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S VIII

Suite.

Quand le corps est lassé, épuisé, il est important de ne le charger d'aucune opération pénible qui le priverait du peu de force qui lui est nécessaire.

Ainsi, on s'abstiendra d'efi'orls d'esprit, de plaisirs excessifs, d'exercices forcés, de digestions Jaborieuses, d'exaltation, car ces choses qui, dans ïa plénitude des forces, n'eussent servi qu'à les augmenter, porteraient alors le dernier coup.

§ix.

Du repûs sous le poinl de vue philosophique.

Le tourment de l'inquiétude paraît être la principale cause qui a fait désirer aux hommes le re- 1)0S, et y placer l'unique, ou le plus grand bonheur.

ÉTUDES SUR l'homme. 529

Zenon, instituteur des Stoïciens, inquiet par tempérament et par circonstance, désira le repos et ne le rencontrant point par les voies communes, il entreprit de l'acquérir en se créant des opinions philosophiques qui lui paraissaient y conduire; ce motif concourut, avec ses autres passions et les autres causes, à modifier ses idées de la manière singulière dont elles l'ont été.

L'inquiétude ayant été dans le même temps, par diverses causes, un tourment très ordinaire aux Grecs, presque tous les philosophes contemporains placèrent le bonheur dans le repos ; tels furent les épicuriens, les pyrhoniens.

Engagés dans la recherche de la vérité, plusieurs philosophes de l'antiquité furent exclusiment entraînés par la passion philosophique.

Les notions concrètes offrant rarement la vérité exacte, l'offrant très multipliée et diverse, la passion philosophique les retînt dans les abstractions ; ce fut là que les philosophes , trouvant une nourriture plus conforme à leurs désirs, placèrent le bonheur dans la contemplation : tel fut Platon.

Ces opinions, ces goûts, cette vie, conduisent à la présomption; la gloire publique l'autorisait; les philosophes purent donc voir dans cette vie contemplative des abstraits, la supériorité, la gloire, et aussi la sagesse, la vertu, mots dont les

correspondans recevaient des sens divers, selon les passions et les idées de ceux qui les employaient.

Ils purent donc se croire utiles, en tant qu'instructeurs des hommes et des républiques ; vertueux et sages, autant que savans.

Épicure avait sur presque tout des idées saines. Une grande partie de sa doctrine nous est donnée dans le poëme de Lucrèce qui, Épicurien luimême, n'a presque fait qu'orner des charmes de la poésie, des idées tirées du système de sa secte.

On pourrait s'étonner des opinions bizarres des philosopes anciens, et les attribuer uniquement aux altérations des transmissions. Mais l'extravagance égale des idées enfantées de notre temps nous les fait juger possibles, et cette certitude nous invite à l'investigation des routes par lesquelles l'esprit humain s'égare.

Nous y trouvons la connaissance de l'homme, celle des lois générales et particulières auxquelles il est soumis, celle des fausses routes, une certitude plus complète de l'erreur de certaines opinions, et des nouveaux moyens de les distinguer des vraies.

Les cyniques servirent de modèle aux stoïciens, mais les cyniques n'avaient guère qu'une pratique ; les stoïciens fondèrent la leur sur une théorie.

Du sommeil.

Beaucoup de sommeil engourdit, les canaux nerveux s'obstruent : de là peu d'activité, esprit nul, digestions lentes, appétit faible ; on acquier modérément, on perd très peu, on s'enrichit lentement, maison ne jouit pas. L'organisation contracte une nature molle, lente, flegmatique.

Si on corrige cet état par les exaltans stomachiques , il en résulte de l'appétit , de l'activité , mais aussi de l'irritation.

Si c'est par l'exercice, on obtient une dissipation morale et physique agréable, de l'activité, de l'enrichissement en tout genre.

§xi.

Saite.

En général, il semble qu'une plus grande activité, uae plus grande dépense de force, augmente le sommeil.

552 ÉTUDES SUR l'homme.

Dans une vie molle, il faut une sorte d'artifice pour se procurer le sommeil , lequel exige impérieusement son tribut dans une vie active.

Cependant une vie extrêmement calme, un régime extrêmement doux, s'accordent sans travail à réparer les forces, avec une assez forte dose de sommeil habituel ; le repos devient l'état habituel de la nature.

C'est surtout une manière d'être excitante et fortifiante, sans jamais user les forces qu'elle met en mouvement, qui rend le sommeil difficile.

Si un corps très reposé dont les forces se sont accumulées dans une atmosphère froide, dans un régime nourrissant et calme, vient d'être développé et mis en action par un changement d'atmosphère, de situation morale ou physique, il éprouvera facilement une forte insomnie.

Un bon sommeil , à la suite de l'insomnie , produit la situation la plus heureuse où la nature puisse se trouver; il procure force, souplesse, fraîcheur, circulation.

L'insomnie développe d'une manière remarquable ; elle fortifie même momentanément, lorsqu'elle est modérée et dans un naturel vigoureux et reposé. Si elle se prolonge en continuant de développer, elle affaiblit sensiblement : on se met au travail avec aisance et chaleur, mais bientôt on éprouve faiblesse et lassitude.

ÉTUDES SUR l'homme. 355

Cet effet qu'elle produit sur un corps vigoureux en se prolongeant, elle l'opère avec moins de temps, ou même à la plus légère épreuve, sur celui dont les forces sont médiocres ou sont toutà-fait usées.

Certains hommes veulent, pour dormir, avoir l'estomac libre et d'autres l'estomac lesté. Les premiers sont fatigués et agités par le travail de l'estomac, et les autres par ses besoins.

Bien loin que les alimens tiennent lieu de sommeil (ce qui pourtant pourrait avoir lieu dans un état d'éréthisme en usant rapidement la machine), une plus forte dose habituelle d'alimens demande , tout égal d'ailleurs , une plus forte dose de sommeil.

Cependant, le sommeil tient, à un certain point, lieu d'alimens.

En général, le sommeil conserve, ralentit la progression de la vie, au lieu que la privation ou l'insuffisance habituelle de cette réparation, la hâte.

§xn.

Du coucher.

L'usage fréquemment ramené des couches du-

res, incommodes, tels qu'une chaise, une botte de paille, un plancher, donne l'avantage de s'endormir et de reposer dans les instans de relâche, quel que soit le lieu où l'on est placé : faculté qui, pour les gens dont la vie est active, est d'une extrême utilité, puisque sans enlever de temps au travail ou au plaisir, elle procure les réparations nécessaires et renouvelle sans cesse les forces qui doivent y être employées.

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