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CHAPITRE II

Des sens et des organes.

Des sens.

On dit que nos sens nous trompent, et que celui du toucher est celui qui nous trompe le moins; on dit encore que nous avons besoin d'apprendre : il y a dans tout cela du vrai et du faux, et il y a surtout beaucoup d'obscurité.

Nos sens nous trompent fort peu, si par là nous entendons nous transmettre des idées différentes de celles que produisent ordinairement les êtres par lesquels ils sont mus.

Mais notre raisonnement nous trompe souvent, en induisant des données offertes par les sens, des résultats qui ne sont pas justes. Or, on attribue aux sens eux-mêmes ces défauts de jugement, et on dit pour cela que les sens nous trompent, qu'il est besoin d'apprendre à voir etc. Il n'est pas plus nécessaire d'apprendre avoir, que d'apprendre à toucher ; il faut apprendre à juger, sur le rapport de la vue , quelles sont les quahtés rela-

tives au toucher, ou à d'autres sens que les objets affectent, ce que l'expérience enseigne en faisant connaître les modifications relatives au loucher qui se trouvent ordinairement unies à certaines modifications relatives à la vue. On pourrait de même apprendre à juger, sur le rapport du toucher, despropriétésquilui sont étrangères; on y parvient même jusqu'à un certain point; mais tous ces jugemens sont sujets à l'erreur, et si l'on dit que le plus trompeur des sens est la vue, c'est que c'est celui qui nous fournit les rapporlsles plus propresjà en induire des jugemens; d'où il résulte qu'il ne nous égare que parce qu'il nous instruit davantage.

Le rapport de nos sens est souvent ou plutôt toujours imparfait, parce qu'ils ne sont pas assez fins pour tout apercevoir, et que nous ne les dirigeons ni assez long-temps sur le même objet, ni avec une méthode assez appropriée pour qu'ils soient affectés par lui autant qu'ils en sont susceptibles; mais leur rapport est rarement faux, c'est-à-dire qu'ils sont rarement affectés par une certaine combinaison d'objets, différemment qu'on ne l'est ordinairement et que ne le sont tous les hommes. Lorsque cela arrive, c'est l'effet du dérangement extraordinaire de la machine, qui affecte l'organe de manière qu'il reçoit des sensations sans cause extérieure, ou que la combinaison

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de celles qui lui surviennent ainsi, modifie et change les naturelles, ou que seulement la plus ou moins grande irritabilité qu'il reçoit de l'état de la machine, rend plus ou moins vives les affections que lui impriment les mêmes objets, etc.. Celte dernière sorte d'erreurs, qui ne roule que sur l'intensité, est et doit être extrêmement commune ; on ne peut même que difficilement trouver le point fixe auquel il faudrait les rapporter pour les juger, ces variations étant toutes dans la nature de l'être dûment organisé, et les propriétés des corps dans leur intensité comme dans leur moralité, étant des choses purement relatives. Ainsi les premières erreurs des sens se jugent sur leur différence avec ce qu'éprouvent en pareil cas tous les hommes dans l'état ordinaire. Mais les dernières, qu'on ne peut pas proprement taxer d'erreurs, ne peuvent se déterminer que par leur distance de la sensibilité moyenne, dont il serait très difficile d'assigner le juste degré.

De l'organe vocal.

Le parler résulte de trois choses, le soufiïe, le creux et l'articulation, c'est-à-dire de l'impulsion de l'air, de la conformation de l'instrument qui le

fait résonner, et de l'action des organes qui varient et caractérisent les sons. Je comprends le gosier dans ce que j'appelle le creux de l'instrument, quoiqu'il ait un mouvement et une sorte d'articulation. Cette articulation du gosier a son principal usage dans le chant.

La force du son résulte en partie de l'impulsion de l'air; la faculté de prolonger très long-temps l'exercice de la parole, en résulte presque entièrement.

On dit d'un homme qui a ce genre de force, qu'il a une bonne poitrine, qu'il a des poumons.

La force du son résulte en partie du creux, de la conformation des parties qui servent à faire résonner la voix. La nature de la voix en résulte presque entièrement ; elle est grave, digne, sourde, sonore.

On dit d'un homme dont les organes sont heureusement disposés pour faire résonner sa voix, qu'il a du timbre, qu'il a un beau timbre.

L'articulation, qui dépend des organes de la bouche, de la langue, des lèvres, des dents, ne fait pas la force ou la nature du son, mais la netteté et la distinction de sesdifférens modes; et par là elle aide à sa force ou lui supplée en concourant à l'intelligibilité.

La force des poumons résulte principalement de la nature, cependant l'exercice l'augmente; on

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la ménage en prenant à propos la respiration, en ne se hâtant point, en ne commençant point par de yiolens efforts, mais en les augmentant progressivement.

Ce qui fait la voix aigre ou aiguë, c'est principalement la dilatation ou le revirement du gosier, soit naturel, soit volontaire cependant , la conformation, ou volontaire, ou naturelle des autres organes qui servent au son, y contribue aussi; pour faire un son grave, on ferme presque les lèvres, la membrane de l'estomac se retire ; pour faire un son aigu, c'est l'opposé. Un son grave résonne dans la poitrine, un son aigu dans la tête, il est encore plus grave dans le ventre.

Des hommes fort gras ou chargés de sang, ont assez souvent la voix un peu aiguë, et souvent aussi une grande difficulté à lui donner passage ; s'ils veulent soutenir long-temps l'exercice de la voix, le sang leur monte à la tête et ils étouffent.

Des hommes maigres, mais crispés, ont la même disposition, surtout si à la crispation des solides, se joint l'abondance du sang.

En général, la surabondance du sang nuit fort au développement de la voix, soit dans la poitrine, soit au gosier ; les hommes très sanguins ont même assez ordinairement la voix rauque et cassée. Les hommes bilieux ou ffegmatiques ont l'organe vocal bien mieux constitué que les

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sanguins, ce qui fait peut-être que le Français est des peuples de l'Europe celui qui a le moins de dispositions pour le chant.

Assez ordinairement, des hommes qui ont le ventre fort creux, ont la voix sourde et fort basse ; tel était Duquesnoy, qu'on appelait ventriloque. Barrère a une voix du même genre. Celle de Rœderer en tient aussi, mais il a plus de creux de poitrine.

Ces hommes manquent d'ordinaire de souffle pour pousser leur voix, ils ne sont pas lestés et n'ont pas de point d'appui; il faudrait une grande force nerveuse pour y suppléer. Le vide absolu de l'estomac et du ventre , est une très mauvaise situation pour parler.

Les hommes gros et assez gras ont souvent des poumons et la voix forte, pourvu qu'ils aient suffisamment de creux, et qu'ils ne soient pas étouffés par la graisse ou la pléthore. Cazalès, Mirabeau, Maury, Foucault, la Gaussin, avaient beaucoup de poumons. Danton a la voix la plus forte que j'aie jamais entendue ; Blacons l'avait fort belle.

On a bien plus de poumons et de force pour parler, lorsqu'on est suffisamment lesté, pourvu que la digestion ne soit pas embarrassée et fatigante, par exemple, une heure après un bon déjeuner, et trois heures après un bon dîner.

Un beau timbre, une voix métallique se trouvent

souvent dans des hommes secs et nerveux, telle qu'était celle de M. de Laborde. L'abbé de Montesquiou entrait aussi dans cette classe. Volney avait une voix de timbre assez forte, grave et un peu creuse.

Les voix métalliques ont moins d'onction, de modulation et de nuances que les voix qui tiennent de la chair. Les premières, qui ne sont que timbre, appartiennent au tissu nerveux et à la construction des solides, celles-ci à l'élasticité du tissu et à la chair ; si elles ont suffisamment de timbre, elles forment les voix les plus agréables qui existent, telle était celle de Blacons.

Le souffle tient partie de la nature et partie de l'exercice ; le timbre tient presque tout de la nature, l'articulation presque tout de l'exercice.

La plupart des choses irritantes qui donnent momentanément de la force à l'organe vocal, enrouent.

L'échauffement enroue également, surtout le dessèchement et l'appauvrissement.

Dans un état frais et humecté, l'orsane vocal est quelquefois faible, mais presque toujours net.

Pour détruire l'enrouement, il faut tout à la fois engraisser et rafraîchir les membranes, et surtout le sang.

La force de l'organe vocal demande un nerf

élastique, du lest, un fond de gras et d'humide, une chaleur de'veloppée.

Un discours, commencé avec chaleur, relâchement, sueur, sera sans force et ne se soutiendra pas long-temps ; commencé avec nerf, développé, et même irrité, il produira un bel effet, mais court.

L'effet le plus heureux et le plus durable commence avec un fonds de chaleur et de nerf; il est enveloppé, et même empâté et engourdi. On commence avec peine, mais on gagne toujours en avançant, on finit par un état de force, de souplesse et de sueur libre qui produit les plus beaux effets de l'organe comme de l'imagination , et qui peut se soutenir très long-temps dans un homme vigoureux.

Que s'il n'y a ni chaleur ni nerf au fond , non plus qu'à la surface, il n'y a rien à faire du tout.

Étant médiocrement organisé pour l'organe vocal, je ne me suis trouvé la voix forte qu'étant bien lesté, ou lorsque la discussion m'avait mis dans une sorte d'érélhisme avant de parler. — Le bon de ma voix a toujours été le printemps et l'été; en hiver j'étais engourdi; c'eût même été, je crois, une disposilion^conslante, si mon régime, copieux en alimens humides, mêlé de choses très échauffantes et très raffiaîchissantes à la fois, ^'eût été extrêmement dilatant.

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De la vac.

La faiblesse de la vue et surtout la vue myope, s'accorde souvent avec la sensibilité, et la chaleur de l'imagination avec l'excellence de l'odorat. Ces choses paraissent tenir à l'extrême sensibilité du genre nerveux, à un tissu pénétrable.

La vue forte et presbite tient à un certain degré de nerf et de froideur. Le lévrier est le type de celte combinaison de facultés.

Tout ce qui affecte les nerfs , affaiblit et fatigue sensiblement les yeux.

S IV

De Testomac.

L'estomac est l'organe qui élabore les matières nutritives qui sont la source la plus considérable des réparations, de la conservation, de l'augmentation de notre être ; ainsi c'est en lui conservant de l'activité, de la force, du ressort, qu'on s'assure la perfection de cette opération importante

de qui dépend notre santé générale ; en sassurant de la cause on s'assure aussi des effets.

Tous les excès qui diminuent nos forces, affaiblissent l'estomac; s'il est alors surchargé do nourriture, il éprouvera une peine, qui l'épuisera davantage ; il digérera mal, et des humeurs vicieuses, suite d'une sécrétion imparfaite, resteront à notre chyle et se répandront dans tous les fluides.

La conséquence est que dans ces cas on doit manger peu, ne prendre que des alimens très digestibles, mâcher soigneusement, et craindre moins que dans un autre temps les lotions tièdes qui facilitent la séparation des alimens.

Lors, au contraire, qu'à la suite d'un régime fortifiant, l'estomac aura acquis du nerf et du ressort, des repas abondans qui pourront être élaborés, porteront dans toute la machine un chyle heureux, nourrissant, qui durcira, consolidera ses parties.

Alors les boissons froides serviront à donner à cet organe une force encore plus considérable, l'exacte mastication ne pourra que rendre l'exercice de ses fonctions plus entier et augmenter le ressort de se^ muscles.

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