crédulité et l'imagination. Il faut à la femme la faiblesse, l'ardeur et la sensibilité.
362 ËTUDES SLR LHOMllE.
Dans la lecture des romans, le jeune homme s'enivre des prestiges de la magie du platonisme. La jeune fille s'attache aux réalités embellies. Elle est cependant plus près de l'autre genre que celle dont l'âge est formé, parce que son âge est celui des préjugés sincères, celui des illusions de la tête, mai« avec la chute des préjugés , l'imagination s'éteint.
Un jeune homme romanesque est céladon, héroïque et délicat ; une jeune personne romanesque a pour l'ordinaire un cœur tendre et des sens ardens.
Ce qui encourage le platonisme chez les jeunes gens, c'est qu'ils sont chargés de l'attaque, et que la maladresse et la timidité leur font quelquefois adopter ce genre par l'embarras den traiter un autre.
Je suis loin de vouloir prêter aux femmes beaucoup de vertus, mais il est certain que les hommes qui ont l)eaucoup vécu avec elles et qui les ont connues par épreuves, leur attribuent moins de facilité que ceux qui ne les connaissent que de loin par ouï dire, ou par théorie.
§iv.
Cause de susceptibilité citez quelques Tenrinies.
Quelques femmes sont si persuadées que les
hommes regardent leur sexe comme bien inférieur, au moins en quelques points, qu'elles s'imaginent découvrir les signes de cette opinion là même où elle n'est pas, et deviennent ainsi extrêmement susceptibles.
De l'amour ehez la femme.
L'amour est tout pour les femmes ; il n'est rien qu'elles ne lui sacrifient aisément , si ce n'est la maternité. La femme est une cire molle, entre les mains d'un homme aimé.