CHAPITRE V
De l'influence des alimens et des boissons»
De l'inflaence des alimens sur le physique et le moral de l'homme.
Dans les pays chauds , où les hommes sont sobres, se trouvent les alimens substantiels qui renferment plus de nourriture dans un moindre volume , qui se digèrent lentement , lestent longtemps l'estomac^ et sont moins corruptibles.
Dans les pays froids et surtout humides (mais presque partout le froid tient en condensation une certaine masse dhumidité), toutes les productions animales et végétales sont moins denses, moins succulentes ; l'homme consomme un plus gros volume de nourriture , la digère plus vite ; il ne saurait y supporter ni une aussi grande sobriété , ni une aussi grande privation.
Dans l'une et l'autre région , la sobriété et la gloutonnerie sont l'efTet, partie de la nature des alimens , partie de la constitution des individus , qui toutes deux sont le produit immédiat du climat, du sol et de l'athmosphère.
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Ce que le nord de l'Europe est à l'Espagne, l'Amérique septentrionnale , par l'effet de l'extrême humidité , l'est presque au nord de l'Europe.
Il paraît, par l'expérience du nord et du midi, que l'eau tempère les toniques spiritueux, et que l'huile ou la graisse enveloppe les aromatiques.
La nature ne détermine pas seule la quantité de nourriture qu'il faut à chacun. Non seulement le genre et la quantité de travail , l'air et d'autres causes y influent ; mais l'habitude seule y peut avoir une très grande part.
L'habitude d'engloutir un gros volume d'alimens, dilate les membranes de l'estomac, de sorte qu'elles ne peuvent plus exercer de ressort sur un petit ou un médiocre volume ; on en est plus lesté, l'inquiétude nerveuse en est plus calmée, et l'effet peut venir au point de digérer avec peine une quantité modérée d'alimens , lorsqu'on en digérerait dûment et avec facilité une beaucoup plus considérable.
L'halîitude de manger très peu , produit l'effet opposé.
La variété dans le volume habituel de nourriture, donne h l'estomac une élasticité qui le rend susceptible de se dilater pour recevoir et digérer une forte quantité d'alimens , de se retirer pour une moindre, et même de se soutenir par son
ÉTUDES SUR l'homme. 3tô
propre ton pendant une longue privation. Il n'est pas douteux que les anciens, chez lesquels cette qualité était si estimée , ne s'y fussent fortifiés par l'exercice et l'habitude, quelque avantage que donne d'ailleurs à cet égard une fibre naturellement ferme et nerveuse et une richesse d'humeurs capable de fournir long-temps, sans réparation, aux besoins de la nature.
Cette habitude variée, quand la nature peut la soutenir, est certainement la plus avantageuse.
Une très légère quantité habituelle d'alimens, donne à tous les organes une activité libre et facile qu'avec un genre de vie tranquille et laborieux on peut facilement confondre avec de grandes facultés, mais quoi qu'en disent quelques médecins, je ne crois point qu'elle rende la nature capable d'énergie, de chaleur et de grands efforts fréquens et soutenus, au physique non plus qu'au moral. Unie h un travail disproportionné, cette sobriété excessive use trèspromptement la nature.
Une très forte quantité habituelle de nourriture, lorsqu'elle est élaborée par une grande chaleur naturelle ou factice, et employée par un fort exercice habituel des organes, peut produire une très grande force, une très grande activité des facultés naturelles; mais si cet état se prolonge, c'est certainement aux dépens de la durée des forces et de la vie.
346 ÉTUDES SUR l'homme.
Par la supposition de cet ensemble de circonstances, la surabondance de nourriture use les forces par le labeui' de la digestion, surcharge la nature d'humeurs superflues et bientôt maladives, abrège la vie, produit toute espèce dincommodités, et loin de donner une force, même momentanée aux facultés naturelles, les enchaîne et les anéantit.
Ce qui rend l'homme capable et le fait durer, c'est une quantité d'alimens justement proportionnée à son tempérament, à ses travaux, au climat qu'il habite.
Il est impossible de donner une mesure générale de ce qui doit varier avec toutes ces circonstances ; le meilleur guide est certainement le besoin de la nature, lorsqu'elle n'a point été déformée par des habitudes qui, forcées d'abord par la volonté ou par la sensualité, acquièrent un empire auquel il est très difficile de se soustraire. Le grand Frédéric lui-même, a hâté sa mort de plusieurs années, pour n'avoir pu dompter l'habitude de manger avec excès.
Les alimens surmontent les forces, les forces dominent les alimens, ou les uns et les autres se balancent.
La première combinaison ne doit jamais avoir lieu ; la seconde est nécessaire à l'action de la nature et doit, en général, être habituelle ; la troi-
ÉTDDES SUR L'HOMME. 3û7
sième est quelquefois bonne et même nécessaire, pour calmer et reposer les autres organes en en occupant un.
De l'eau.
L'eau médiocrement fraîche et administrée à propos, est très propre à prévenir et à guérir l'encrassement des premières voies, les embarras, les obstructions, etc.
J'ai éprouvé plusieurs fois qu'elle peut se prendre pendant le cours de la digestion, sans la déranger, et en la servant, si la difficulté provient d'encrassement.
Elle aurait, peut-être en général, plus d'inconvéniens sur l'estomac vide, elle nuirait, elle relâcherait.
Elle sera souvent utile pendant un régime gras, avec l'usage du lait, des farineux.
L'eau fraîche avec soif s'absorbe et rafraîchit ; autrement, et surtout prise en grande quantité, elle devient, selon les cas, indigeste ou purgative.
L'eau acidulée devient extrêmement utile, elle cesse d'être purgative et se digère mieux.
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Des boissons chaudes.
L'habitude des boissons chaudes perd la constitution ; plus elles sont liquides et irritantes, plus elles sont nuisibles.
Elles énervent l'estomac, éteignent le foyer des forces vitales, détendent les muscles, altèrent par ces causes toutes les fonctions de la vie et toutes les humeurs qui en proviennent.
De l'usage du café et de son influence.
Les orientaux prennent le café en bien plus grande quantité que les Européens : ils le prennent à grandes doses et presque à toute heure ; on dit aussi qu'ils le prennent beaucoup moins chargé.
Plus il est léger et failDle de qualité, plus l'efTet de l'eau chaude y domine, et plus il est relâchant et produit l'inquiétude.
Plus il est chargé, plus il est tonique ; il opère
alors plus de force et de tension, une chaleur plus nerA'euse, moins vague et moins inquiète.
La forte quantité augmente l'effet, si la qualité est bonne ; dans le cas contraire , l'effet de l'eau chaude augmente plus que celui de l'aromate.
La forte quantité prolonge l'effet encore plus qu'elle ne l'augmente , si elle est excessive ; elle porte souvent le sang fortement à la tête et enivre.
S'il est pris tiède ou presque froid dans une assez forte quantité relativement à l'habitude, l'effet est tardif, mais le moment venu, il est aussi fort et aussi prolongé pour le moins que s'il eût été pris plus chaud.
A qualité égale , le moins brûlé est beaucoup plus actif. Il faut qu'il soit peu rôti, moulu gros, mis à forte dose dans l'eau bouillante et laissé peu de temps au feu.
Du café médiocre, préparé de cette manière, fait plus d'effet que du fort bon café mal préparé.
Que , plus brûlé , il agisse davantage comme amer ; quil soit moins exaltant , mais plus stomachique , plus astringent , cela peut être , et même cela est.
Cette liqueur est , je crois , non seulement fort agréable, mais fort utile , au moins, aux hommes sédentaires, pourvu qu'ils en usent avec modération et à propos.
Le vin est le tonique qui convient le mieux aux hommes qui fatiguent du corps , et le café aux hommes de cabinet. Il facilite et presse la digestion bien plus que le vin qui, pris avant le repas, le prépare , mais qui , mêlé aux alimens , a , je crois au contraire , retîet utile peut-être pour les gens de peine, de la rendre plus lente et de tenir plus long-temps l'estomac lesté.
L'usage approprié du café prévient les maladies qui résultent de l'inertie , de l'accumulation et de la stagnation des humeurs, delà contagion putride, scorbutique, etc.
Il développe et accroî t momentanément les forces corporelles.
Il donne de l'activité à l'esprit , rend les idées nettes , aide à exprimer , à lier, à enchaîner les idées qu'on a déjà conçues, plus quà en concevoir de nouvelles.
Quoiqu'il réveille toutes les facultés de l'âme , il est certain qu'il est plus favorable à l'intelligence, à la logique , en un mot à l'entendement , qu'au sentiment et à l'imagination.
Les médecins ont attribué quelques maladies nouvelles et surtout la fréquence de certaines incommodités autrefois peu connues , à l'usage des eaux chaudes ; je pense que ceux qui observent la marche de l'esprit humain, pourraient leur attribuer en partie la direction qu'il a pris dans ce
ÉTUDES SUR l'homme. 3^
siècle vers la philosophie, l'étude des sciences exactes; en un mot, vers une nature de travaux qui tiennent plus à l'inlelligence qu'à la mémoire, au sentiment et à l'imagination.
L'abus de cette liqueur peut causer des maladies inflammatoires , appauvrir le sang , attaquer les nerfs, affecter la vue, énerver le corps.
Je pense qu'excepté quelques maladies inflammatoires où il a pu être compté dans le concours des causes, on citerait assez peu d'exemples où il ait sensiblement abrégé la vie ; il s'en trouverait cependant quelques-uns dans les maladies de consomption, surtout chez les femmes ; ensuite, chez un assez grand nombre de personnes qui seraient devenues plus délicates, plus sujettes à de légères incommodités sans en éprouver de maladies graves et sans que leur vie en soit abrégée.
L'abus du vin fait mourir une multitude d'hommes avant làge.
J'ai \Ti le café empêcher la sueur en donnant du ton à la fd)re ; d'autres fois l'exciter, soit en agitant le sang, soit en agissant sur les solides comme relâchant.
Les huiles aromatiques excitent souvent une sueur huileuse , très différente de celle qui est aqueuse et qui se porte surtout aux mains.
Le café augmente sensiblement la force de l'organe vocal, mais il enroue.
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Dans un état développé, l'usage du café est plus prompt et moins durable ; dans un état engourdi, il est pltis tardif et plus long.
Son effet est puissant sur les convalescens qui , par leur situation et leur régime, ont une sensibilité et une jeunesse recommencée ; il est faible dans la pléthore, quoique moins mauvais que le chocolat et le vin, parce qu'en échauffant, il nourrit et ne surcharge pas ; il produirait même l'effet opposé si la pléthore était humoreuse et mêlée d'engourdissement, mais si elle est purement sanguine et inflammatoire , il est très nuisible. Dites de même des rhumes.
Dans l'état de santé, il prévient la pléthore même sanguine, loin de la produire.
Pris sur l'engourdissement et la paresse, le café les dissipe; sur le véritable relâchement de tempérament ou de situation, il ne fait le plus souvent que l'accroître et y joindre une inquiétude pénible ; sur la lassitude , suivant sa nature et son degré, il la soulage et la soutient, ou ne fait qu'y joindre réchauffement ; sur le nerf, le ton,réréthisme,il le nourrit, l'augmente, pourMi qu'il ne soit que proportionné au travail de la nature, car s'il l'excède, il tourne en ivresse, en échauffement maladif, même en relâchant, et par tous ces moyens en incapacité.
Son abus fait moins de mal au^ hommes forts
et nourris qui ont tout à la l'ois nerf humide et graisse ; il en fait moins aussi aux hommes secs, denses , raides , froids, qui nont point en eux le germe d'une chaleur consumante et qui sont les hommes les plus robustes qui existent ; il tue les tempéramens faibles, humides et irritables.
Dans les temps de ma vie où j'en ai habituellement usé, il m'a fait sentir le besoin d'une nourriture suffisamment humide, mais surtout abondante, nourrissante et grasse, qu'il fait naturellement rechercher et qui en est, je crois, le meilleur correctif. Une nourriture toute sèche et substantielle deviendrait inflammatoire , une toute humide mènerait à la ruine des nerfs et à la consomption ; pour tempérer ce qu'il a de trop actif, il faut surtout qu'il ait à travailler sur des humides forts et abondans et sur des nerfs suffisamment enveloppés.
L'usage du café, loin de produire la pléthore sanguine, la prévient (ce qu'il tendrait h produire, c'est dessèchement et appauvrissement); il agite et remue le sang et les organes, en quoi il donne de l'esprit, de la mobilité, de la finesse, des idées ; mais il ne produit pas un principe durable de force et de chaleur, comme les alimenséchauffans, qui fournissent de la substance ; aussi , loin de tenir lieu de nourriture, il en exige ; il ne produit point de tension soutenue dans les organes, mais plutôt l'opposé ; il est en général plus contraire que
T. 111. •iô.
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favorable aux facultés de la génération, quoique souvent fort utile après, pour soutenir et faire digérer.
Suite.
Le café dessèche considérablement.
Pris sur un encrassement déjà formé, j'ai remarqué que souvent il s'opposait à la digestion, soit en augmentant îa construction des solides, soit en desséchant les tîuides, ce qui ne m'empêche pas de penser qu il ne pût produire l'effet opposé s'il travaillait sur des organes lâches et paresseux, sur un fond humide, ou s'il agissait de concert avec une diète longue , avec une longue veille, ou si par son excellence ou sa nouveauté, il se trouvait capable de produire une crise violente.
Je l'ai depuis éprouvé tiès utile sur un fond humide, sur des solides lâches, sur une action lente et molle, mais il est nuisible lorsqu'on en prolonge l'usage.
11 est bon qu'il travaille sur la substance. Si le fond est maigre ou simplement humide, l'agent
sera brûlant dans le premier cas ; brûlant et parfois sans guérir la mollesse, dans le second.
J'ai personnellement éprouvé qu'une tasse de café sur l'estomac libre et sans alimens, entretient et augmente l'action des forces vitales.
Autrement elle produit principalement du relâchement, des flatuosités, un appétit tardif; ce dernier effet est plus sensible en raison de la quantité de la boisson ; c'est l'effet ordinaire de toute potion où l'action de l'eau chaude domine.
Quand il règne de l'engourdissement, de l'embarras dans les forces vitales, de l'obstruction, le café seul a peu de puissance pour les dissiper ; il produit plutôt une inquiétude gênée et de l'irritation.
Il faut alors qu'il soit soutenu par de l'exercice, et lesté de bons alimens et de vin.
Ces moyens ne sont appropriés que sur un fond qui n'est pas suspect de siccité, de constriction, ou d'inflammation, auquel cas, il faudrait toujours commencer par relâcher et humecter.
Du thé.
Le thé a au plus haut degré le vice des eaux
356 ÉTUDES SUR l'homme.
chaudes; il est relâchant, énervant et irritant, il affecte le foyer des forces vitales ; il a moins d'inconvéniens dans les climats froids, avec les alimens gras.
En général, dans le midi, il faut le considérer conune remède. Mêlé au lait, il a bien moins d'inconvéniens et peut sans trop de danger devenir habitude pour les uns et régime pour les autres, le tout préférablement en hiver.
Comme remède, il est très propre à nettoyer les premières voies, même les enrouemens, en provoquant la transpiration.
Quand il est destiné à ce dernier effet, il sera souvent plus avantageux mêlé avec du lait.
§vn.
Du chocolat.
I.e cliocolat produit puissamment la pléthore sanguine, conséquemment les divers effets de cette disposition, tels que sang à la tête, maux de gorge, enllure et écoulement des hémorroïdes.
I^ 'avorise les foices vénériennes.
Du lait.
Le lait, aux tempéramens qui le digèrent, est nourrissant, calmant, balsamique ; il a une multitude d'utilités personnelles et casuelles dont je ne donne point ici l'énumération.
Mais par un usage non interrompu et sans précaution, il tend à la plénitude et à l'encrassement, jusqu'à produire par ces moyens des maux quelquefois supérieurs aux biens qu'il procure. Il sera donc convenable de l'interrompre à propos, et de le remplacer par des alimens appropriés, des diètes ou tel autre moyen qui balaye ses dépôts.
Au reste, dans les détails même, le lait est un aliment critique, qu'il ne faut pas employer mal à propos. Sa susceptibilité d'aigrir, de cailler, sa qualité grasse, sont les circonstances auxquelles il faut avoir égard dans les précautions.
§ix.
De rusage des toniques.
Distinguez soigneusement les toniques pris
comme remèdes, de ceux pris pour entretenir la santé.
Dans le dernier cas, on ne saurait en être trop économe.
Dans le premier, il faut l'être encore, quand la nature, avec peu de frais, peut se guérir dellemême ; le mal souvent lui nuit moins que le remède, mais cela n'est pas à beaucoup près toujours :;xact.
Alors reste encore dans toute sa force le précepte de l'administrer habilement, tel qu'il produise son effet avec moins de mai, moins de quantité et de répétition.
Les toniques desséchans sur un tempérament déjà desséché, ne peuvent produire qu'intensité de mal.
Loin de remédier aux obstructions, ils ne font pour lordinaire qu'en augmenter le vice, en resserrant les solides, en appauvrissant les moyens, après linsîant passé de leur action.
Si, cependant, par une grande énergie vitale, par le secours de causes concourantes, telles qu'action, diète, veille , ils parviennent à opérer le rétablissement des fondions, il faudra prévenir le retour du même mal et l'arrivée de mille autres en se hâtant d'humecter, et en prenant toutes les précautions propres h prévenir et la prostration des forces et l'encrasse-
ÉTUDES SUR l'homme. 3S9
ment, maux si menaçans dans lélaî de sicciié et d'affaiblissement où se ti'ouve alors îa coiislitution.
Les irritans irritent beaucoup plus sur un fond pauvre et maigre.
L'exaltation se refuse quand la natuie est fatiguée. Les toniques sont alors bons pour faire passer une nourriture fraîche ; purs, ils dessèchent, anéantissent et luent jusqu'à îa semence du rétablissement.
Sur une nature point fatiguée, mais faible, peu nourrie, libre et bien reposée, comme dans une convalescence, les exaltaos produisent un grand effet et sont aussi extrêmement destructeurs.
La graisse et iasubstaiîce en absorbent Tàcreté, en ralentissent l'activité siii- une pléthore décidée et surtout inflammatoire ; ils augmentent même 1 incommodité du moment, sils n'ont assez de force pour se faire jour.
La quantité de sommeil précédent dijninue l'eiTet des exallans; le très peu ou point de sommeil l'annulle s il y a grande lassitude; le peu, avec haleine et sans lassitude ou dessèchement encore arrivés, en favorise extrêmement l'action ; joints à un vent chaud, ils agitent, brûlent, raréfient le sang, pénètrent, ce semble, jusqu'à la moelle, et produisent par continuation un état très souffrant. La quantité outrée dissimule l'ef-
360 ÉTUDES SUR l'homme.
fet désiré , augmente le mal être et tous les maux.
Sx.
Saite.
L'usage des toniques exaltans tend à énerver ; il mobilise les nerfs, il augmente la déperdition et produit un état inquiet et convulsif, d'abord spontané, ensuite simplement passif par extinction; il commence par mouvoir, par raréfier, aromatiser les fluides et finit par les appauvrir.
L'esprit en reçoit de la mobilité, de la finesse, une grande inégalité de disposition, la diminution de la force d'attention, et la disposition à l'enthousiasme.
Les personnes qui en usent beaucoup et qui en ont déjà éprouvé l'influence, ressentent souvent une alternative d'extinction et d'exaltation, une faiblesse d'estomac, suites d'une constitution énervée.
Les personnes qui en usent habituellement, dorment aussi bien et peut-être mieux après en avoir pris leur dose, apparemment parce qu'elle facilite dans l'espace ordinaire, la dépense de chaque journée en force et en sensibilité.
' ÉTUDES SUR l'homme. 361
Celles qui n'en usent pas habituellement ou qui en ont été privées depuis quelque temps, ou celles seulement qui excèdent la quantité ordinaire, éprouvent plus ou moins d'agitation extraordinaire et de difficulté à s'endormir.
Les toniques augmentent momentanément les dispositions à la génération, mais à la longue, comme cela se conçoit, ils en diminuent la faculté.
§xi.
Boisson hors des repas.
La boisson hors des repas est presque toujours nuisible. S'il y a une digestion entreprise, elle la trouble ; si l'estomac est libre, elle le délave , le détend, et entraîne les sens digestifs à pure perte.
§xn.
Des bayears de Tin.
Les buveurs de vin dont la physionnomie contracte dans l'ivresse les formes de l'exaltation et
âfô ÉTUDES SUR l'homme.
des caractères divers quelle imprime, en conservent encore les marques après la disparition de l'agent qui les produit.
S xni.
De la dose d'aliinciis.
J'ai souvent attendu des succès d'une quantité d'alimens volontairement accumulée, mais je ne les ai jamais obtenus.
La meilleure règle, engénéial,est de suivre l'appétit; si quelquefois il est bon de le suppléer, ce ne peut être que pour prendre des doses d'alimens médiocres.
Il est des tempéramens pour lesquels la dose de nourriture doit être très inégale ; l'appétit est le vrai guide.
L'embarras des premières voies n'est qu'un des moindres inconvéniens de la surabondance d'alimens. Ajoutez la prostration, la fatigue, lenvieillissement des facultés, et puis tous les maux de la pléthore.
Mais manger moins que ne le veut la nature, c'est amoindrir toutes ses facultés. Il est ici, comme dans les toniques, dans lexercice, un milieu à suivre.
La faiblesse ne supporte pas mieux la pléthore que le travail de la digestion, elle exige donc à plusieurs titres, les ménagemens de la sobriété.
§ XIV
De la nutrition.
La plupart du temps on prend plus de nourriture qu'il ne faudrait.
Nul doute que Fhomme, sans des réparations considérables, ne peut fournir à une déperdition forte ; mais la plupart des hommes, par la substance et la quantité de leurs alimens, admettent une masse de chyle qui, après avoir été mal élaborée dans les premières voies déjà chargées de résidus, surcharge les secondes, s'y élabore encore mal, produit une masse de sécrétions excrémentielles, source de maux, surcharge les solides, produit ou la pléthore, ou, ce qui est pire, l'altération, la corruption des humeurs, ou une activité maladive qui empêche de profiter des forces fournies, ou tourne à mal leur dissipation.
Il fout que les fluides fournissent, mais il faut surtout que les solides les régissent, sans quoi ils ne fournissent plus, ils accablent.
364 ÉTUDES SUR l'homme.
Plus il y a de forces dans les solides et les fluides, moins on risque de l'influence des nouveaux sucs. Cependant, la quantité naturelle étant à son point, il se pourrait qu'on craignît de l'accroître, ou qu'elle ne pût l'être sans pléthore et abus ; le premier cas dépend de divers rapports ; le deuxième se prévient en n'obéissant qu'à l'appétit.